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et, pour donner plus de poids à ces déraisonnables idées, on mit une flotte en mer.

Éric attaque les Danois sans déclaration de guerre. Douze de ses vaisseaux rencontrent une flotte danoise, qu'ils surprennent et battent, quoiqu'elle soit de beaucoup supérieure en nombre. Cette flotte perd son général, sept capitaines, neuf cents matelots et six cents hommes de garnison.

Outré de cette insulte, Frédéric déclare la guerre à la Suède, et met en mer une flotte de cinquante-deux voiles, dont douze vaisseaux de Lubeck faisaient partie. Éric arme de son côté; la tempête disperse ses bâtimens, et il ne reste de toute sa flotte, pour faire tête à l'ennemi, qui l'entoure, que le Sans-Pareil, portant deux cents canons de fonte en batterie, qui seul se bat contre les navires de Frédéric et de Lubeck, et coule à fond l'amiral de cette ville.

Cerné de toutes parts, le Sans-Pareil se défend avec intrépidité; le feu prend à son bord; et les Danois, dans l'intention de soustraire aux flammes un si beau bâtiment, se précipitent pour éteindre l'embrasement; mais la flamme ayant gagné les poudres, il saute, et ce malheur entraine la perte de quatre cents hommes.

Sur ces entrefaites, les débris de la flotte sué

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doise s'étaient ralliés, et les troupes d'Eric voulurent d'abord recommencer le combat; toutefois, ne voyant aucune apparence de succès, elles furent obligées de se retirer.

Le trait suivant fait trop d'honneur à la Suède , pour que nous le passions sous silence : un vaisseau s'étant réfugié à l'embouchure d'une rivière, l'officier qui le commandait se défendit avec le plus rare courage; mais ne pouvant vaincre, attaqué qu'il était par terre et par mer, et ne voulant pas se rendre, il mit le feu à la sainte-barbe, et sauta avec le bâtiment.

Gustave Adolphe monte sur le trône de Suède, âgé seulement de seize ans. C'était un prince rempli de brillantes qualités, qui se signala sur terre par de mémorables exploits, auxquels néanmoins la marine n'eut guère de part. Sa valeur éclata d'abord contre le Danemarck, la Moscovie et la Pologne coalisés, qui lui avaient déclaré la guerre en même temps; il fit la paix avec les deux premiers, et obligea le roi de Pologne à quitter la Livonie.

Après avoir heureusement terminé cette guerre, il s'allia avec les Protestans d'Allemagne contre l'Empereur et la Ligue Catholique; la France, elle-même, accéda à ce traité. Encouragés par ce qu'ils voient, les états protestans présentent des

requêtes à l'empereur, et lèvent des troupes, tandis que Gustave avance, en augmentant toujours son armée. Sous prétexte qu'il manque d'argent, ses ministres veulent le détourner de cette guerre : « Les gens du pape, que je vais attaquer, leur répond-il, sont riches et efféminés. Mes armées ont du courage et de l'intelligence; elles arboreront mon étendard chez l'ennemi, qui paiera mes troupes. »

Il commença ses conquêtes en Allemagne par l'ile de Rugen et par la Poméranie, pour être assuré de ses derrières ; il défendit, sous les peines les plus sévères, de faire le moindre tort aux habitans. Ce héros sensible distribua du pain aux pauvres. Sa maxime était que « pour se rendre maître des places, la clémence ne vaut pas moins que la force. »

Gustave parcourut, dans moins de deux ans et demi, les deux tiers de l'Allemagne, depuis la Vistule jusqu'au Danube et au Rhin. Tout se soumit à lui; toutes les places lui ouvrirent leurs portes. Il força, les armes à la main, l'électeur de Brandebourg à prendre son parti, et à le soutenir; l'électeur de Saxe lui donna ses propres troupes à commander. Dépossédé, l'électeur Palatin vint combattre avec son protecteur; Gustave Adolphe enfin, pour trancher le mot, et

rendre hommage à la majesté de l'histoire, fut le Napoléon de l'époque.

La flotte de Gustave, à son avénement au trône, était dans un si mauvais état, qu'elle ne put empêcher celle de Danemarck de causer beaucoup de dommage à la Suède. Aussi Gustave ne se servit-il de vaisseaux que pour transporter des troupes; il fit embarquer, pour l'expédition de Riga, qui lui ouvrit ses portes, vingt-quatre mille hommes, sur une flotte de soixante-seize voiles, et, l'année suivante, il mit en mer deux cents navires , que montaient vingt-six mille combattans.

Gustave mourut au champ d'honneur, et couronné des mains de la victoire. Son mot favori était : « qu'il n'y avait point d'hommes plus heureux que ceux qui cessaient de vivre en faisant leur métier.» Il eut cet avantage. Il dit encore dans une autre occasion : «Un roi se déclare indigne de la couronne qu'il porte, lorsque, dans un engagement, il fait difficulté de se battre comme un simple soldat. » Il répondit à Gassion, qui lui faisait observer que les Français verraient avec déplaisir leur souverain courir les dangers d'un combat : « Les rois de France sont de grands monarques; moi, je suis un soldat de fortune; un bon Chrétien d'ailleurs ne

peut pas être un mauvais soldat. » Le corps de ce vaillant prince émule des héros qui l'avaient précédé, et modèle de ceux qui sont venus après lui, fut trouvé au milieu de morts et de mourans, sur le territoire de Lutzen (*), où depuis Eugène Beauharnais, objet éternel des regrets de la France, son invincible patrie, et Mortier, tou

© Vers ces lieux où le Nord, dont l'empire commence,

Au voyageur déjà souffle son inclémence,
Est un champ qu'illustra le glorieux trépas
De ce jeune héros qui, parmi les combats,
Vit soudain se changer, par un destin contraire,

Le char de son triomphe en un char funéraire. C'est dans les plaines de Lutzen qu'en 1632 Gustave Adolphe, combattant contre Walstein, général des armées de l'empereur d'Allemagne, remporta cette fameuse victoire qui lui coûta la vie.

Il ne fut pas atteint, dans les derniers rangs de son armée, d'un plomb parti de loin et lancé au hasard, mais il tomba percé de coups, en combattant en personne au fort de la mêlée.

On a dit de lui « qu'il était mort l'épée à la main, le commandement à la bouche, et la victoire dans l'imagination. » Roi d'un état puissant, il exposa trop souvent sa vie comme simple capitaine; rare exemple à offrir à ceux qui, n'étant que capitaines, exposent la leur aussi peu que s'ils étaient rois !

Joseph LÉONARD, Début Poétique (1823),

de « Un Souvenir entre mille, ou la Bataille de Lutzen.

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