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toire, on dévasterait tout devant eux, et qu'ils n'auraient pour subsister que ce qu'ils tireraient de leurs bords. Ces mesures prises, on attendit l'ennemi.

Cependant la flotte espagnole a quitté la rivière de Lisbonne, et est arrivée en vue de l’ile dont elle pense faire la conquête. Des courriers sont aussitôt expédiés au duc de Parme, pour l'inviter à presser son départ, et déjà l'on naviguait dans les eaux dé Plimouth , lorsque le général espagnol, voyant les Anglais, à la voile, au-devant du port, commit la faute impardonnable de passer outre. Ce chef d'une expédition majeure, qui demandait des talens réels et une longue expérience dans la marine, était Alphonse de Gusman, duc de Médina Sidonia (*), noble et riche personnage.

Inhabile aux opérations de terre et de mer,

j Ce fut moins pour son expérience que pour sa qualité, que le commandement de la flotte espagnole fut donné à Médina Sidonia par Philippe 11. Cet homme, d'une naissance illustre, il est vrai, n'avait aucun des talens nécessaires pour en diriger les opérations Ce fut sans doute une grande faute que commit le roi d'Espagne, mais qui fut forcée pour l'exécution de l'expédition projetée, parce que plusieurs des comtes et marquis, qui s'étaient rendus sur les vaisseaux en qualité de volontaires, se seraient retirés s'ils avaient eu à servir

cet amiral avait si mal choisi ses matelots et ses pilotes, que sa flotte fut sur le point de périr, avant même que d'avoir doublé le cap Finistére. Quand il voulut passer au - delà de Plimouth, Recalde, son lieutenant, fit tout ce qu'il put pour l'engager à tomber sur les Anglais; mais autant un homme instruit va au-devant et profite d'un bon conseil, autant celui qui ne l'est pas s'en éloigne. Médina n'écouta point Recalde; aussi n'est-il justifié que par ceux qui assurent que ses instructions lui défendaient d'agir sans le duc de Parme (*).

Témoins de cette fausse manoeuvre, les Anglais, qui s'étaient attendus à être attaqués, en conçurent de l'audace, et suivirent l'ennemi. Les deux armées se trouvèrent bientôt en présence, et à la portée du mousquet. Les Espagnols, pour ne

sous un commandant d'une naissance inférieure à la leur. Ce fut conséquemment une considération à laquelle ce monarque fut malheureusement obligé de céder, et qui causa le salut d'Élisabeth et la perte de la flotte espagnole.

PONCET DE LA GRAVE.

() Philippe 11 avait donné à ses généraux l'ordre formel de prendre la route de Calais, et de s'y arrêter autant que le vent et le temps le permettraient, pour ouvrir, après l'arrivée du duc de Parme et de sa flotte, une lettre dans laquelle ils trouveraient ce qu'ils avaient à faire. De plus, il leur

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point diviser leurs forces, se mirent en bataille, et formèrent un croissant. Il y eut d'abord quelques escarmouches, dans lesquelles une galéasse

était particulièrement enjoint d'échapper à la vue * des Anglais, et de ne point offrir la bataille à leur flotte, si, par hasard, ils la rencontraient, mais de se tenir sur la défensive.

Ce fut avec ces instructions que la flotte espagnole quitta la rivière de Lisbonne et fit voile pour la Corogne. Les auteurs ne sont pas d'accord sur la date de son départ; les uns disent que ce fut le 19, d'autres le 29 mai, et quelquesuns le 1'' ou le 3 juin 1588. Quoi qu'il en soit, il est certain que l'Espagnol se mit en route, le cæur gonflé d'orgueil, et l'esprit occupé du succès le plus brillant que sa vanité pût lui suggérer. Ses vaisseaux étaient embellis de tous les ornemens qui pouvaient récréer la vue, et chargés en même temps de tous les instrumens de guerre, qui annoncent la destruction et qui inspirent l'horreur. Ils étaient à peine en mer, qu'ils furent accueillis d'une violente tempête qui les sépara aux environs du cap Finistère. Trois galères furent jetées dans un port de France, par la manœuvre du nommé David Guwin, esclave anglais, que quelques rameurs maures aidèrent dans son projet; quatorze autres furent portées entre Ushant et Scilli; mais un vent du nord les ramena saines et sauves, avant qu'elles pussent être surprises par les vaisseaux anglais. Elles rejoignirent la flotte à la Corogne, et dans les ports voisins où elle répara les dommages considérables qu'elle avait soufferts.

*Si le commandant général eût suivi les instructions du roi son maitre, et eût rangé la côte de France, il serait arrivé au Pas de Calais sans que les Anglais en eussent rien sa , et les vaisseaux enne

espagnole fut fort endommagée. Ne voulant point engager le combat avant l'arrivée du duc de Parme, Médina fit sa retraite en bon ordre; mais le grand galion de Sicile, ayant été désemparé de son mât, et ne pouvant pas suivre le reste de la flotte, tomba au pouvoir de Drack, qui y trouva une partie de la caisse militaire.

Ici se succèdent, et avec une étonnante rapidité, des événemens de plus en plus désastreux pour les Espagnols. Leur vice-amiral, chargé de poudre et d'autres munitions, brûle sans qu'on puisse lui porter du secours. Les deux armées se rencontrent, à la hauteur de Portland, et se battent. Un vaisseau vénitien périt corps et biens ; plusieurs bâtimens de moindre dimension éprou. vent le même sort; un engagement terrible a lieu devant l'île de Wight, et les Anglais, dont le succès double l'énergie, pénètrent jusques au centre de la flotte ennemie, qui, quoique supérieure

mis, qui étnient alors à l'ancre dans le port de Plimouth, n'auraient pu empêcher la descente. On dira peut-être que la flotte du due de Parme était tenue en échec par trente vaisseaux hollandais; mais il n'en fallait qu'un pareil nombre des Espagnols, pour les chasser de la rade de Dunkerque , se l'ouvrir, la conserver libre, et parvenir à la jonction des flottes et des armées; et, si elle se fût effectuée, la descente en Angleterre devenait très-facile, et la conquête de cette ile infaillible.

Poncet DE LA GRAVE.

en nombre, abandonne le champ de bataille.

Les Espagnols ont mouillé devant Calais, résolus d'y attendre le duc de Parme; mais les Anglais ont sillonné les mêmes eaux, et les ancres britanniques tombent, en leur présence, sur la côte de France. Chargé de défendre l'entrée de la Tamise avec vingt vaisseaux, Seimer a rejoint les siens, et dès lors on décide que l'Invincible périra par les flammes. Effrayés, les Espagnols prennent des brûlots (*) pour des machines infernales, semblables à celles qui, trois

☺) Cet armement espagnol, prétendu invincible, loin d'alarmer nos côtes et jeter la terreur dans les esprits, parut bientôt si méprisable, que notre jeune noblesse vint en foule, en qualité de volontaires, servir sur la flotte, tandis que d'autres, équipant des vaisseaux à leurs frais, accoururent de toutes parts, jaloux de partager l'honneur de la défaite d'un armement dont ils semblaient pressentir la ruine.

Il y avait deux jours que les flottes étaient à l'ancre devant Calais, lorsque l'amiral eut ordre exprès de la reine de détacher de sa flotte huit des plus mauvais bâtimens, de les remplir de poix, de goudron, de feu grégeois et de résine, de les enduire de soufre et d'autres matières combustibles, de charger leurs canons à boulets et à chaines, d'y mettre le feu, et de les lâcher sur l'ennemi.

Ces bâtimens se trouvèrent prêts sur les deux heures du matin : on profita du vent et de la marée; Young et Prowse les conduisirent et les dirigerent vers le milieu de la flotte

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