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bombe qui est tombée sur une seule maison; les autres quartiers en ont été exempts. » Cette relation, entièrement fausse, ne trompa pas longtemps: des lettres particulières découvrirent bientôt la vérité, ainsi qu'il est facile de s'en convaincre par les pièces suivantes :

« Vous avez été fort heureux, porte une lettre d'un habitant, de vous être échappé; je voudrais bien en avoir fait autant. Si vous eussiez été ici, vous eussiez dit que les Diables étaient déchaînés; les Anglais sont des enragés avec leur feu : il y a une quantité prodigieuse de maisons renversées et brûlées; celles qui étaient près de la mer sont entièrement ruinées; ils ont brûlé plusieurs villages, et, pour surcroît de malheur, ils nous ont envoyé tous les gueux de la province pour nous ronger. L'hôtel - de-ville n'a pas été mieux traité que le reste. La ville et la campagne sont toutà-fait ruinées. »

Une autre lettre commence ainsi : « La ville de Dieppe est entièrement ruinée; il ne reste pas une seule maison qui n'ait été fort endommagée; toutes les églises sont détruites; le collége 'des pères de l'Oratoire est comme une perte de cent mille écus tournois. »

Si la machine infernale dirigée contre SaintMalo n'avait pas prouvé ce que peut le Génie du

mal, on serait tenté de croire mensonger le récit de pareilles atrocités. Et en effet, dans quel but criminel a-t-on employé des inventions diaboliques et destructives des hommes et des villes, comme si des êtres tranquilles dans leurs foyers, et étrangers aux querelles des rois, devaient être les victimes de leur ambition, et périr par le feu ou les armes homicides de leurs semblables?

Au bombardement de Dieppe, succéda celui du Havre; un tiers de ses maisons furent brûlées. Burnet dit qu'une bonne partie de la ville fut détruite; le jésuite Daniel, au contraire, prétend qu'il n'y en eut pas plus de vingt de consumées par les flammes; mais Delarey assure que, pen dant six jours, les Anglais jetèrent dans la place plus de quatre mille bombes.

Retranché sur mer à la plus sévère défensive, Louis xiv n'avait opposé aux insultes des Anglais, que la voie des représailles sur Bruxelles, pendant que les chefs de quelques petites escadres et des nuées de corsaires continuaient à inquiéter leur commerce.

De Gennes, Forbin, Nesmond, entre les premiers; Duguay-Trouin, et Cassart (*), parmi les autres, firent des prises considérables.

(*) Né avec le plus grand génie pour la mer, Cassart n'a

C'était aussi à cette époque, que Jean - Bart, fameux armateur de Dunkerque, et qui demeu

vait pas moins d'intrépidité que de talens. Il se distingua long-temps par la quantité et la richesse de ses prises.

En 1712, il commanda une escadre de six vaisseaux de guerre et de deux frégates, à la tête de laquelle il ravagea , dans une même campagne, plusieurs colonies du Portugal, de la Hollande et de l'Angleterre. Mais il avait des défauts qui quelquefois tiennent au courage; un caractère dur, et une ame trop inflexible. Il choqua la cour, et la cour le laissa dans l'oubli.

Un jour que Duguay-Trouin était à Versailles dans l'antichambre du roi, où il s'entretenait avec plusieurs courtisans, tout-à-coup il aperçoit dans un coin un homme seul, et dont l'extérieur annonçait la misère; c'était Cassart. DuguayTrouin quitte les seigneurs dont il était entouré, et va causer avec lui près de trois quarts d'heure. Les courtisans étonnés lui demandent à son retour avec qui il était. « Comment! s'écria Duguay - Trouin, avec qui j'étais? avec le plus grand homme de mer que la France ait aujourd'hui. v

Monté sur une frégate de quarante canons, Duguay-Trouin tomba dans une escadre de six vaisseaux de guerre anglais, de cinquante à soixante-dix canons. Il combattit avec courage près de quatre heures contre le plus fort; enfin se voyant démåté, il prend la résolution hardie de sauter avec tout son équipage dans le vaisseau ennemi pour s'en emparer.

Déjà tout était prêt; la méprise d'un officier, qui changea la barre du gouvernail, fit échouer ce projet. En même temps un autre vaisseau de soixante-six canons vint le combattre

rait dans cette ville, rivalisait avec les Malouins dans la guerre à outrance qu'ils faisaient aux

à la portée du pistolet, tandis que trois autres le canonnaient de toutes parts.

Ses gens effrayés quittent leurs postes, et vont se cacher à fond de cale. Duguay-Trouin indigné court à eux, et leur présente le pistolet et l'épée pour les arrêter. Pour comble de malheur, le feu prend au magasin des poudres; il y descend, fait éteindre les flammes. Il fallait encore obliger ses soldats à combattre; il se fait apporter des barils pleins de grenades, et les lance dans le fond de cale. Ses soldats épouvantés retournent à leurs postes; mais lui-même en remontant, est fort étonné de trouver son pavillon bas, soit que le cordage qui le soutenait eût été coupé par une balle, soit que, dans l'absence de Duguay - Trouin, il eût été abaissé par quelqu'un de ces hommes qui préfèrent la vie à l'honneur : il ordonne à l'instant qu'on le remette.

Ses officiers le conjurent de ne pas livrer le reste de son équipage à la boucherie. Duguay-Trouin frémissant et désespéré, ne savait quel parti prendre. Son irrésolution fut terminée par un boulet de canon, qui étant sur sa fin, vint le frapper et le renversa ; il fut près d'un quart d'heure sans connaissance. Le capitaine anglais touché de sa bravoure, le fit traiter avec autant de soin que s'il eût été son propre fils.

L'escadre anglaise ayant relâché à Plimouth, DuguayTrouin eut d'abord la ville pour prison; mais bientôt après il fut arrêté par les ordres de l'amirauté : sa prison ne fut pas longue. Duguay-Trouin était aussi aimable que courageux; il avait su plaire à une jeune Anglaise : ce fut elle qui brisa ses fers, et l'Amour rendit un héros à la France.

THOMAS.

S rass

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bâtimens marchands que, chaque jour, ils capturaient et conduisaient dans nos ports (*).

Cependant Louis xiv voulait renouveler encore en faveur de Jacques ir, des tentatives d'invasion. Sous l'apparence d'une autre destination, des flottes furent équipées dans tous les ports, et des troupes rassemblées à Calais. Jacques, au moment de l'exécution, se rendit aux environs de cette ville, et Berwick, son fils naturel, qu'il avait eu d'Arabella Churchill, sæur de Marlborough, osa s'aventurer incognito en Angleterre, où il pratiqua de nombreuses intelligences. Mais Guillaume avait pressenti le but de ces armemens déguisés, et la subite apparition de Russel dans la Manche, à la tête d'une flotte de cinquante vaisseaux, suffit pour éventer un projet que les vents contrarièrent d'ailleurs, et pour ruiner les dernières espérances du roi détrôné.

Les ordres de Guillaume portaient que tous les vaisseaux qui se trouveraient prêts à mettre en mer sur les rivières de la Tamise et de Medway, ainsi que ceux qui étaient à Nore, Spithead,

a) Jean-Bart, né à Dunkerque, d'un courage intrépide, d'une force de corps extraordinaire, de simple pécheur devint chef d'escadre; il fit les plus grandes choses, parce qu'il ne craignit jamais rien.

THOMAS,

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