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Dion
Callius.

farée de Palestine , autrefois la Tour de Straton devint la Capitale du Pais. Quelques Historiens croyent que Jérusalem fut rebâtie par Adrien , & il est vrai que dans la même place, il bâtit une Ville, qu'il appella Ælia de son nom , & Capitolina , en l'honneur de Jupiter Capitolin. Mais non content de lui donner un nom profane, il en changea tellement toute la disposition , qu'il sembloit qu'il n'eût bâti dans cet endroit-là, que pour se vanger des Juifs, qui s'étoient rebellez contre lui, en leur rappellant par-là le triste souvenir de leur Jérusalem. Il ne comprit point dans son enceinte la Montagne de Sion qui en étoit la plus belle partie, & la plus fortifiée. Il fit applanir la Montagne de Morija, afin qu'il n'y restât plus aucun monument du Temple, & il joignit la Montagne de Calvaire avec ce qui restoit de la vieille Ville. De forte que cette Ville étoit non-seulement de la moitié plus petite que Jérusalem, mais encore d'une figure toute differente. A l'une de ses Portes il fit graver la figure d'une truie , de quoi les Savans rendent diverses raisons, dont la plus naturelle & apparemment la principale eft, que c'étoit par mépris pour les Juifs, à qui cet animal étoit odieux. Sous le regne du même Empereur les Juifs tâcherent de se relever ayant à leur tête le faux Meslie Barcochebas, qui fut défait & tué à Beritte près de Jérusalem. Ælia Capitolina demeura dans cet état jusqu'au tems de Constantin le Grand, où elle reprit le nom de Jérusalem, quoique toujours improprement , & où cet Empereur bâtit un Temple magnifique, après avoir détruit cous les monumens de l’Idolatrie Payenne. On

peut voir dans Eusebe la description de ce Temple. On abusa Vit.Cons- dans la suite de ces marques illustres de la pieté de Constantin, aufli-bien

que

de celle d'Helène sa mere, qui bâtit aussi un Temseqq. &

ple à Bethlehem, & un autre sur la Montagne des Oliviers, & de celle de Justinien qui fit construire à Jérusalem un Temple à l'honneur de la Sainte Vierge. C'est ce qui donna lieu à la fuperfti.

tion, d'attribuer, contre le génie de la Religion Chrétienne & Jean IV: contre la déclaration de J E SU S-CHRIST lui-même, plus de sain

teté à ces lieux, qu'aux autres endroits du Monde , & enfin à la fureur des Croisades.

On a vû ci-dessus les efforts inutiles que firent les Juifs , pour rebâtir leur Temple, fous Constantin, malgré le zèle de cet Empereur pour la Religion Chrétienne, & sous Julien , qui leur étoit favorable. La Ville de Jérusalem ( car c'est le nom que portoit alors Ælia Capitolina) fut long - tems florissante sous les Empe

Euseb.

tant. Lib.

III. c. 25.

C. 42, 43

20.23.

reurs

feurs Chrétiens. Mais elle tomba dans le septième siècle, entre les mains des Perfes, qui ne la garderent pas long-temps; & puis dans celles des Mahometans , qui, comme on l'a déja dit, bâtirent une Mosquée dans l'endroit , où avoit été le Temple détruit par Titus. Les Chrétiens la recouvrerent dans l'onzième siècle sur le Soudan d'Egypte , qui l'avoit enlevée aux Turcs. Les Princes Croisez qui avoient fait cette conquête n'en jouïrent que peu de tems, le Soudan d’Egypte profitant de leurs desunions pour la leur enlever. Elle fut néanmoins reprise au XIIIme, siècle par l’Empereur Frideric II., mais le Soudan de Babylone s'en rendit mais tre quelques années après, & enfin dans le XV (me siècle elle tomba entre les mains des Turcs , qui en sont à présent les maîtres ; Elle est encore belle & grande au rapport des Voyageurs. Ses principaux habitans sont des Maures. Il y a quelques Chrétiens qui y ont même des Temples ; mais fort peu de Juifs, & ils y sont pauvres. L'opinion de ces derniers est qu'avant qu'ils rentrent en possession de Jérusalem , elle sera confumée par le feu du Ciel, pour la purger de la profanation des Nations. C'est pour cela qu'il ne s'y habitue

que de pauvres Juifs, qui n'ont point d'autre retraite.

gogues.

Voyez

Il est fi souvent parlé des Synagogues , dans le Nouveau Testa. Des syna: ment, qu'elles ne doivent pas être omises ici. Les Juifs les regardent comme des Lieux Sacrez , & Philon les appelle de ce nom. Sur les Sy: Ce mot Grec, ausi-bien que le mot Hebreu: auquel il répond, signi- Bugogues fie en général toute forte d'assemblée, sainte ou profane, mais le plus & Vitrinsouvent il signifie le Lieu où l'on s'assemble pour le service di-82; qui vin. (a) Les Chrétiens eux-mêmes donnoient quelquefois le nom 1é la made Synagogue soit à leurs assemblées, soit aux lieux où elles se for- tiere. moient, comme cela paroît par S. Jaques (b), ausli-bien que par Vll. 5. divers endroits des Epîtres de S. Ignace (c), & par Clement d'A- (b), Jaq. lexandrie. Mais il s'agit ici des Synagogues ou autrement des (c) Ign. Oratoires des Juifs.

ad Polyc.. Les Savans ne conviennent pas entre eux du tems auquel les Juifs commencerent à avoir des Synagogues ; les uns concluant de quelques passages de l'Ancien Teitament (d), qa'elles sont ausli (d) Levit. anciennes que la Loi cérémonielle, les autres n'en marquant l'ori- XXIII. 3, gine que depuis le retour de la captivité. Ce qu'il y a de certain, XXXI.16. c'est que leur usage est fort ancien, puisque S. Jaques dit au Li-12; PL vre des Actes (e), que depuis très-long-tems on lisoit Moise dans 4.8. les Synagogues:

On

11. 2.

ad: Trall.

(e) Act. XV, 21,

foot,

Rhen

On bâtissoit des Synagogues non-seulement dans les Villes, mais ausli à la campagne, sur tout auprès des rivieres, à cause de la propreté dont les Juifs étoient fort loigneux , & parce qu'il falloit le purifier avant que d'entrer dans la Synagogue. A l'égard des Villes il n'étoit pas permis d'y bâtir des Synagogues à

moins qu'il ne s'y trouvât dix hommes de loisir , ou autrement, oi(a) Ligt- sifs, dans ces Villes. Les Savans (a) ont été fort partagez sur ce De

cemvirat d'oisifs de la Synagogue. Ce que l'on peut conclure de ferd, Vi-certain de ce qu'ils en difent après les Thalmudistes, c'est que tringa.

c'étoit dix hommes de Lettres, d'une probité reconnuë, libres de
toute occupation mondaine, & de toute affaire civile , qu'on en-
tretenoit aux dépens du Public pour se trouver toujours les pré-
miers à la Synagogue, afin que quand il y entreroit quelcun il y
trouvât dix perlonnes, sans lequel nombre les Juifs ne reputoient
pas qu'une assemblée fût formée. On leur attribue encore d'au-
tres fonctions, sur lesquelles on ne sauroit rien dire de certain.
Quand il y avoit un pareil nombre de gens de ce caractère dans
une Ville, on l'appelloit une grande Ville , & on y pouvoit bâtir
une Synagogue. A l'égard des autres lieux il suffisoit pour y avoir
une Synagogue, qu'il y eût dix hommes en âge de majorité & de
condition libre. On plaçoit les Synagogues dans les lieux les plus
élevez de la Ville. Quand une Synagogue étoit bâtie, ou qu'on
avoit destiné quelque maison à en faire une, on la consacroit à cet
usage par la priere avec beaucoup de fimplicité. Ce que sans dou-
te les Juifs d'ailleurs assez superstitieux observoient, pour ne pas
imiter les vaines cérémonies des Payens, dans la Dédicace de leurs
Temples & de leurs Chapelles. Quand la Synagogue'avoit été
ainsi consacrée, on la regardoit comme un lieu sacré, & on pre-
noit des précautions extraordinaires pour ne le pas profaner. Il fe-
roit trop long de rapporter ici toutes ces précautions, on en re-

marquera seulement une en passant, c'est qu'il n'étoit
(b) Bux- de dire aucune parole dans la Synagogue (b), à quoi il semble

que torff. Sy

JE SU S-CHRIST fasse allusion, Matth. XII. 36.
IL

у en pouvoit avoir plusieurs dans une même Vilie & dans un (C) Phil. seul quartier, comme Philon (c) témoigne qu'il y en avoit plu

sieurs dans chaque quartier de la Ville d'Alexandrie. Il paroit

par le Livre des Actes (d) qu'il y en avoit plus d'une à Damas. 1. Aa. Les Juifs prétendent qu'il y avoit quatre cens quatre vingts

Synagogues à Jérusalem, mais un nombre si prodigieux a bien l'air
d'une fable, ou au moins d'une grande exageration. Il est cons-

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nag. Jud. cap. 2.

Leg. ad

Caj. p.m. 782.

tant

VÍ. 9.

tant néanmoins qu'il y en avoit plusieurs dans cette Capitale, puisque St. Luc (a) parle de celle des Libertins, de celle des Cyre- (1) A& niens, de celle des Alexandrins, de celle des Ciliciens , & de celle de ceux d'Alie. Il est vrai, qu'il y a des Savans qui croyent, que ce n'étoit qu'une seule & même Synagogue où s'assembloient les Juifs de ces differens pais, mais il est plus naturel de l'entendre d'autant de Synagogues differentes, comme la construction le demande, puis qu'on fait d'ailleurs qu'il y en avoit un grand nombre à Jérusalem. Au reste les Juifs n'ont point eu de Synagogue plus célèbre que la grande Synagogue d’Alexandrie, dont les Thalmudistes disent, que qui ne l'a pas vuë, n'a pas vû la gloire d'Israël.

Les principales parties d'une Synagogue étoient 1. l'Arche ou le Coffre dans lequel on renfermoit le Livre de la Loi, c'està-dire , le Pentateuque, ou autrement les cinq Livres de Moïse. Ce Coffre étoit fait sur le modèle de l'Arche, & on le plaçoit toujours à l'endroit qui regardoit la Terre Sainte, quand la Synagogue étoit hors de cette Terre, mais quand la Synagogue étoit dans la Terre Sainte, le Coffre étoit du côté de Jérusalem, & quand la Synagogue étoit dans Jérusalem , il étoit du côté du Saint des Saints. C'est de ce Coffre qu'on tiroit avec solemnité le Livre de la Loi en présence du Peuple pour en faire la lecture. Les Livres des Prophetes n'y étoient pas renfermez. Il y avoit à ce Coffre un voile attaché, qui représentoit le voile , qui étoit devant le Saint des Saints. 2. La chaire avec son pupitre ou lutrin, qui étoit placé au milieu de la Synagogue, & où montoit celui qui devoit lire ou prêcher. 3. Les sièges où l'on s'asseyoit pour écouter la lecture de la Loi ou la prédication. Il y en avoit de plus honorables les uns que les autres. Les plus honorables étoient pour ceux qu'on appelloit les Anciens , non tant par rapport à l'âge, que par rapport à la gravité & à la Dignité. Ces Anciens avoient le dos tourné vers l'Arche, & le visage du côté du Peuple , qui avoit ses sièges devant le Coffre. Ce sont ces places des Anciens que l'on appelloit les premières places & que J E SU S-CHRIST(b) (b) Matt.

XXIII, 6. défend de briguer comme faisoient les Pharisiens. Il semble qu'on puisse conclure de S. Jaques (c), que les lieux où s'assembloient (c) Jaq. les premiers Chrétiens étoient formez sur le modèle des Synago- II. 2, 3. gues, & qu'il y avoit aussi des sièges distinguez, où quelques-uns affectoient de faire mettre les riches au mépris des pauvres. Les Femmes étoient à part sur une espece de Balcon ou dans une Galerie. 4. Il y avoit des Lampes attachées ou penduës aux murail. Tom. I.

h

les,

V.22.
Act. XIII.

8.17.

(b) Act.

17.

les; tant pour l'honneur & l'ornement de la Synagogue, sur tout le jour du Sabbat & les jours de Fête, que pour le service du soir. Leur principal usage étoit pendant la Fête de la Dédicace, en signe de joye de la réparation du Temple souillé par Antiochus. 5. Il y avoit dans la Synagogue des endroits où l'on mettoit les utensiles pour l'usage de la Synagogue , comme des trompettes, des cors & certaines boëtes, où l'on mettoit les aumônes.

Chaque Synagogue étoit gouvernée par un Conseil, ou, Senat, composé de personnes graves & versées dans la Loi, qui avoient à leur tête un Président appellé le Chef de la Synagogue. Ce titre

se donnoit néanmoins aufli à tous les Membres de ce Conseil, & (2) Marc c'est pour cela qu'en divers endroits du N.T.(a), il est parlé des

Chefs de la Synagogue au pluriel. Il y a beaucoup d'apparence 14.XVIII . que ce sont les mêmes qui sont appellez dans l'Ecriture les

premiers d'entre les Juifs (b), c'est-à-dire, leurs Superieurs, les Chefs, XXVII. simplement, les Prêtres ou les Anciens (c), les Conducteurs, les

Prevôts ou Inspecteurs, & Evêques, les Peres de la Synagogue. Ces (c) Matt. 1X. 18. Chefs avoient deux principales fonctions, l'une de gouverner la Marc v: Synagogue, l'autre d'enseigner.

l'autre d'enseigner. On parlera dans la suite de la VIII. 41. derniere de ces fonctions.

Le gouvernement consistoit à regler les fonctions ou les actes de la Synagogue, à exercer la discipline envers les desobeïssans, par les censures, par l'excommunication, & par d'autres peines ,comme les amendes & la flagellation, & à prendre soin des aumônes que les Ecrivains sacrez (d) appellent du nom de Justice , aussibien

que les Thalmudistes. C'étoit au Chef ou à l'un des Chefs Matt. Vi. de la Synagogue à nommer celui qui devoit lire ou prêcher, & à

II. Cor. donner la permission de faire l'un & l'autre. C'est dequoi il y a *.15. un exemple au XIII. Chap. du Livre des Actes, où il est dit

que Paul & Barnabas écant entrez dans la Synagogue à Antioche, les Chefs de la Synagogue leur permirent de parler. A l'égard de la discipline envers les pécheurs, les Juifs en reduisoient l'exercice à 3. degrez. 1. La repréhension particuliere. Quand le Chef ou quelcun du Conseil de la Synagogue avoit repris quelqu'un en particulier, il étoit obligé à se tenir humilié dans sa maison, & à ne se montrer point en public fans necessité pendant sept jours. Siau bout de ce tems-là le pécheur ne donnoit pas des marques de la repentance, on le séparoit de la Societé, c'est-à-dire, qu'on l'excommunioit de cette Excommunication , qui s'appelloit feparation. Dans cet état il étoit obligé de n'approcher de personne plus près

(d) Pr. CXII.o.

qu'à

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