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delà du trépas, le sceptre qu'il quittait à regret. En vain la flatterie l'avait enivré d'encens, et, par des comparaisons aussi basses que futiles, égalé

uniquement sur le duc d'Orléans, depuis régent, et formerent bientôt un cri d'accusation publique. Il en fut si consterné, qu'il demanda au roi de se constituer prisonnier avec Hombert, célèbre chimiste, dont il avait pris des leçons, jusqu'à ce que la calomnie fût démontrée et détruite.

Louis xiv, prévenu par les ennemis de son neveu, fut près d'accepter sa proposition; mais il en fut détourné par Maréchal, qui eut le courage de représenter qu’un tel éclat ne servirait qu'à tourner en certitude, dans l'imagination du peuple, des soupçons qui se détruiraient d'eux - memes, au lieu que la justification du duc d'Orléans laisserait toujours à sa réputation la tache d'une accusation indigne de lui, et que la démonstration de son innocence passerait encore pour l'indulgence d'un roi qui ne veut pas déshonorer son sang.

L'affaire en resta là; mais les soupçons ont subsisté longtemps. On ne voulait pas faire attention que Fagon et Boudin étaient intéressés à justifier l'insuflisance de leur art. Le premier était la créature de madame de Maintenon, dont il partageait le ressentiment contre le duc d'Orléans , qui se l'était attiré par des propos indiscrets sur elle. Le second perdait tout à la mort des princes, devait son existence à Fagon, et s'était déjà tellement aliéné le duc d'Orléans, qu'il croyait en avoir tout à craindre dans la suite, s'il ne travaillait à le perdre. Madame de Maintenon avait des desseins plus intéressans qu'une petite vengeance de femme.

On parlait souvent alors d'empoisonnement, et les soupcons, ayant été une fois dirigés contre le duc d'Orléans, se

en quelque sorte à la Divinité; c'était lui faire stupidement franchir l'espace immense de la terre au ciel; mais auparavant il lui fallait, à SaintDenis, mêler sa royale cendre à la royale poussière des Capets, et dormir du sommeil éternel dans un lieu qu'il n'avait jamais eu le courage de contempler d'un oeil sec et calme, et qui lui fit préférer au site pittoresque de Saint-Germain, le sol stérile de Versailles où des millions extorqués à la misère publique, gisent encore inutilement enfouis dans une terre ingrate (*).

Ce prince passait une vieillesse triste, dans l'intimité de madame de Maintenon, plus vieille que lui. Versailles, autrefois si gaie, participait à

réveillaient à chaque occasion. Ce prince, incapable d'une action noire et basse, avait, à force d'imprudences, d'indiscrétions et de mæurs crapuleuses, donné de lui la plus mauvaise opinion, que l'idée même qu'on avait de son esprit aggravait encore.

Duclos. (*) Il y a sous terre, dans les canaux de Versailles, pour trente millions de plomb. Qu'on juge par cela seul de tout le reste, sans qu'il soit même besoin de parler de l'énorme quantité de bronze, transformé en grenouilles qui vomissent, assez inutilement, une eau putride dans de sales bassins, et qui serait mieux employé à pourvoir de canons nos villes maritimes, objet éternel de la convoitise des Anglais, les plus grands ennemis de la France. Révolutions de Paris.

cette apathie mélancolique. Les plaisirs ne s'y présentaient que rarement, et comme à la dérobée, à l'occasion de quelques fêtes majestueuses, que la dignité du trône exigeait encore. La cour paraissait tranquille et grave; mais cette tranquillité n'était plus qu'un état de faiblesse et d’inanition extrême.

Louis dévorait sa douleur en public, et se laissait voir comme à l'ordinaire (*): toutefois ceux qui

*) Louis xiv dépérissait, à vue d'oeil : cependant le 9 août, il courut encore le cerf dans sa calèche, qu'il mena luimême. Le dimanche onze, il tint conseil, et se promena ensuite dans les jardins de Trianon; mais il en revint si abattu, que ce fut sa dernière sortie.

La seule distraction que Louis xiv ait eue dans ses malheurs domestiques, fut l'audience publique qu'il donna à un ambassadeur de Perse, qui venait, disait-on, témoigner l'admiration du roi son maître pour le plus grand monarque de la chrétienté. Jamais le roi n'avait paru avec plus de magnificence, que le jour qu'il reçut cet hommage. Il portait dans sa parure toutes les pierreries de la couronne; sa vieillesse , son air d'abattement même inspiraient une sorte de pitié respectueuse, et ajoutaient à sa majesté.

Beaucoup de personnes prétendirent que cet ambassadeur n'était qu'un aventurier, produit pour tirer le roi de sa mélancolie, en lui rappelant sa grandeur passée. Ce qu'il y a de certain, c'est que Dipi, interprète des langues orientales, étant mort subitement, entre le jour de l'entrée et celui de l'audience, on trouva un curé de campagne, qui, ayant

206 HISTOIRE DE LA MARINE. l'approchaient pénétraient facilement sa pensée, et découvraient les plus secrets mouvemens de son cour, tant il était difficile au monarque de cacher entièrement les convulsions dont il était agité, à une époque où la misère la plus profonde désolait le royaume ! Une justice néanmoins, qu'on ne peut lui refuser, c'est qu'il ne succomba pas un instant à ses nombreuses afflictions.

voyagé en Perse , fit les fonctions de Dipi; et ce curé, d'après les conversations qu'il eut avec cet ambassadeur, en porta le même jugement.

DUCLOS.

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DE LA MARINE

DE TOUS LES PEUPLES.

LIVRE SIXIÈME.

LA RÉGENCE. — PHILIPPE D'ORLÉANS.

Le mauvais état des finances, auquel Louis XIV n'avait pu remédier, lui avait aliéné la capitale et les provinces, et sa confiance aveugle dans le père Letellier, acheva de les révolter. La France, qui lui avait pardonné toutes ses maitresses, ne lui pardonna pas son confesseur ), et il perdit, les trois dernières années de sa

(*) L'acte de catholicité, qui doit être le plus libre, est sans doute la confession, quant au choix du ministre; et jamais il n'y en eut de plus contraint dans la maison royale,

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