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d'allier l'idée d'une fête à la description d'un désastre, ce qu'on appelle bouquet des feux d'artifices, s'élevant en éclats dans les airs, et retombant en pluie ignée, tout cela n'est qu'une faible image du spectacle affreux qui s'offrit aux deux armées, restées muettes d'étonnement.

A cette éblouissante clarté, qui dérobe jusqu'à la vue des étoiles; à cette épouvantable déto-. nation succèdent une obscurité profonde et un silence plus effrayant peut-être. Ce silence n'est interrompu d'abord que par la chute des mâts, des vergues, des canons et des débris de toute espèce, lancés à une hauteur prodigieuse. Les vaisseaux environnans courent les plus grands dangers : de tous ces objets, qui pleuvent autour d'eux, les uns peuvent les défoncer et les couler à fond, les autres les incendier. On voit même des morceaux de fer rouge, des tronçons de bois, des grelins et des palans enflammés, se diriger sur le Franklin, et mettre, pour la quatrième fois, le feu à ce vaisseau.

Frappés d'une sorte de stupeur, les canonniers des deux flottes cessent tout-à-coup le service des batteries, et l'on ne recommence à tirer qu'un quart-d'heure après l'explosion de l'Orient. Ce qui suit est peu de chose, et n'a rapport qu'à l'avant-garde, qui à peine a été entamée. Six

vaisseaux français et trois frégates font encore briller au mât de pavillon les couleurs nationales qui décorent leur poupe, et Villeneuve, qui a rallié les tristes restes de l'armée, sans craindre d'être poursuivi par un ennemi qui ne possède pas deux vaisseaux en état de manœuvrer, après avoir réparé de légères avaries, fait le signal d'appareiller , met à la voile, et entre à Malte, la conscience, toutefois, un peu chargée de n'avoir pas fait tout ce qu'il aurait pu faire dans cette occasion, quoiqu'il eût conservé à la France deux vaisseaux et deux frégates, le Guillaume Tell, le Généreux , la Diane et la Justice.

BONAPARTE A SAINT-CLOUD. — LE CONSULAT.

Quoique le Caire, révolté contre la garnison française, fût rentré dans l'ordre, et que les quartiers de cette vaste cité, naguère inondée de sang, présentassent l'aspect du calme et de la sécurité, néanmoins Bonaparte, tout en cherchant, par sa modération, et la discipline de l'armée, à capter la bienveillance du peuple égyptien, s'occupait également des mesures propres à prévenir un second soulèvement, et d'un système de défense, pour les places situées sur la Méditerranée.

Il était encore devant Saint-Jean-d'Acre, lorsqu'il reçut, par la voie d'Alexandrie, des journaux et des papiers publics d'Europe, qui l'instruisaient de la situation de la France, et une lettre de son frère Joseph , qui, confirmant la plus grande partie des détails contenus dans ces papiers, l'engageait à revenir , et l'assurait que sa présence était ardemment désirée par les amis de la patrie, qui tous se rallieraient à lui, s'il parvenait à mettre le pied sur le sol français.

La connaissance de tous ces détails réveille ou plutôt exalte chez le général en chef cet instinct d'ambition qu'il a ressenti dès son début dans la carrière des armes. Une pensée lui sourit; c'est celle de relever la gloire de la république humiliée, de repousser l'ennemi des frontières menacées, de ramener le calme et la paix, et de satisfaire aux voux de tout un peuple disposé d'avance à le proclamer son libérateur. Il connait, d'ailleurs, par les feuilles anglaises , qu'il a su se procurer, le désastre de la Trebbia, suivi du désastre, non moins cruel, de Novi, la retraite de l'armée sur le territoire de Gênes, et la position critique de Masséna en Suisse. .

Péniblement affecté de tout ce qu'il a lu, Bonaparte prend à l'instant son parti, et, dans quelques jours, il aura débarqué sur la côte de Pro

vence. Il ordonne, en conséquence, à Ganteaume et à Dumanoir-Lepeley de mettre la Muiron et la Carrère en état d'appareiller au premier signal.

« Ne craignez rien, avait-il dit aux officiers qui l'accompagnaient, la fortune ne nous trahira point; nous arriverons en dépit des Anglais. » Mais déjà il a trompé les croisières ennemies; Fréjus l'a vu, et les départemens l'ont salué à son passage.

La nouvelle de l'arrivée de Bonaparte en France se répandit avec une rapidité que la grande réputation dont il jouissait peut seule expliquer; tant de calamités étaient venues fondre sur la république, depuis qu'il s'en était éloigné, qu'un état plus prospère semblait désormais dépendre uniquement de son retour !

Déclaré, ainsi que sa suite, exempt de l'observance de la quarantaine (imprudence que rien ne saurait justifier après la peste de Jaffa), par une décision expresse du bureau de santé, à peine débarqué, il s'était vu entouré d'une foule immense, accourue pour le contempler.

Quel triomphe pour un citoyen! quelle belle et noble récompense des services rendus à sa patrie! Et comment Bonaparte ne contracta-t-il pas dès lors l'engagement de consacrer sa vie au bonheur d'un peuple qui lui témoignait, d'une

manière si éclatante, son affection, sa confiance sans bornes et son dévoûment absolu.

Hommes, femmes, enfans, vieillards, la même affluence le suivit sur sa route jusques à Paris. Les habitans des campagnes et des villes, abandonnant leurs travaux, se rendaient en foule sur son passage, et se disputaient le bonheur de voir de plus près le héros de l'Italie, le vainqueur de l'Orient. Cet enivrement universel, cet enthousiasme, excité par la présence du général de l'armée d'Egypte, ne fut pas moindre dans l'immense capitale de la France, où on le reçut avec de semblables démonstrations d'allégresse et d'admiration. Heureux, et mille fois heureux, s'il n'eût pas oublié depuis qu'un chef de nation ne doit jamais substituer son caprice, et ce qu'on appelle le bon plaisir, à l'autorité sacrée de la loi, seule et inviolable expression de la volonté générale.

Divisé en deux partis presque dès sa naissance, renouvelé à diverses reprises, par des voies illégales, le directoire ne pouvait plus invoquer en faveur de sa durée la volonté du pacte qu'il avait violé lui-même, et ne se maintenait que par cette force d'inertie qui fait subsister souvent les plus mauvaises institutions, parce que personne ne se présente pour les renverser. Toutefois, c'est dans

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