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Cette ville n'était encore que menacée, lorsqu'on vit paraître un manifeste qui reprochait à la France une multitude de torts à l'égard de

que nous en venions là, vous et moi, si nous ne sommes pas secourus. » Un autre citoyen lui faisant observer que le manque de vivres faisait périr tout le monde, et que la mort achèverait bientôt d'emporter tous les habitans : « Eh bien! répondit froidement Guiton, il suffit qu'il en reste un pour fermer les portes.o

« Nous trouvâmes cette ville en un état qui faisait horreur et compassion à tous ceux qui y entrèrent. Les rues et les maisons étaient infectées de corps morts qui y étaient en grand nombre, sans être ensevelis ni enterrés. Car, sur la fin de ce siége, les Rochellois, ressemblant plutôt à des squelettes qu'à des hommes vivans, étaient devenus si languissans et si faibles, qu'ils n'avaient pas le courage de creuser des fosses, ni d'emporter les corps hors des maisons. Le plus grand présent qu'on pouvait faire à ceux qui restaient, était de leur donner du pain, qu'ils préféraient à toutes choses, comme étant le remède infaillible qui pouvait les empêcher de mourir, quoique ce remède même devenait à quelquesuns mortel, par la grande avidité avec laquelle ils le mangeaient, et s'étouffaient en même temps.

» Le roi ayant fait son entrée dans La Rochelle, M. le duc d'Angoulême voulut aller voir ce fameux Guiton, qui avoit tenu tète si long-temps au plus grand prince de l'Europe. Quelques officiers, du nombre desquels j'étais, l'y accompagnèrent. Il était petit de corps, mais grand d'esprit et de cæur. Et je puis dire que je fus ravi de voir dans cet homme toutes les marques d'un grand courage. Il était magnifique

la Grande-Bretagne. Il sortit en même temps de ses ports une flotte formidable qui se présenta devant la Rochelle, qui, n'étant point prévenue

ment meublé chez lui, et avait grand nombre d'enseignes qu'il montrait l'une après l'autre, en marquant les princes sur qui il les avait prises, et les mers qu'il avait courues. Il y avoit quantité d'armes chez lui; et entr'autres j’y aperçus une fort belle pertuisane qu'il avait prise à un capitaine dans un combat. Je ne me fus pas plutôt échappé de lui dire qu'elle était belle, que, comme il était extrêmement généreux, il me la donna aussitôt, et me força de la prendre avec une centaine de piques, dont il me fit aussi présent. Il fit une trèsbelle réponse à M. le cardinal de Richelieu, lorsqu'il alla lui rendre ses civilités. Car, Son Eminence lui parlant du roi de France et de celui d'Angleterre, il lui dit qu'il valait mieux se rendre à un Roi qui avait su prendre la Rochelle , qu'à un autre qui n'avait pas su la secourir. Mais il fut ensuite bien mécontent de ce cardinal. Car, n'ayant rendu la ville au Roi, qu'après la parole qu'on lui avait donnée, de lui conserver les marques de sa dignité; et l'un de ses priviléges étant, que lorsqu'il marchait dans la Rochelle, il étoit toujours accompagné de douze hallebardiers, portant ses livrées; son Eminence lui envoya dire un jour, que le Roi étant dans la ville, il était contre les règles qu'il gardât ces marques d'une dignité qu'il n'avait plus, puisque le Roi était alors seul maire, et maître de la Rochelle. Cet ordre nouveau piqua étrangement Guiton, qui se vit ainsi trompé et déchu de ses honneurs, contre l'assurance qu'il en avait eue; et il me dit, que s'il avait cru qu'on eût dû lui manquer ainsi de parole le Roi n'aurait pas trouvé un seul homme en entrant dans la de cette brusque rupture, refusa, malgré les instances de Soubise, l'entrée de sa rade aux Anglais. Ceux-ci tournèrent, dès lors, leurs vues sur l'île de Rhé, la bloquèrent, débarquèrent des troupes et assiégèrent les forts qui la défendaient.

Moins d'habileté dans Toiras, son gouverneur, moins d'intrépidité dans les soldats soumis à ses ordres, moins d'activité et de vigilance dans le ministre, l'ile de Rhé, mal pourvue de vivres

Rochelle, parce qu'il aurait soutenu jusqu'à la fin. Peut-être même que le Roi aurait été obligé de lever le siège, à cause de l'hiver et des tempêtes qui s'élevèrent aussitôt après la réduction de la ville. Car le beau tems finit le jour même de la réduction; et, le 7 de novembre ensuivant, la mer fut si furieuse durant la nuit, qu'elle rompit quarante toises de la digue du côté de Marillac. Le vaisseau du chevalier de la Fayette, poussé d'un coup de vent dans le port, rompit trois ou quatre machines sans s'endommager. Cinq ou six vaisseaux anglais échouèrent à la côte d'Angoulin. Ainsi, on peut dire que, si Guiton se fût entêté de soutenir seulement encore un mois, comme il l'aurait pu, nous étions en grand danger de perdre en un jour tout le fruit de tant de travaux et d'un si long siége. Car le mauvais temps, joint à la rupture de la digue, aurait procuré infailliblement du secours aux assiégés : et il n'y eut qu'un coup visible de la main de Dieu qui les obligea de se rendre, dans ce moment si favorable; aux armes du roi.

Mémoires de Pontis.'

et de munitions, tombait au pouvoir de l'Angleterre, et sa prise rendait impossible celle de la Rochelle, parce que l'ennemi aurait fait une place d'armes et un dépôt, d'où seraient partis des secours prompts pour la ville assiégée.

Sur ces entrefaites, le roi, qui était venu animer par sa présence la valeur de ses troupes, tomba malade, et fut obligé de s'arrêter dans le château de Villeroi. Dès lors tout roula sur le cardinal, qui, à force de soins et de peines , avait rassemblé les bateaux et les navires qui se trouvaient dans les ports voisins. Ses efforts furent couronnés du succès. Malgré les escadres anglaises, malgré leurs vaisseaux de haut-bord, qui, semblables à des bastions, investissaient l'ile de toutes parts, Richelieu , sur de faibles pinasses qui échappèrent à la vigilance des Anglais, y fit passer une armée entière, laquelle, sous les ordres de Schomberg et de Marillac, les battit, les chassa , les força de se rembarquer et de regagner leurs ports, et Louis XIII, guéri, arriva encore assez à temps pour jouir de cet agréable spectacle.

Cependant ce prince, que sa santé toujours chancelante rappelait à Paris, fut engagé, par de si beaux commencemens, à se reposer de la suite de l'exécution sur son ministre seul. Il lui

conféra les pouvoirs les plus étendus, et les généraux de terre et de mer reçurent l'ordre de lui obéir comme au roi lui-même. Le blocus formé par une circonvallation de trois lieues, et commencé en automne, après la retraite des Anglais, se convertit au printemps en un siége régulier, dont on espéra moins cependant que des mesures prises pour empêcher l'entrée des secours. Les plus puissans devaient venir par mer. Richelieu leur opposa une digue qui ferma le port; digue fameuse, dont l'exécution, célébrée alors comme un prodige, ne demanda que cinq mois, sous la direction de Métézeau (*).

Elle avait sept cent quarante-sept toises de longueur, douze d'épaisseur à sa base, et quatre, à sa partie supérieure, élevées au-dessus

ba

) Métézeau (Clément ), natif de Dreux. Cet habile ingépieur, capable des plus grandes entreprises, est immortalisé par la fameuse digue de la Rochelle, ouvrage, en quelque sorte, téméraire, contre lequel les plus célèbres ingénieurs avaient échoué, et qu'il exécuta avec le plus grand succès. Il fut secondé dans son projet par Jean Tiriot, maître maçon de Paris, appelé depuis le capitaine Tiriot. On grava dans le temps le portrait de Métézeau, avec ces vers au bas :

Dicitur Archimedes terram potuisse movere;
Æquora qui potuit sistere, non minor est.

Dict. Hist.

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