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Marlborough, Eugène et Heinsius, s'opposaient à toute conciliation, et s'opiniâtraient à vouloir écraser Louis xiv; mais Marlborough, infidèle aux instructions ministérielles qu'il avait reçues de ne rien entreprendre, ayant investi Bouchain par une manœuvre habile dont Villars n'avait pu prévenir l'effet, et ayant forcé la place à se rendre, fut disgracié; et Eugène, qui, soit velléité de conserver le plus long-temps possible son titre fastueux de généralissime, soit plutôt désir coupable de venger, en versant le sang des ples, une injure personnelle, était passé en Angleterre et y avait fait jouer tous les ressorts de l'intrigue pour perpétuer les hostilités, ne reçut à Londres que l'accueil dû à son nom et à ses exploits, et le rejet le plus net et le plus absolu de ses insidieuses propositions.

Tandis que quatre-vingts Excellences, comme on l'a dit plaisamment, sous les noms de plénipotentiaires, d'ambassadeurs, de députés, de chargés d'affaires, et autres plus ou moins honorables, étaient rassemblées à Utrecht, où la France n'avait pour défendre ses intérêts contre cette nuée de prétendans, que trois ministres, MM. d'Huxelles, de Polignac, Ménager, et la bonne volonté de la Grande-Bretagne, Villars, retiré derrière des lignes, couvrait Arras et Cambrai.

Eugène, à la tête d'environ cent mille hommes, s'emparait du Quesnoy, qui ne se rendit qu'après la défense la plus honorable et seize jours de tranchée ouverte.

Les Hollandais, peuple calculateur et lent à s'ébranler, par une espèce de prodige, avaient été cette année au-delà de leur contingent.

L'armée des Alliés s'était accrue d'un renfort de douze mille Anglais que lui avait envoyés la reine Anne, contrainte encore, par sa position, à garder des mesures, et qui même, de ses propres fonds, fournissait à la solde d'un grand nombre de troupes allemandes.

Eugène brûlait les faubourgs d'Arras, s'avançait sur l'armée française, et proposait au duc d'Ormond de livrer bataille. Ce général avait ordre de sa souveraine, non-seulement de ne rien hasarder, mais même de ne point combattre.

Il se sépara des Alliés, et se retira vers Gand, aussitôt que fut publiée la suspension d'arines entre la France et l'Angleterre.

Le roi, en preuve de ses intentions pacifiques, remit Dunkerque aux Anglais, qui y firent entrer sept mille hommes.

Le duc d'Ormond voulait emmener avec les troupes de sa nation, toutes celles qui étaient à sa solde, mais il ne put se faire suivre que de

quatre escadrons du Holstein et d'un régiment liégeois. Le reste, payé par la Hollande, passa sous les drapeaux de l'empereur.

C'étaient les contingens du Brandebourg, qui, dans la suite, jouera un si grand rôle; du Palatinat, de la Saxe, de la Hesse, du Danemarck et du Hanovre.

Ainsi, quoique cette défection des Anglais eût affaibli l'armée d'Eugène, il restait, de vingt mille hommes, plus fort que les Français; sa position était meilleure, ses magasins plus abondans, et il avait en outre pour lui le prestige favorable de neuf années de victoires.

Villars ne put empêcher ce prince d'assiéger Landrecies, place peu importante, et qui ne pouvait pas tenir long-temps devant des forces supérieures.

Pour assurer le succès de l'entreprise, et empêcher les Français de secourir la ville, les assiégeans fortifièrent leur camp de longs retranchemens gardés par quarante bataillons aux ordres de Fagel, pendant qu'Eugène, avec la grande armée, observait jusqu'aux moindres mouvemens de Villars.

A voir tant de préparatifs, on croyait encore assister aux siéges mémorables de Lille, de Cambrai, de Douai, de Tournai et de vingt autres

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forteresses fameuses des Flandres espagnole et française. Plus de cent mille hommes en effet de troupes accoutumées à vaincre entouraient Landrecies, que commandait du Barail, originaire du pays Messin. Précautions, mesures, manoeuvres inutiles! Le moment était arrivé où la fortune allait trahir son favori, où l'irréconciliable ennemi de sa terre natale devait échouer devant une bicoque, et fuir honteusement des le commencement du siége!

Louis xiv avait dit à Villars, prêt à partir pour l'armée : « Je vous remets les forces et le salut de l'état. Je connais votre zèle et la valeur de nos troupes; mais enfin la fortune peut leur être contraire. S'il arrivait, ce malheur! à l'armée que vous commandez, quel serait votre sentiment sur le parti que j'aurais à prendre pour ma personne? »

Villars hésitait à répondre, craignant d'affliger un vieillard par des conseils vigoureux qui pourraient lui paraître au-dessus de son courage, lorsque le roi reprit : « Je ne suis pas étonné que vous ne répondiez pas bien promptement à une question aussi délicate; mais, en attendant que vous me disiez votre pensée, je vais vous apprendre la mienne.

» Presque tous les courtisans veulent que je

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me retire à Blois, et que je n'attende pas que l'armée ennemie approche de Paris, ce qui lui serait possible si la mienne était battue. Je ne consentirai jamais à laisser approcher ainsi l'en- . nemi de ma capitale. Je sais que des armées aussi considérables ne sont jamais assez défaites, pour que la plus grande partie de la mienne ne puisse se retirer sur la Somme. Je connais cette rivière; elle est difficile à passer, et il s'y trouve des places qu'on peut rendre bonnes. En cas de malheur donc, je compte me rendre à Péronne ou à SaintQuentin, ramasser tout ce qui me restera de troupes, faire un dernier effort avec vous, et périr ensemble ou sauver l'état. »

Il avait dit aussi au maréchal d'Harcourt, que, en cas d'un nouvel échec, il convoquerait la no blesse de son royaume, qu'il la conduirait au combat, malgré son âge de soixante-quatorze ans, et qu'il périrait à sa tête.

Certes, il était impossible de pousser plus loin la magnanimité, et cette généreuse résolution de Louis xiv, prouve irrévocablement qu'il était toujours le digne chef de l'état. Mais pourquoi la noblesse, et la noblesse toute seule? Pourquoi pas la nation entière. Un appel à la loyauté française, le renvoi du père Letellier, la cauteleuse Maintenon éloignée des conseils , la rentrée des

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