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Cloudesly, qui avait suivi Jean Noris, au lieu de l'action, remarquant le désordre des Français, ordonna à ce dernier d'occuper les fortifications que, frappé d'une espèce de terreur panique, l'ennemi venait de quitter, et, une demiheure après cette affaire, Eugène, qui s'était attendu à une résistance très-opiniâtre, passa le Var, sans trouver le moindre obstacle, et marcha sur Toulon.

La flotte prit ensuite la route des iles d'Hières; l'armée de terre tarda peu à arriver à la Valette, gros bourg à une petite lieue de distance de la ville qu'on voulait assiéger. Des lignes furent tra. cées depuis la Valette jusqu'à la mer, pour pouvoir facilement communiquer avec l'armée navale, et en recevoir de l'artillerie et des provisions. L'amiral Showal, suivi de quelques-uns des principaux officiers de la flotte, vint dans le camp et eut une conférence avec le duc de Savoie et le prince Eugène, près des avant - postes, où ils dinerent.

Les historiens anglais ne parlent pas de ce qui se passa à cette conférence; mais les auteurs français rapportent que le prince Eugène et plusieurs officiers généraux furent d'avis de se retirer promptement, et que le duc de Savoie insista sur l'exécution de l'entreprise. Il ne put cepen

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dant engager Cloudesly à exposer la flotte des alliés dans le port, avant que les forts qui le défendaient fussent occupés par les troupes de terre.

Craignant d'êtrebombardés, les Français avaient envoyé leurs galères à Marseille, et, pour empêcher toute leur flotte d'être brûlée, ils coulèrent à fond vingt de leurs vaisseaux de guerre, dont dix au moins à trois ponts, et ils le firent avec si peu de précaution, que ces vaisseaux ne furent jamais depuis en état de servir.

Bientôt après, quatre vaisseaux du troisième rang anglais , et cinq hollandais vinrent joindre l'amiral. Il en fut de même des navires précé. demment envoyés à Gênes et à Livourne, et des · bâtimens de transport, chargés de munitions et de provisions pour l'armée. L'amiral nomma quelques frégates pour protéger la communication par mer, pour favoriser les barques du duc de Savoie, qui allaient et venaient, et pour tenir en échec les Français, Ville-Franche et Monaco; on en avait, outre cela, employé d'autres à différens services.

La flotte débarqua cent pièces d'artillerie , pour les batteries , avec deux cents barils de poudre et des boulets; on mit à terre un grand nombre de matelots pour la manæuvre du canon; enfin on approvisionna le camp de tout ce qui est nécessaire à l'investissement d'une place forte que l'on veut assiéger.

De part et d'autre le feu commence : la flotte mouille dans la rade, et obtient même quelques légers succès; mais les assiégés, faisant une sortie qui leur réussit, détruisent les projets des confédérés. Ils incendient un magasin de cordages, et, poursuivant leur avantage, ils coulent quelques bâtimens, et mettent hors d'état de servir huit

vaisseaux de ligne. Les élémens aussi semblent - combattre pour eux; le vent devient tout-à-coup

si violent, que Byng perd ses ancres, et aborde, non sans de grandes et nombreuses avaries, un vaisseau de guerre hollandais qu'il met hors d'état de tenir la mer.

Convaincus de l'impossibilité de prendre Toulon, le duc de Savoie et le prince Eugène firent retirer leur artillerie de devant la place, pour la rembarquer, et prirent toutes les précautions nécessaires pour transporter sur les vaisseaux les malades et les blessés.

Les dispositions pour la marche de l'armée de terre venaient d'être faites, lorsque la flotte s'approcha le plus qu'elle put de la ville. Cinq galiotes, soutenues par les frégates légères et les chaloupes des vaisseaux de guerre, commandées par le contre-amiral Dilkes, s'avancèrent dans la

II.

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direction du fort Saint-Louis, et, malgré le feu continuel des Français, bombardèrent la ville et le port avec beaucoup de succès depuis midi jusques au lendemain cinq heures du matin ; mais la garnison et les habitans leur opposerent une artillerie si bien servie et causèrent à la flotte tant de dégât, qu'elle fut obligée de se retirer en toute hâte. La même nuit, l'armée des alliés quitta le camp de la cavalerie, et, marchant sur cinq colonnes, reprit la route qu'elle avait tenue en venant à Toulon.

Telle fut l'issue d'une expédition qui avait en· traîné des dépenses énormes, et qui ne tendait à rien moins qu'à la destruction totale du port le plus considérable que la France possède sur la Méditerranée. Consterné du mauvais succès de ses armes, Cloudesly passa le détroit, et regagna les côtes de l'Angleterre.

Toulon, Marseille et la Provence venaient d'être sauvées ; le Dauphiné était hors de danger, lorsque l'Europe apprit avec étonnement que Louis xiv, malgré le dépérissement de ses forces navales, et malgré les escadres anglaises qui couvraient la mer, avait encore assez de ressources pour tenter lui-même une invasion dans la Grande-Bretagne.

Ce projet fut proposé par des Ecossais atta

chés au fils de Jacques II. Le succès était douteux ; mais le roi de France envisagea une gloire certaine dans l'entreprise seule. Il a dit luimême que ce motif l'avait déterminé autant que l'intérêt politique.

Porter la guerre dans la Grande-Bretagne, tandis qu'on en soutenait le fardeau si difficilement en tant d'autres endroits, et tenter de rétablir, du moins sur le trône d'Ecosse, le fils de Jacques ii, pendant qu'on pouvait à peine maintenir Philippe v sur celui d'Espagne, c'était une idée pleine de grandeur, et qui, après tout, n'était pas destituée de vraisemblance.

Parmi les Écossais, tous ceux qui ne s'étaient pas vendus à la cour de Londres gémissaient

d'être dans la dépendance des Anglais. Leurs · voux secrets appelaient unanimement le descendant de leurs anciens rois, chassé, au berceau, des trônes d'Angleterre, d'Écosse et d'Irlande, et à qui on avait disputé jusqu'à sa naissance. On lui promit qu'il trouverait trente mille hommes en armes, qui combattraient pour lui, s'il pouvait seulement débarquer vers Edimbourg avec quelques secours de la France.

Louis xiv, qui, dans ses prospérités passées, avait fait tant d'efforts pour le père, en fit autant pour le fils, dans le temps même de ses

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