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sance qu'on doit naturellement à la puissance légitime, pour la protection qu'on en reçoit ? Rendez donc à César ce qui est à César (1). Reconnoissez son empreinte : payez-lui ce qui lui est dû: payezle, dis-je, par cette monnoie à qui lui seul donne cours : ou renoncez au commerce, et en même temps au repos public, ou reconnoissez celui par qui vous en jouissez.

Et à Dieu, ce qui est à Dieu. Par cette parole, il fait deux choses : la première, c'est qu'il décide que se soumettre aux ordres publics, c'est se soumettre à l'ordre de Dieu qui établit les empires : la seconde, c'est qu'il renferme les ordres publics dans leurs bornes légitimes. A César, ce qui est à César : car Dieu même l'ordonne ainsi pour le bien des choses humaines : mais en même temps, à Dieu, ce qui est à Dieu : son culte, et l'obéissance à la loi qu'il vous a donnée. Car voilà ce qu'il se réserve; et il a laissé tout le reste à la dispensation du gouvernement public.

Il épuise la difficulté par cette réponse ; et nonseulement il répond au cas qu'ils lui proposoient, par un principe certain dont ils ne pouvoient disconvenir; mais encore il prévient l'objection secrète qu'on lui pouvoit faire : Si vous ordonnez d'obéir sans bornes à un prince ennemi de la vérité, que deviendra la religion ? Mais cette difficulté ne subsiste plus : puisqu'en rendant à César ce que Dieu a mis sous son ressort, en même temps il réserve à Dieu ce que Dieu s'est réservé, c'est-à-dire, la religion et la conscience. Et ils s'en allerent confus : et

(1) Matth. XX11. 21.

ils admirèrent sa réponse (1), où il régloit tout ensemble et les peuples et les Césars, sans que personne pût se plaindre.

XXXVI.. JOUR.

Injustice des Juifs envers Jésus-Christ. Jésus ca

lomnié, opprimé par la puissance publique, en maintient l'autorité. Ibid.

UN

peu de réflexion sur l'injustice des hommes. Ils admirèrent Jésus, et sentirent bien qu'ils ne pouvoient l'accuser ni devant le gouverneur, ni devant le peuple (2). Mais se convertissent-ils, et cessentils de le vouloir perdre? Au contraire, plus ils sont convaincus, et moins ils ont de raison à lui opposer, plus ils lui opposent de fureur.

En apparence ils font les zélés pour la liberté du peuple de Dieu, et contre l'empire infidèle; puisqu'ils osent même demander avis sur le tribut qu'on lui doit. Mais ceux-là même qui font paroître ce faux zèle, dans trois jours crieront à Pilate : Si vous sauvez cet homme, vous n'êtes pas ami de César (3). Bien plus; voici un des chefs de l'accusation : Nous avons trouvé cet homme qui empêchoit de payer le tribut à César (4). C'étoit précisément tout le contraire, comme on vient de voir par sa réponse. Qui peut empêcher la calomnie, si une réponse si nette ne l'a pu faire ? Il ne reste qu'à la

(3) Joan. XX. 12.

(1) Matth. XXI. 22. — (*) Luc. xx. 26. (4) Luc. XXIII. 2.

souffrir,

souffrir, si Dieu la permet, et à savoir se contenter de son innocence.

Mais cavons encore plus avant dans le cœur humain, et apprenons à en bien connoître l'injustice. Ceux qui font ici les zélés contre l'empire infidèle , y vont avoir recours contre Jésus-Christ, et ils en useront de même contre ses disciples. S'agit-il de flatter le peuple ? César ne peut rien. S'agit-il de faire mourir leurs ennemis ? César peut tout. Les hommes ne trouvent juste que leurs passions : tout est bon pour les satisfaire; et on veut même y faire servir la puissance publique, qui est établie pour les réprimer.

Au reste, jamais réponse ne vint plus à propos que celle de Jésus-Christ; jamais instruction ne fut plus nécessaire au peuple juif dans la conjoncture et la disposition où il étoit. Ce peuple s'entretenoit dans un esprit de révolte qui éclata bientôt après, et en causa la ruine. Les pharisiens et les faux zélés fomentoient secrètement ces mauvaises dispositions. Mais Jésus-Christ toujours plein de vérité et de grâce, ne veut point partir de ce monde, sans les avoir bien instruits sur ce qu'ils devoient au prince, et sans prévenir la rebellion dans laquelle toute la nation devoit périr.

Il savoit aussi que ses fidèles devoient être persécutés par les Césars, dont même l'autorité et le nom devoit dans deux jours intervenir dans le supplice qu'on lui préparoit. Jésus ne l'ignoroit pas, puisque même il l'avoit prédit; et qu'une des choses qu'il avoit marquées en prédisant son supplice, c'est qu'il BossueT. 18.

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seroit livré aux gentils. Le Fils de l'homme , dit-il, sera livré aux gentils pour en être outragé, flagellé, crucifié (1). Il savoit aussi qu'on feroit le même traitement à ses apôtres, et que les Juifs les livreroient aux gentils aussi bien que lui, les traînant devant les tribunaux et devant tous les princes (2), en haine de son Evangile. Mais quoiqu'il sât toutes ces choses, il fait justice aux princes ses persécuteurs : il maintient leur autorité dont il devoit être opprimé, lui et son Eglise : et il apprend en même temps à ses disciples, de demeurer comme lui sans aigreur, et en toute soumission envers les puissances, en se livrant, à son exemple comme dit saint Pierre (3), à celui qui le jugeoit iniquement.

Ne nous plaignons donc jamais du gouvernement ni de la justice, quand même nous croirions en être opprimés injustement. Mais imitons le Sauveur; et conservant à Dieu ce qui est à lui, c'est-à-dire, la pureté de nos consciences, rendons de bon cæur à tous les hommes, et même aux juges iniques, si le cas y échoit, et à nos plus grands ennemis ce qui leur est dû. C'est ce qu'il faudroit faire quand ils auroient tort : à plus forte raison quand ils ne l'ont pas, et que notre seule passion excite nos plaintes.

(1) Matth. xx. 18, 19.

. (?) Matth. X. 17,

18.

(3) I. Per.

11. 23.

/

XXXVII. JOUR.

Réflexions sur ces paroles , De qui est cette image ?

Le chrétien est l'image de Dieu. Il doit vivre de la vie de Dieu. Matth. XXII. 20.

De qui est cette image et cette inscription (1) ? Quittons la monnoie publique et l'image de César : chrétien, tourne tes yeux sur toi

même. De qui estu l'image, et de qui portes-tu le nom? O Dieu ! vous nous avez faits à votre image et ressemblance. Vous êtes en nous, ó Seigneur! comme dans votre temple: et votre saint nom a été invoqué sur nous (2). O Père, Fils et Saint-Esprit! nous avons été baptisés en votre nom : votre empreinte est sur nous : votre image que vous aviez misc au dedans de nous en nous créant, y a été réparée par le baptême. Ame raisonnable, faite à l'image de Dieu, chrétien renouvelé par sa grâce, reconnois ton auteur; et à l'image que tu portes, apprends à qui tu es.

Connoître Dieu, aimer Dieu, s'estimer heureux par-là : c'est ce qui s'appelle dans saint Paul, la vie de Dieu; dont les gentils étoient éloignés dans leur ignorance, et l'aveuglement de leur coeur (3). Car c'est par-là que nous entendons que Dieu même est heureux, parce qu'il se connoît et aime lui-même : et lorsque nous l'imitons, en nous estimant heureux par sa connoissance et son amour, nous vivons de la vie de Dieu.

Que la connoissance de Dieu ne soit pas en nous (1) Matth. XXII. 20. — (2) Jerem. xiv. 9. — (3) Eph. iv. 18.

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