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même temps qu'il étoit dans le chemin : comme la suite le fera peut-être mieux paroître.

Il semble aussi que les pharisiens qui firent faire cette demande au Fils de Dieu (1), furent bien aises qu'il eût confondu les sadducéens; et que reconnoissant en lui par ses admirables réponses une doctrine supérieure à tout ce qu'ils avoient jamais entendu, ils furent bien aises d'apprendre sa résolution sur la plus importante question qu'on pût faire sur la loi : Quel est le grand commandement de la loi (2) ? ou comme saint Marc le rapporte : Quel est le premier de tous les commandemens (3) ?

Jésus, qui étoit la vérité même, alloit toujours et d'abord au premier principe. Il étoit clair que le plus grand commandement devoit regarder Dieu. C'est pourquoi il choisit un lieu de la loi qui portoit ainsi : Ecoute , Israël : le Seigneur lon Dieu est le seul Dieu, le seul Seigneur (4). Par-là la grandeur de Dieu étoit établie dans sa parfaite unité. De là il s'ensuivoit encore qu'il lui falloit consacrer celui de nos sentimens qui le faisoit le plus régner dans nos cœurs, et réunissoit davantage en lui toutes nos affections; qui étoit l'amour. Ce qui montroit encore que l'amour qu'il falloit donner à un être si parfait, devoit aussi être parfait. C'est ce qui fait choisir au Sauveur l'endroit de toute l'Ecriture, où la perfection de l'amour de Dieu , et la parfaite réunion de tous nos désirs en lui, étoit expliquée. Mais de peur que quelque ignorant ne soupçonnât qu'en réunissant en Dieu tout son amour, il n'en

(1) Matth. xx11. 34. - (-) Ibid. 36. (3) Marc. XII. 28. - (4) Deut. 71. 4. Marc. XII. 29.

restât plus pour le prochain ; il ajoute au premier précepte le second qui lui est semblable (1) : et il porte l'amour du prochain à sa perfection, en montrant encore dans la loi, qu'il faut aimer son prochain comme soi-même :où il met le mot de prochain, au lieu de celui d'ami, qui est dans la loi (2). Parce que le nom d'ami eut semblé restreindre l'amour à ceux avec qui on avoit des liaisons, et une confiance particulière : au lieu que le mot de prochain, plus général, l'étendoit sur tous ceux qui nous touchoient par la nature qui nous est commune, ainsi que le Fils de Dieu l'avoit déjà expliqué (3).

Voilà donc toute la loi rappelée à ses deux principes généraux ; et l'homme est parfaitement instruit de tous ses devoirs : puisqu'il voit en un clind'æil ce qu'il doit à Dieu son créateur, et ce qu'il doit aux hommes ses semblables. Là est compris tout le Décalogue; puisque dans le précepte d'aimer Dieu, toute la première table est comprise; et dans celui d'aimer le prochain, est renfermée toute la seconde. Et non-seulement tout le Décalogue est compris dans ces deux préceptes, mais encore toute la loi et tous les prophètes (4), puisque tout aboutit à être disposé comme il faut envers Dieu et envers les hommes ; et que Dieu nous apprend ici nonseulement les devoirs extérieurs, mais encore le principe intimé qui nous doit faire agir, qui est l'amour. Car qui aime ne manque à rien envers ce qu'il aime. Nous voyons donc la facilité que JésusChrist apporte aujourd'hui à notre instruction ;

(1) Matth. xxvi. 39. — '(a) Lev. xix. 18. — (3) Luc. X. 29, 37. (4) Mauh. xx11.40.

puisque sans nous obliger à lire et à pénétrer toute la loi, ce que les foibles et les ignorans ne pourroient pas faire, il réduit toute la loi à six lignes : et que pour ne point dissiper notre attention, s'il nous falloit parcourir en particulier tous nos devoirs, il les renferme tous, et envers Dieu et envers les hommes, dans le seul principe d'un amour sincère, en disant qu'il faut aimer Dieu de tout son coeur, et son prochain comme soi-même. De ces deux préceptes, dit-il, dépendent toute la loi et tous les prophètes (1).

Adorons la vérité éternelle dans cet admirable abrégé de toute la loi. Que je vous suis redevable, ô Seigneur ! d'avoir tout ramassé en un; en sorte que sans avoir toujours à me fatiguer dans une immense lecture, je tiens en sept ou huit mots toute la substance de la loi. Et lorsque pour donner à mon esprit un exercice convenable, je lirai avec affection et attention le reste de votre Ecriture : vous m'avez mis en main dans ces deux préceptes, le fil qui me conduira dans toutes les difficultés que je trouverai dans une lecture si profonde ; ou plutôt la résolution et le dénouement de toutes les difficultés : puisque je suis assuré qu'en entendant ces deux préceptes, je n'ignore rien de ce qui m'est nécessaire. O Dieu! je vous loue : ô Jésus! soyez béni : ô Jésus ! je vais m'appliquer à méditer cet admirable abrégé de la doctrine céleste. Je me veux parler à moi-même sans paroles, de ces paroles si pleines de lumières : c'est-à-dire, je veux tâcher de les pénétrer plutôt par l'affection que par (1) Mauh. xxi. 37, 38, 39.

le discours. J'en contemplerai la vérité, afin d'en sentir la force et de m'en remplir tout entier au dedans et au dehors. O Jésus ! donnez-m'en la grâce: Ô Jésus ! répandez dans mon ame votre Saint-Esprit, qui est l'amour éternel et subsistant de votre Père et de vous : afin qu'il m'apprenne à vous aimer tous deux, et à aimer avec vous comme un seul et même Dieu, l'Esprit qui procède de l'un et de l'autre.

Et personne n'osoit plus l'interroger (1). Cette réflexion de saint Marc fait soupçonner que ceux qui lui firent faire cette dernière demande, ou du moins quelques-uns d'eux, ne le consultoient que pour le tenter. Car s'ils eussent consulté, pour s'instruire de bonne foi, un maître dont la doctrine étoit si remplie de vérité et de grâce, il y avoit à l'interroger jusqu'à la fin. Mais comme ils l'interrogeoient dans le dessein de le surprendre, et pour voir s'il répondroit mal, ou s'il demeureroit court dans quelque question, ils cessent de le consulter aussitôt qu'ils sentent qu'ils n'ont aucun avantage à tirer contre lui de ses réponses.

Apprenons de ceux qui consultent mal la vérité éternelle, comment il la faut consulter, c'est-à-dire, non pour la tenter, ou la contredire, ou même pour satisfaire une vaine curiosité : mais pour se nourrir de sa substance, y conformer tous nos sentimens, et vivre de la véritable vie, selon cette réponse du Sauveur : Faites ceci, et vous vivrez (2). Faites ceci : aimez Dieu de tout votre cœur, et votre prochain comme vous-même. Faites ceci : Ne vous

(1) Marc, xn. 34. -(2) Luc. X. 28.

contentez pas de discourir, et de faire une matière de spéculation de ce qui est la règle de votre pratique : Faites ceci, et vous vivrez : vous vivrez de la véritable vie : vous vivrez de la vie qui ne meurt jainais. Car les prophéties s'évanouissent dans le ciel: les énigmes se dissipent par la manifestation de la vérité : la foi se change en claire vue, et l'espérance en possession. Il n'y a que la charité qui consiste en ces deux préceptes ; il n'y a, dis-je, que la charité qui ne finit pas et ne se perdra jamais, comme dit saint Paul (1). Commençons donc de bon coeur à entendre, et à pratiquer ce que nous pratiquerons éternellement. Amen. Amen.

XLIII. JOUR.

Réflexion sur le même commandement dans la Loi.

Deut. vi. 4, 5, 10.

Ecoute, Israël : le Seigneur ton Dieu est le seul Dieu ; le seul Seigneur : Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cour, et de toute ton ame, et de toute ta force (2) : c'est ainsi que nous lisons dans la Loi. Et l'Evangile interprète : de tout ton esprit, de toute ton intelligence, de toute ta pensée, de toute ta puissance (3). Il ne se faut

pas

tourmenter l'esprit à distinguer la vertu de chacune de ces paroles; ni à distinguer par exemple le cour d'avec l'ame, ni l'un ni l'autre d'avec l'esprit et l'intelli

- (3) Matth. ass.

(1) II. Cor. xvi. 8, 12. — (2) Deut. vi. 4, 5. 37. Marc xi. 30. Luc. X. 2".

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