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d'avoir vu un citoyen violer en armes l'asile de la représentation nationale. C'est en vain que Lucien, président de l'assemblée, cherche à excuser la démarche de son frère, et l'attribue à un excès de zèle pour la patrie; il est interrompu par les cris mille fois répétés de : « A bas le dictateur! le Cromwel! » Un membre ajoute que « Bonaparte a terni en ce jour toute sa gloire;» un autre, «qu'il s'est conduit en roi. »

Désespérant de calmer l’exaspération des députés, et 'craignant peut-être de devenir à son tour la victime de leur fureur, Lucien dépose sur le bureau son costume de président, et sort de la salle.

Cependant les momens étaient précieux : quelques mesures vigoureuses de la part des cinq-cents pouvaient dessiller les yeux de la force armée, lui faire sentir l'inconvenance du rôle qu'on lui faisait jouer, et paralyser la révolution naissante. Bonaparte sentit le danger, et s'occupa rapidement des moyens de le prévenir.

Un second piquet de grenadiers se présente l'arme au bras, s'établit au milieu de l'assemblée, qui n'a plus de président, et inspire une telle terreur aux membres de l'opposition, qu'ils fuient tous par les portes, par les fenêtres, en

fin par toutes les issues, pour se soustraire aux terribles baïonnettes.

Le danger que venait de courir Bonaparte, la dispersion des cinq-cents, qui semblaient ainsi abandonner aux anciens seuls le soin de la chose publique, étaient deux coups de théâtre bien propres à faire cesser les incertitudes de ces députés. Convaincus de la nécessité de s'arrêter enfin à un parti, ils n'hésitèrent plus et prirent la résolution de se former en comité général. Le résultat de cette détermination fut l'accomplissement du projet médité depuis long-temps par Sieyès, et auquel Bonaparte venait, dans son intérêt personnel, de prêter l'appui de son bras. Le décret portait l'abolition du directoire, l'expulsion de soixante membres du conseil des cingcents, la création provisoire d'une magistrature, destinée à exercer le pouvoir executif, jusques à la confection d'une nouvelle constitution, et la désignation, sous les noms de consuls de la république, de Sieyès, Roger Ducos et Bonaparte, qui prêtèrent serment en ces termes : « Je jure fidélité inviolable à la souveraineté du peuple, à la république française, une et indivisible, à l'égalité, à la liberté et au système représentatif. »

Un mois s'est écoulé, et Sieyès et Roger Ducos, obligés de donner leur démission, sont remplacés

par Cambacérès et Lebrun. Sieyès, ainsi que son collègue, s'assied parmi les sénateurs, et semble se vouer désormais à l'obscurité, honteux et confus de s'être laissé prendre, dans cette journée des dupes, par un intrigant plus habile que lui.

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EXPÉDITION DE SAINT-DOMINGUE.

Les lauriers de Marengo et de Hoenlinden, en préludant au traité de Lunéville, qui devait lui-même amener la paix d'Amiens, conclue enfin entre la république française, l'Angleterre, l’Espagne et la république batave, yenaient de doubler la puissance de Bonaparte, que nous verrons bientôt, abjurant toute pudeur, oublier son serment de Saint-Cloud, et fouler aux pieds les constitutions d'un peuple qui l'avait choisi pour défendre ses libertés, lorsque trompé sur la véritable position de Saint-Domingue, le premier consul nomma chef de l'expédition dirigée contre cette île, son beau-frère, le général Leclerc, qui y mourut, et dont les restes furent rapportés en France par son épouse, connue depuis sous le nom de princesse Borghèse.

Un affranchissement prématuré avait brisé la chaîne des Noirs, et l'ile de Saint-Domingue, la plus importante des Antilles, avait offert, après l'incendie du Cap français, l'aspect d'un repaire habité par des bêtes féroces.

Victimes d'une philanthropie, peut-être mal calculée, privés du bienfait d'une éducation qui les eût préparés au régime social, les Noirs durent abuser de leur liberté, parce qu'ils n'en avaient pas le sentiment véritable, parce qu'ils n'en connaissaient ni le principe, ni les limites. Toutefois, la lutte des passions, des partis, des factions, avança dans ces hommes de la nature le développement de leur intelligence.

Sans civilisation, ils reconnurent des droits et des devoirs; sans morale, ils se soumirent à des lois, et, jaloux par instinct, de leur liberté, ils marchérent et combattirent sous des chefs par nécessité.

On fut injuste envers eux, et l'injustice produisit l'indépendance.

Quelle leçon pour ceux qui ont cru que les Noirs n'avaient pas été créés à l'image de celui qui commande aux puissances, et de qui relèvent les trônes et les empires (1).

Cette expédition fut entièrement malheureuse ; et nous-mêmes, nous n'en parlons ici,

(*) Credere quis dubitet, maduit cum sanguine tellus,
Disjectæque rates et militis ossa loquuntur ?....

Bouvet DE CRESSÉ. (1) Bossuet.

que dans des vues philanthropiques , et pour apprendre à nos rêveurs politiques, qui comptent l'argent pour tout, et pour rien le sang de leurs compatriotes, qu'il y a impossibilité physique de reprendre Saint-Domingue par la force des armes, et stupidité morale à vouloir exposer encore une fois, en pure perte, des armées françaises sur ce climat brûlant.

L'EMPIRE. — FLOTILLE ET CAMP DE BOULOGNE.

L'Europe commençait à jouir des bienfaits de la paix générale, lorsque la rupture du traité d'Amiens vint apprendre à la France étonnée, qu'il fallait de nouveau courir aux armes, et soutenir une guerre, dont l'ile de Malte était le prétexte.

Le tribunat s'assemble et émet le vou « qu'il soit pris, à l'instant, les mesures les plus énergiques, afin de faire respecter la foi des traités et la dignité du peuple français. » Le corps législatif et le sénat conservateur partagent les sentimens des tribuns, et les trois chambres, s'étant rendues, par députation, au palais des Tuileries, Bonaparte, dans sa réponse, s'attache à prouver qu'il a fait tout ce qui dépendait de lui pour le maintien de la paix.

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