Abbildungen der Seite
PDF
EPUB

vie de dissipation et d'intrigue ; la fureur d'écrire avant l'âge de raison, d'écrire sur toutes sortes de matières , d'écrire avec une précipitation qui tient du prodige ; la singularité, la hardiesse, l'hétérodoxie dans les opinions; tel est Timante, et qui ne connoît à ces trails si bien marqués la plupart de nos écrivains ? Ce n'est pas tout. « Si c'est un principe ( qui oseroit en douler ?), que la vertu doit accompagner les talens et en prescrire l'usage : si c'est d'après cette règle que nous jugeons les écrivains du siècle, que de réputations vont s'évanouir ?

que

d'usurpateurs vont être détrônés ? Vous flattez-vous d'obtenir nos hommages, de conserver le rang où vous ont élevé le libertinage et l'erreur, fiers et sublimes génies, le scan. dale et le fléau du siècle, les corrupteurs des siècles à venir; vous qui n'avez connu la vérité, que pour la combaltre; la vertu , que pour l'extirper du cæur de vos semblables; vous dont les talens ont été plus funestes au monde que ne le furent jamais l'ignorance et la crédulité : vous enfin, dont les noms, hélas ! trop fameux, ne resteront consignés dans les fastes de l'humanité, de la patrie, de Ja religion, que pour fixer la triste et malheureuse époque de l'aveuglement, de la corruption, de l'impiété, de la philosophie?

Mais pour ne nous arrêter qu'à la corruption du goût, laissant à côté celle des principes; les progrès que fait tous les jours cette funeste épidémie , sont aussi vastes qu'iné. vitables ; les chefs mêmes de la secte philosophique , la grande propagatrice de cette contagion, n'en disconvien

pas. Il n'y a pas long-temps que le secrétaire perpétuel de l'académie ( Mr. Marmontel, de l'autorité de l'usage sur la langue. A Paris 1785, 36 pag. in-4°. ) se plaignoit de ce que l'éternel écueil de la liberté, c'est la licence; et faisoit la peinture suivante d'une infinité d'écrivains qui prennent le bizarre pour le génie ! « Avec des notions superficielles et confuses (un de ces médiocres ) tâchera de se montrer profond, vigoureux et hardi; avec des idées frivoles , -plein de verve et d'enthousiasme; avec une ame sans ressort et une imagination sans élans, il cherchera la nouveauté, la hardiesse, l'énergie , dans un niélange monstrueux de mots étrangers l'un à l'autre, et

[ocr errors]

nent

d'images incompatibles.

Avant lui Voltaire avoit dit : « Le déplacé, le faux, le gigantesque semblent vouloir dominer aujourd'hui ( lettre à la suite des rem, de Mr. l'abbé d'Olivet )... On appelle de tous côtés les passans pour leur faire admirer des tours de forces qu’on substitue à la démarche simple, noble, aisée des Pélisson, des Fénélon, des Bossuet, des Masillon. » -- Dans un discours prononcé à l'académie française Mr. Gresset a fait les mêmes observations,

Les raisons d'une dégénération si subite et si étonnante, quand on se rappelle les beaux jours du siècle de Louis XIV, ont occupé plusieurs philosophes, qui ont essayé d'expliquer cette fatale révolution. Quelques-uns saisissant la chose sous un point de vue absolument général, ont voulu savoir pourquoi les lettres et les arts, après étre parvenus à un certain période, au lieu de s'avancer toujours vers la perfection, s'arrêtent et déclinent insensiblement. L'abbé Dubos, l'un de ceux qui a le plus approfondi cette matière, prétend que les causes morales n'ont aucune part à cette décadence, et qu'il faut l'attribuer à des causes purement physiques. Cet écrivain estimable, mais trop systématique , appuie son opinion de conjectures plus ingénieuses que solides. En effet, il est certain que les causes morales ont beaucoup contribué à la corruption du goût chez les Grecs et chez les Romains. Le luxe, qui contribue aux progrès des arts, lorsqu'il est modéré, produit un effet contraire, quand il devient excessif , et qu'il gagne toutes les conditions, parce qu'il substitue alors au goût du vrai beau une vaine ostentation de richesses , et la recherche des ornemens superflus. On pourroit assigner plusieurs autres causes de la décadence des arts parmi nous; mais la plus universelle et la plus immédiate est, sans contredit, l'amour de la nouveauté si naturel aux hommes, et dont les écrivains ont habilement profité pour séduire le public ... Plus avides de renommée que zélés pour la gloire des arts , les littérateurs modernes ont senti que s'ils travailloient sur le même plan que leurs illustres prédé . cesseurs, il leur faudroit faire des efforts extraordinaires pour les atteindre , que peut-être même ils n'y parviendroient jamais ; ils ont considéré que le public , rassasie des chefs-d'oeuvre de ces grands hommes, accoutumé à

les plus graves.

leurs beautés, seroit moins vivement frappé de retrouver dans les modernes des beautés du même genre; en conséquence ils ont pris un autre parti, et sans s'embarrasser des qualités solides et essentielles à chaque genre d'ouvrage, qualités qui exigent trop de génie et de travail, ils n'ont songé qu'à briller et à étonner à la faveur de quelques ornemens superficiels , souvent même vicieux et déplacés, mais qui recevoient un éclat imposant des charmes de la nouveauté. Leur manière a paru neuve et piquante, on ne s'est pas donné la peine d'examiner si les traits dont on étoit ébloui, étoient bien placés ou convenables au sujet, et quelques grâces légères et frivoles ont couvert les fautes

Un critique judicieux distingue à cette occasion deux sortes de barbarie , dont la définition bien saisie est trèspropre à jeter un grand jour sur cette matière. « Les sources de la première sont l'ignorance, la superstition, la grossièreté, le défaut de communication entre les hommes, une vie trop dure , une simplicité sauvage : cette barbarie est presque toujours accompagnée d'un sens trèsdroit sur les objets qu'on est à portée de connoître, et de beaucoup d'énergie dans l'amé. La seconde espèce de barbarie est produite par l'excès du luxe, par l'extrême corruption des meurs et la dissipation d'une trop grande société, par le dégoût des chefs-d'ouvre et l'abus de l'esprit : cette dernière espèce ôte à l'ame tout son ressort , affoiblit la tête et rend l'esprit faux; elle amène aussi l'iga norance et la crédulité; non par le défaut de livres et d'instruction, mais par l'indifférence pour tout ce qui est raisonnable et solide, et par l'horreur qu'inspire à des hommes énervés la plus légère application (1). Telle est l'espèce de barbarie dont nous sommes menacés et qui est plus voisine de nous qu'on ne pense ; telle fut aussi celle qui désola autrefois la maîtresse des nations au milieu de ses bibliothèques, de ses statues , de ses tableaux, de ses édifices, et de tous les chefs-d'œuvre des artistes grecs,

.

(1) C'est cette barbarie qui est toujours précédee de la philosophie, dont elle est la consequence et le produit.

Long-temps avant la translation du siége de l'empire à Constantinople, la langue latine étoit absolument corrompue, et il n'existoit plus aucune trace de goût à Rome; mais depuis que la capitale du monde fut devenue la première ville de l'empire d'Occident, elle ne survécut que cinq cents ans à son ancienne grandeur, et devint enfin la proie des Goths. » Ajoutons : telle est à beaucoup d'égards la barbarie des Chinois, qui pour cela même font l'objet de notre admiration et de nos éloges : ce sont des bar. bares à prétentions.

Un passage de Mr. Thomas dans son Essai sur les éloges exprime également bien cette double barbarie, « La pensée du Sauvage, dit-il, est simple comme ses mæurs, et son expression simple et pure comme sa pensée ; il n'y entre point d'alliage. Mais le peuple déjà corrompu par les vices de la société, et qui faisant des efforts pour s'in. struire et secouer la barbarie, n'a pas encore eu le temps de parvenir à ce point qu'on nomme le goût ; ou le peuple qui par une pente non moins nécessaire, après l'avoir trouvé s'en éloigne , ne veut pas seulement peindre ses idées ; il veut encore étonner et surprendre. Il joint toujours quelque chose d'étranger à la chose même. Ainsi tout se dénature, etc. »

A l'énumération de ces diverses causes de la dégradation et de la corruption du goût, on peut en ajouter une qui réellement est un peu physique, sans cesser d'être dans l'ordre moral, et qui à cet égard est favorable au système de l'abbé Dubos. « Notre siècle, dit un critique, si fécond en sèches dissertations, a enfanté quantité de brochures où l'on a recherché les causes de la décadence du goût. Une de celles qui a le plus influé sur cette décadence, et dont on n'a point parlé, est que la sensibilité pour les plaisirs ayant en quelque sorte absorbé son antagoniste , la sensibilité de l'esprit, on n'a plus eu cette ardeur et ce noble enthousiasme quand il s'est agi de la vérité et du beau littéraire. Pour suppléer à ce feu divin, on a eu recours à ce qu'on appelle de l'esprit ; mais il n'est pas plus fait pour remplacer la force du sentiment, que quelques étincelles le sont pour tenir la place d'une lumière brillante. »

Un théologien ingénieux alléguoit à cette occasion ,

e passage de St. Paul : Caro enim concupiscit adversùs spiritum, spiritus autem adversus carnem : hæc enim sibi invicem adversantur. Gal. 5. Un fameux naturaliste ( Athan. Kirch. Mundus magnes. ) exprime élégamment la même pensée, et la relève par l'application heureuse d'un ancien passage poétique : Ex libatis corporum voluptatibus ipsa magis magisque brutescens anima ad sensus a ratione labitur ; et

gravi jam dudum saucia curâ, Vulnus alit venis, et cæco carpitur igni.

Æneid. IV.

DÉFENSE DU PAPE PIE II CONTRE UN ARTICLE DU JOURNAL ENCY

CLOPÉDIQUE. IMPOSTURES PHILOSOPHIQUES EN MATIÈRE DE TRADUCTION,

Mai 1786, page 108.

(Lettre à l'auteur du Journal.)

Je viens de lire dans le Journal encyclopédique ( 15 Mars 1786, p. 509 t. II, part. 11. ) une notice sur le pape Pie II, et une lettre cet homme célèbre entretient son père d'un fils qu'il avoit eu d'une union illégitime , et déclame contre le célibat des prêtres exactement dans le style des nouveaux philosophes. Cette lettre m'a paru si singulière et si en opposition avec ce que les historiens, en particulier Mr. Fleury, l'abbé Berault etc, nous disent des mours et du caractère de ce pape, que je crois devoir la regarder comme supposée. Si vous avez quelques lumières -dessus, je vous prie de bien vouloir me les communiquer. Je suis , etc.

Nivelles le 30
Mars 1986.

H. J. Brosius, prof.

au col de Nivelles.

Réponse. J'ai confronté la lettre insérée dans le Journal encyclopédique avec celle qui se trouve dans les Epistola el varii tractatus Püll. Lugduni 1505. J'ai vu un genre de

« ZurückWeiter »