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qui y éteint la raison et le respect des lois; on y confond la souveraineté nationale avec la volonté des groupes populaires, la liberté avec le pouvoir de désobéir aux lois de l'État, la constitution avec un système incohérent de prétentions fanatiques et de licence journalière. De là ces arrestations des messageries, ces violations de domicile, ces entreprises séditieuses, ou tout au moins l'extrême facilité que l'on trouve dans la multitude pour l'entraîner à ces délits.

| » Ce n'est point aller contre la liberté d'écrire que d'interdire sous de rigoureuses peines ces lectures publiques, ces écoles en plein air, où tous les écarts de l'opinion d'un harangueur ignorant deviennent autant de maximes pernicieuses pour le peuple, qu'il est affligeant de voir livré à l'enseignement d'hommes inconnus, et par conséquent suspects.

» Cette indifférence de la puissance publique est doublement coupable : 1° elle suppose un grand mépris du peuple; 2° un oubli des devoirs que la loi prescrit sur les moyens de conserver l'ordre et la tranquillité publique. La crainte des méchans ne doit jamais retenir les magistrats, dont la première obligation est de les combattre, et de sacrifier, s'il le faut, une existence entièrement consacrée au bonheur des citoyens. »

| Nous avons parlé de l'émeute qui avait eu lieu aux abords de l'église des Théatins, le dimanche 17 : ce même jour le club des Cordeliers fit placarder l'arrêté suivant : " .

« La société, sur la dénonciation à elle faite, que le premier

fonctionnaire public de la nation souffre et permet que des prêtres réfractaires se retirent dans sa maison, et y exercent publiquement, au scandale des Français et de la loi, les fonctions publiques qui leur sont interdites par elle; qu'il a même reçu aujourd'hui la communion pascale et entendu la messe d'un des prêtres réfractaires, a arrêté que, la vérité de ce fait bien constatée, elle dénonce aux représentans de la nation ce premier fonctionnaire public, ce premier sujet de la loi, comme réfractaire aux lois constitutionnelles qu'il a juré de maintenir, fct dont les fonctions lui prescrivent d'en assurer l'exécution, et comme autorisant à la désobéissance et à la révolte; préparant ainsi à la nation française les factions que les ennemis des droits de l'homme voudraient exciter contre la constitution. » Signés, PIERRE, président; VINCENT, greffier. » Nous analyserons maintenant sur la journée du 18 une brochure du temps, intitulée : Récit exact, etc. Cette brochure appartient à l'opinion royaliste-constitutionnelle. L'auteur avertit dans une note qu'il a tout vu, tout suivi, et qu'il écrit d'ailleurs d'après des témoignages dignes de soi, et sur des pièces authentiques. Il commence par une récrimination pleine d'aigreur contre les intrigans et les factieux, contre la Société fraternelle et le club des Cordeliers, superfétation monstrueuse du club des Jacobins; ensuite il dit : « Depuis long-temps des bruits, qui n'étaient malheureuseInênt que trop fondés, se répandaient que le roi donnait asile dans son palais à des prêtres non conformistes. On disait surtout qu'il se proposait de quitter l'assemblée nationale et peut-être la France.La fermentation était générale; les ennemis du peuple et du monarque choisissent ce moment pour conseiller au roi de persister dans le dessein d'aller à Saint-Cloud. Ce qui en soi est fort innocent, même fort constitutionnel, change entièrement selon les circonstances.Les factieux avaient pris soin de répandre cette nouvelle, en prêtant au roi les intentions les plus contraires à sa franchise et à sa loyauté, en débitant que plus de trente mille contre-révolutionnaires étaient répandus aux environs de Saint-Cloud, et se disposaient à enlever le roi pour le conduire au milieu de ces armées imaginaires dont on nous menace depuis si long-temps. » Dès le vendredi 15, les ordres du directoire et ceux de la municipalité avaient été donnés pour le départ de Louis XVI. Le samedi, ils avaient été mis à l'ordre de la garde nationale ; le dimanche, la première division avait formé le détachement qui devait aller à Saint-Cloud; le lundi matin, ce détachement était parti, et personne n'avait imaginé d'apporter le moindre obstacle ni de faire la moindre représentation sur ces mesures,

dont l'assemblée nationale même avait la plus parfaite connaissance.Au moment du départ, le commandant-général répéta ces ordres; sur le refus d'obéir, il alla en rendre compte au directoire du département, au maire et aux officiers municipaux réunis dans la salle de l'assemblée nationale.

» M. le maire avait fait de vains efforts pour calmer le peuple et la garde nationale. M. de la Fayette avait aussi parlé au peuple, et converti ceux qui l'entouraient ; mais le tumulte et le nombre de ceux qui remplissaient les Tuileries, et que des gens manifestement séditieux et très-connus animaient sans cesse, ne permettaient pas que la voix d'un seul homme se portât bien loin. Les efforts des autres officiers de la garde nationale furent aussi méprisés, même par leurs propres troupes. M. de la Fayette en alla rendre compte au directoire et aux autres officiers municipaux, qui lui ordonnèrent de faire ouvrir le passage au roi, lequel était depuis sept quarts d'heure dans sa voiture. Porteur de cet ordre il le signifia, et fut désobéi.

» Pendant ce temps les aristocrates, par un singulier accord

avec le peuple, ne cessaient de prier le roi de remonter; ce qu'ils faisaient par un dessein perfide.Un officier municipal fit au roi les mêmes prières par amour de la paix. Le roi, ainsi que sa famille, depuis long-temps en butte aux propos les plus outrageans, y consentit pour prévenir tout acte de violence entre les citoyens. - ·

· » M. de la Fayette alla rendre compte de ces événemens au directoire et au corps municipal, et dit que, persuadé que le sort de la constitution dépendait de l'obéissance à la loi, il croyait qu'ayant été pour la première fois un instrument inefficace de la loi, il devait se briser lui-même : il offrit sa démission, qui fut refusée, et l'on décida de consulter les sections sur la question de savoir sil'on engagerait le roi à partir, ou si on le remercirait de n'être point parti. Toutes les sections répondirent qu'il n'! avait pas lieu à délibérer; quelques-unes exprimèrent leur étonnement sur ce qu'elles avaient été consultées.

» Ce même jour le département présenta au roi une adresse dans laquelle il lui dit : « On voit avec peine que vous favorisez les réfractaires, que vous n'êtes servi que par les ennemis de la constitution, et l'on craint que ces préférences trop manifestes n'indiquent les véritables dispositions de votre cœur. » » Le soir du 18, le corps municipal arrêta également de faire une adresse au roi, qui ne put être présentée que le 20, et qui contient les mêmes demandes que celles du département. » Le 19, le roi se rendit à l'assemblée nationale. (Nous intercalons ici la séance du 19 avril.) [M. le président.Je viens de recevoir une lettre du garde-dusceau ; elle est ainsi concue : * A « Je vous prie, M. le président, de faire lecture à l'assemblée nationale d'une lettre que le roi m'a ordonné de vous envoyer.

, Lettre du Roi.

« Je vous prie, M. le président, de prévenir l'assemblée nationale que je vais m'y rendre sur-le-champ. » . M. le président.Je crois me conformer à l'intention de l'assemblée en ajoutant que personne ne doit prendre la parole que le président. · L'assemblée se lève; le roi entre. Il se place à la droite du président et prononce un discours dans lequel, après avoir renouvelé les témoignages de sa confiance en l'assemblée nationale, et rappelé les événemens d'hier, il dit qu'il importe pour la pleine liberté de sa sanction et de son acceptation, qu'il fasse le voyage qu'il avait projeté, et qu'il persiste dans l'intention d'aller à SaintCloud. J'ai accepté et sanctionné, ajoute le roi, la constitution, dont la constitution civile du clergé fait partie; et je la maintiens de tout mon pouvoir. . " • M. le président. Sire, si le sentiment profond dont l'assemblée nationale est pénétrée était incompatible avec quelque plus douce impression, elle la recevrait de votre présence. Puisse votre majesté trouver elle-même parmi nous, dans ces témoignages d'amour qui l'environnent, quelque dédommagement de ses peines! Une inquiète agitation est inséparable des progrès de la liberté : au milieu des soins que prennent les bons citoyens pour calmer le peuple, on se plaît à semer des alarmes ; des circonstances menaçantes se réunissent de toutes parts et la défiance renaît. Sire, vous, le peuple, la liberté, la constitution, ce n'est qu'un seul intérêt; les lâches ennemis de la constitution et de la liberté sont aussi les vôtres. Tous les cœurs sont à vous ; comme vous voulez le bonheur du peuple, le peuple demande le bonheur de son roi; empêchons qu'une faction trop connue par ses projets, ses efforts, ses complots, ne se mette entre le trône et la nation, et tous les vœux seront accomplis. Quand vous venez, sire, resserrer dans cette enceinte les nœuds qui vous attachent à la révolution, vous donnez des forces aux amis de la paix et des lois; ils doivent prouver au peuple que votre cœur n'est pas changé, et toute inquiétude, toute défiance disparaîtra; nos communs ennemis seront encore une fois confondus, et vous aurez fait remporter à la patrie une nouvelle victoire. Le côté gauche retentit d'applaudissemens réitérés et des acclamations répétées de vive le roi! * Le roi se retire. —Les applaudissemens et les acclamations de la même partie de la salle recommencent. M. Noailles. Je demande l'impression du discours du roi et de la réponse de M. le président et l'envoi aux départemens. M. Baumetz. J'appuie cette proposition, et je demande qu'une députation aille remercier le roi de la démarche qu'il vient de faire et lui demander son discours, afin qu'imprimé avec l'autorisation du roi, il serve de proclamation pour le rétablissement de la paix publique (On applaudit) Ces deux propositions sont décrétées. M. Blacon.Je n'ai jamais pris la parole dans cette tribune, mais je m'étonne d'y paraître en ce moment le premier. Le roi a fait près de vous une démarche de confiance; il vous a dit que son voyage de Saint-Cloud était nécessaire pour le maintien des lois et de la constitution et pour qu'il eût l'air d'être libre.... (La partie droite applaudit. — La gauche se soulève et demande que M, Blacon soit envoyé à l'Abbaye.)

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