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sembler les divisions de la grande flottille. Ils n'ont point été les derniers à souscrire pour la construction des bateaux qui doivent les transporter sur le rivage ennemi. Les officiers ont offert une partie de leur traitement, les soldats ont abandonné une partie de leur paie : c'est peu pour ces généreux défenseurs de la patrie de se tenir prêts à verser leur sang pour elle, ils sont encore jaloux de partager les sacrifices pécuniaires des autres citoyens.

Cependant Bonaparte méditait la ruine de la constitution de l'an vii, qu'il avait jurée, et, destructeur des formes républicaines, préparait la nation au retour de la monarchie, qu'il voulait exploiter pour son propre compte, en fondant une quatrième dynastie. Toutefois ce n'est pas le bandeau des rois qui ceindra son front, c'est la couronne impériale qu'il placera sur sa tête. Le mot est donné , les affidés sont prêts, et un membre obscur du tribunat, Curée, dépose sur le bureau de l'assemblée une proposition tendante à investir Bonaparte de la dignité impériale, et à déclarer l'empire français héréditaire dans sa famille. Ici toutes les réflexions deviennent inutiles; une seule doit suffire, c'est que, pour en revenir un jour au système monarchique, il fallait ne point faire de révolution, ne point verser tant de sang, ne point ruiner tant d'honnêtes gens, ne point enrichir tant de fripons , et laisser aux Capets le trône de leurs pères, puisqu'ils le possédaient depuis tant de siècles.

Préparés à ce changement, les collègues de Curée d'applaudir à son discours, et, défenseurs infidèles des droits du peuple, de se faire un devoir de parler tour à tour en faveur du despotisme qui devait être, et ne fut que trop longtemps le résultat de la mesure proposée.

Mais, au milieu de l'abjection la plus vile, de l'oubli de soi - même et de sa propre dignité, parmi des hommes vendus , ou séduits, ou intimidés, ou sans énergie, ou pleins encore du souvenir de Saint-Cloud, qu'il est beau de voir un Français faire entendre les accens d'une måle liberté, et s'opposer à un vou qui semble être unanime dans la chambre! Et combien contraste cette honorable conduite de Carnot, refusant de voter pour le consulat à vie et rejetant l'empire, avec celle de Fontanes, ce grand maître dans l'art d'encenser et de seconder dans ses envahissemens « l'homme qui, pour nous servir de ses expressions à la chambre des pairs, connut le mieux la science du pouvoir !»

Lorsque le sénat et le tribunat tendaient aussi servilement leurs mains aux chaînes impériales,

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le corps législatif n'était pas encore assemblé. Toutefois la plupart des membres qui le composaient, et qui se trouvaient à Paris, ne resterent point spectateurs passifs dans cette mémorable circonstance. Choisi par Bonaparte, comme l'homme qui convenait le mieux à la tête d'un conseil de muets, Fontanes, jaloux sans doute de se voir prévenu par les autres chambres, convoqua tous les députés présens dans la capitale, les réunit dans la salle des séances de la questure, et leur fit signer une adresse, dans laquelle ils déclaraient « qu'en une occasion aussi importante, et lorsqu'il s'agissait des plus grands inté rêts du peuple français, ils croyaient devoir à l'honorable mission qu'ils avaient reçue de leurs concitoyens, la manifestation solennelle de leurs principes et de leurs sentimens; que, regrettant de ne pouvoir les proclamer à la tribune de la chambre, ils désiraient au moins en consigner l'expression dans un acte authentique; qu'ils exprimaient en conséquence le vou formel, que Napoléon Bonaparte, premier consul, fût proclamé empereur (*). »

(*) Non content d'avoir publiquement témoigné son zèle par cette démarche, le président du corps législatif crut devoir présenter au premier consul, au futur empereur, ses hommages et ses vœux particuliers. Cette pièce, mo

L'éclat de la pourpre impériale, les serviles adulations des courtisans, les soins même donnés aux affaires de l'intérieur, n'avaient pu distraire Bonaparte du grand but qu'il s'était proposé, celui de venger ses injures personnelles et d'ajouter, par de nouveaux exploits, à la gloire de la nation dont il était devenu le souverain. Toutes les côtes de l'empire, et particulièrement celles de la Manche étaient couvertes de soldats, et les

dèle d'éloquence, ne pouvant qu'ajouter à la réputation littéraire de Fontanes, nous en rapporterons le passage suivant : 0

« Des illusiðns antiques ont disparu; mais en a-t-il besoin celui qu'appelle notre choix ? Il compte à peine trente quatre ans, et déjà les événemens de sa vie sont plus merveilleux que les fables dont on entoure le berceau des anciennes dynasties..... Le dix-neuvième siècle, en s'ouvrant, a donné à l'univers le plus grand spectacle et la plus mémorable leçon. L'esprit humain, travaillé de la pire de toutes les maladies, je veux dire celle de la perfection, a voulu faire d'autres hommes, une autre société, un autre monde ; mais bientôt, épouvanté de tout ce qu'il a produit, et las de tant d'efforts, il est venu se remettre à la suite de l'expérience et sous l'autorité des siècles. »

Cominuniquée au sénat, la proposition du tribunat fut adoptée, à l'unanimité, dans une séance extraordinaire , et le consul Cambacérès fut le premier qui salua son collègue du titre pompeux de majesté impériale.

Nous avions l'intention de finir cette note par la céréports étaient encombrés de bâtimens destinés à la descente de troupes nombreuses sur les rivages de la Grande-Bretagne. La plus belle armée que l'Europe eût encore vue rassemblée, était prête à rentrer en campagne; tous les corps qui la composaient, partageant les voeux du chef de l'état, attendaient impatiemment le signal de traverser l'étroit canal qui les séparait d'un sol, dont ils regardaient la conquête comme assurée.

Napoléon arrive à Boulogne, et déjà il a fait

monie du sacre et du couronnement, et la distribucion au Champ-de-Mars des nouveaux drapeaux accordés aux différens corps de l'armée, mais nous préférons transcrire une pièce peu connue, la protestation de Louis xviii, alors retiré à Varsovie; la voici :

« Prenant le titre d'empereur, et voulant rendre ce titre héréditaire dans sa famille, Bonaparte met le sceau à son usurpation. Cet acte ne saurait sans doute infirmer mes droits; mais, comptable de ma conduite à tous les souverains, dont les droits ne sont pas moins lésés que les miens; comptable à la France, à ma famille, à mon propre honneur, je croirais trahir la cause commune, en gardant le silence dans cette occasion. Je déclare donc que, loin de reconnaître le titre impérial déféré à Bonaparte par un corps qui n'a pas même d'existence légitime en France, je proteste contré ce titre et contre tous les actes subsequens auxquels il pourrait donner lieu, »

Victoires et Conquêtes des Français.

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