Abbildungen der Seite
PDF
EPUB

l'hérésie même y frappait des yeux clairvoyans. Le roi prit du temps pour se prononcer sur l'acceptation ou le refus du décret, et il en profita pour soumettre au pape cette production suspecte.

Cependant, au milieu de toutes ces ruines, la joie du peuple éclatait d'une manière étonnante, pour ceux, dit l'auteur que nous venons de citer, qui conservaient encore quelque sang-froid. Hommes, femmes, enfans, tous couraient au Champde-Mars, travailler aux préparatifs d'une fête, à laquelle furent appelés les députés des différens corps des armées de terre et de mer, et des gardes-nationales du royaume. On l'a nommée la fête de la Fédération ().

Ocore

contraire, que la Constitution Civile du Clergé, ne le détruisait pas, mais le rappelait seulement à la sainteté, aux devoirs de son état , aux vertus évangéliques, si rarement pratiquées, et aux beaux temps de la primitive Église.

(*) Anniversaire du 14 juillet 1789. — Le jour de la prise de la Bastille n'aura jamais d'égal dans l'histoire de la nation française. Le dévoûment, le courage, l'ardeur de tous les citoyens, leur concorde , leur parfaite égalité, le respect de tous les droits, l'ordre au sein du désordre, l'allégresse au milieu des alarmes , des héros couronnés et portés en triomphe, l'envie et la flatterie également réduites au silence, et partout la grandeur, le génie d'un peuple qui brise ses fers , et qui reprend ses droits, voilà ce qui caractérisait cette sublime journée.

Revolution de Paris.

env

Louis xvı y parut sur son trône, avec sa famille, environné de tous ceux qui, grands autrefois, se trouvaient alors placés au rang de simples citoyens, mais resplendissans encore de leur ancien éclat. Des prêtres, qu'on porte au nombre de deux cents, revêtus d'aubes blanches, serrées par des ceintures tricolores (blanc, bleu et rouge), couvraient les marches de l'autel de la Patrie. La messe y fut célébrée. Elle attira peu l'attention dans cet étrange tumulte. L'évêque d'Autun (), qui officiait, bénit l'oriflamme de l'armée

♡ Charles-Maurice Talleyrand de Périgord. En attendant que l'histoire ait peint, de ses véridiques couleurs, ce singulier personnage, nous rapporterons les pièces suivantes :

[merged small][ocr errors]

Deroquetle, en son temps, Talleyrand, dans le notre,

Furent tous deux prélats d'Autun;
Tartufe est le portrait de l'un;

Ah! si Molière eût connu l'autre !
Chénier, et Dictionnaire de Bayle, édit. in-8°, art. Poquelin.

de ligne , ainsi que les bannières des quatre-vingttrois départemens. Le roi prononça, de son trône, le serment de se soumetre lui-même aux lois, et de les faire observer par les autres. Le commandant général de la milice parisienne, accompagné d'un corps d'officiers, parti du trône, traversa le Champ-de-Mars, l'épée nue à la main, la déposa sur l'autel, et tous jurèrent de défendre, jusqu'à la dernière goutte de leur sang, la Constitution, qui n'était pas même achevée. · Au moment dų serment du roi, il s'éleva un cri général d'applaudissemens, et, de ce jour, la maison de Bourbon, sûre de l'amour franc et désintéressé des citoyens, put se croire la première de l'Europe, comme la France, depuis, en a été et en sera toujours, quand elle daignera le vouloir, la première nation. Le son des instrumens belliqueux , le bruit du canon, le cliquetis des armes, l'ondulation des drapeaux, le trépignement de la joie , l'affluence enfin des fédérés, qui étendaient les mains vers le trône, formaient un spectacle que ceux qui en ont été les témoins ne se rappellent pas sans la plus vive émotion. Nous y étions.

Mais, tout-à-coup, quels bruits sinistres circulent dans la capitale? quel génie malfaisant, foulant aux pieds des traités solennellement, royalement et impérialement jurés, souffle le feu de la discorde , et s'apprête à armer les peuples les uns contre les autres ? Dumouriez arrache à Louis xvi la déclaration d'une guerre qui fera couler des torrens de sang, et dont l'Europe est même loin de pressentir les tristes résultats (*). Le pouvoir exécutif du roi est provisoirement suspendu; sa personne sacrée, sa famille sont enfermées au Temple; trois cents prêtres, destinés à la déportation, sont impitoyablement massacrés; la Convention nationale se constitue permanente dans une salle des Tuileries; Pétion préside l'assemblée, et, dès la première séance, la royauté est déclarée abolie en France, et la république décrétée par acclamation.

La république! Voilà donc où conduisent l'injustice, mère de l'indépendance, et le hideux despotisme, père de l'exécrable anarchie!

Déjà la France avait commandé l'admiration

(*) L'Assemblée nationale ne sut aucun gré au roi de sa complaisance, et, de plus en plus, ombrageuse et exigeante, elle cassa, sous quelque prétexte d'incivisme, la garde constitutionnelle du monarque, qui n'était pas installée depuis plus de quatre mois, envoya son chef, M. de Brissac, à la haute cour d'Orléans, et réduisit ainsi le malheureux prince à ne pouvoir opposer la moindre défense aux coups qu'on se préparait à lui porter.

ANQUETIL.

de l'Europe; elle l'avait même forcée au respect par le souvenir d'avantages récens qu'on aurait pu traiter de fictions, si les annales de la patrie n'eussent rappelé Coutras et Henri iv, Fribourg et Condé, Turenne et les Dunes, Villars et Denain, Fontenoi et le maréchal de Saxe.

Huningue effrayant Bâle de l'éminence de ses batteries ; Porentrui se rendant sans avoir combattu; le manifeste de Brunswick laceré et brûlé par les troupes; la Marseillaise () distribuée à la musique de tous les corps, et exécutée au bruit du canon et des exercices à feu, le 14 juillet 1792, en présence de la multitude attirée au camp (**)

(*) Cette pièce est un chef-d'oeuvre de poésie. Son auteur est Rouget, de Lille, département du Nord.

(**) Ce camp, tracé dans la matinée du 22 mai 1792, présentait le soir même, au milieu d'une vaste plaine de blés fauchés, l'image d'une ville de toile ayant ses rues, ses salles d'armes et de danse, ses traiteurs, ses cafés, ses estaminets, ses journaux et des bains.

Cette disposition de la première armée d'observation du Haut-Rhin, inquiéta pendant huit mois les Autrichiens, bivouaquant et s'épuisant en marches et contre-marches sur la rive droite du fleuve.

Son premier commandant fut Custine, qui, dès le 21, avait, ainsi que son aide-de-camp Houchard, abandonné le château d'Ober-Haguendal , pour porter son quartier-général à Hésing ( hôtel du Bouf).

« ZurückWeiter »