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revers. Huit vaisseaux de guerre, soixante-dix bâtimens de transport furent préparés à Dunkerque. Six mille hommes furent embarqués. Le comte de Gacé, depuis maréchal de Matignon, commandait les troupes, et Forbin-Janson, l'un des plus grands hommes de mer, conduisait la flotte.

La conjoncture paraissait favorable; il n'y avait en Écosse que trois mille hommes de troupes réglées ; l'Angleterre était dégarnie; ses soldats étaient occupés en Flandre, sous le duc de Marlborouck; mais il fallait arriver, et les Anglais avaient en mer une flotte de près de cinquante vaisseaux de guerre.

Cette entreprise fut entièrement semblable à celle qu’on vit depuis, en faveur du petit-fils de Jacques 11. Elle fut prévenue par les Anglais; le ministère de Londres eut même le temps de faire revenir douze bataillons de Flandre. On se saisit dans Édimbourg des hommes les plus suspects; enfin, le prétendant s'étant présenté aux côtes d'Ecosse, et n'ayant point vu les signaux conve nus, tout ce que put faire Forbin, ce fut de le ramener à Dunkerque; il sauva la flotte; mais tout le fruit de l'armement fut perdu. Il n'y eut que Matignon qui gagna à cette entreprise. Ayant ouvert les ordres de la cour en pleine mer, il y

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vit les provisions de maréchal de France, récompense de ce qu'il voulut, et de ce qu'il ne put faire.

Si jamais il y eut une vision absurde, c'est celle de quelques historiens, qui ont prétendu que la reine Anne était d'intelligence avec son frère. Il y a de l'imbécillité à supposer qu'elle invitât son compétiteur à la venir détrôner. On a confondu les temps : on a cru qu'elle le favorisait alors , parce que depuis elle le regarda en secret comme son héritier; mais qui peut jamais vouloir être chassé par son successeur!

Les troupes que la reine Anne avait envoyées en Ecosse y étaient arrivées, et contenaient, par leur présence, ceux qui étaient bien intentionnés pour leur prince légitime. En vain les seigneurs de sa cour proposèrent de lui faire mettre pied à terre, assurant qu'aussitôt les Écossais se soulèveraient de toutes parts en sa faveur. Forbin, qui répondait sur sa tête de la personne de Jacques, ne voulut jamais y consentir. Il jugea , par la tranquillité du pays, que non-seulement la reine avait pris toutes les précautions nécessaires pour prévenir la révolution dont on se flattait, mais même qu'il devait être suivi de près par la flotte ennemie, et qu'il convenait plutôt de s'éloigner de la côte que de s'en approcher.

L'événement fit connaître avec quelle sagesse

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il prit ce parti, car, dès le lendemain, l'amiral Byng parut avec quarante-deux vaisseaux de ligne, forçant de voiles pour l'atteindre. La partie n'étant point égale, Forbin prit la route du nord, et ses vaisseaux, plus frais et plus légers que ceux des Anglais, échappèrent facilement à la poursuite de ces derniers. Un seul, le Salisbury, retardé dans sa marche, tomba au pouvoir de l'ennemi.

Ainsi se termina l'entreprise formée contre l'Ecosse. Elle échoua d'abord par le retard que les matelots mirent à rejoindre leurs bords respectifs, et par la négligence de ceux qui devaient les mettre en route ; par l'indisposition de Jacques i et les alarmes de son médecin, qui achevèrent de tout perdre, dans une saison surtout où l'inconstance ordinaire des vents ne permet aucun délai.

Les Anglais, en effet, n'entrèrent dans Edimbourg que le jour où la flotte partit de Nieuport, et huit jours après qu'elle aurait dû être arrivée. Il n'était donc plus possible aux Écossais de tenir parole, et cette tentative inutile ne fit que rendre plus pesant pour eux le joug de la nation britannique.

Passons à un des plus beaux faits d'armes maritimes qui aient honoré la fin du règne de

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Louis xiv, le siège et la prise d'une des principales villes du Brésil, Saint-Sébastien de RioJaneiro.

Absolument hors d'insulte de tous les côtés, cette place était fortifiée par des redans et des batteries dont les feux se croisaient. Vers la plaine, un camp retranché, et un fossé plein d'eau, en défendaient les approches. Trois hautes montagnes la commandaient, et ces montagnes, garnies de retranchemens, étaient encore hérissées de canons.

Rien n'arrête Duguay - Trouin. Vaillamment secondé par les braves compagnons de son entreprise, Courserac, Goyon et Duclerc, il force l'entrée étroite du Rio-Janeiro, protégée par trois cents pièces d'artillerie, plusieurs vaisseaux de guerre et des îles fortifiées, met à rançon la ville de Saint-Sébastien, revient chargé de richesses, lui et ses équipages, et fait la fortune des armateurs français qui partagent les dépouilles conquises sur les Portugais, dans la plus riche colonie du Brésil.

Cette hardie expédition mit le sceau à la gloire de Duguay - Trouin, si connu par vingt actions d'éclat, les récompenses de Louis xiv, et le mot heureux adressé à ce prince qui se plaisait à entendre de sa bouche le récit de ses exploits : « J'or

donnai à la Gloire de me suivre. -- Elle vous fut fidèle, repartit le roi. »

Les lettres de noblesse accordées à DuguayTrouin portent « qu'il avait pris plus de trois cents navires marchands, et vingt vaisseaux de guerre. » Mais, de tous ses hauts faits, le plus connu, le plus honorable sans doute, est celui que nous venons de rapporter, puisque, en onze jours, il fut maître de la place, de tous les forts qui l'environnaient, et que la perte des Portugais montait à plus de vingt-cinq millions.

Au retour de Duguay-Trouin, on accourait en foule sur son passage, tant on était curieux de voir de près celui dont le nom était dans toutes les bouches (~) !

) Le long des routes le peuple s'attroupait autour de lui, et le regardait avec cette avidité qu'il a pour tout ce qui est extraordinaire. Un jour qu'une grande foule était ainsi assemblée, une dame de distinction vint à passer. Elle demanda ce qu'on regardait; on lui dit que c'était Duguay - Trouin. Alors elle s'approcha, et perça elle-même la foule pour mieux voir. Duguay-Trouin parut étonné: « Monsieur, lui dit-elle, ne soyez pas surpris, je suis bien aise de voir un héros en vie. »

Lorsqu'au retour de ses campagnes il arriva à Saint-Malo, ce fut un mouvement général dans la ville. Les mères le montraient à leurs enfans; et dans cet âge où l'on reçoit si aisément les impressions des autres, on apprenait à l'admirer, même avant de le connaître.

THOMAS.

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