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manière : et on portoit cet habit magnisique dans le festin nuptial. De là vient que le Fils de Dieu, qui prend ses comparaisons des usages les plus solennels et les plus connus de la vie humaine, allègue ici l'habit nuptial , pour expliquer les ornemens intérieurs qu'il faut apporter à son banquet.

Ces ornemens sont, premièrement l'innocence et la sainteté baptismale. On donnoit autrefois l'eucharistie incontinent après le baptême. Il falloit toujours en conserver la grâce : et il ne faut point douter que la sainteté baptismale ne soit la disposition, et, pour ainsi dire, la parure naturelle qu'il falloit toujours apporter au festin de l’Epoux. Mais la parabole du Prodigue nous fait voir que

les grands pécheurs, qui ont été assez malheureux pour déchoir de leur innocence, et souiller cette robe blanche qu'on leur avoit donnée dans le baptême, ne laissent pas d'être admis au banquet du père de famille , après qu'il leur a fait rendre leur première robe : Apportez, dit-il (1), sa première robe, et l'en revétez, rendez-lui la grâce qu'il a perdue : et mettez-lui un anneau au doigt, et des souliers à ses pieds ; et amenez le veau gras et le tuez : mangeons et faisons bonne chère. Venez donc, ames innocentes; venez du baptême à la sainte table : venez , vous êtes lavées ; le festin nuptial vous est préparé; et nonseulement le festin, mais encore le lit nuptial : car toute ame lavée de cette sorte est épouse , et le fils du roi s'unit à elle. Mais je ne vous bannis pas de ce festin , ô pécheurs ! ô épouses infidèles! qui avez manqué à la foi donnée : revenez, revenez,

(1) Luc. xv. 22, 23.

et je vous recevrai, dit le Seigneur : vous rentrerez. au festin ; mais pourvu que vous ayez repris votre première robe , et que vous portiez dans l'anneau qu'on vous met au doigt, la marque de l'union où le Verbe divin entre avec vous.

Apportons donc l'innocence et la sainteté à la table de l'Epoux. C'est l'immortelle parure que nous demande celui qui est en même temps l'époux, le convive et la victime immolée, qu'on nous donne à manger

dans le festin. Autrement nous serions ces pourceaux devant qui on jeteroit des perles et des pierreries.

Les riches habits sont une marque de joie : et il est juste de se réjouir à la table du roi, lorsqu'il célèbre les noces de son fils avec les ames saintes; lorsqu'il leur en donne le corps, pour en jouir, et qu'elles deviennent un même corps et un même esprit avec lui par la communion, Çar ce qui s'appelle ici le festin nuptial, est aussi en un autre sens la consommation du mariage sacré, où l'Eglise et toute ame sainte s'unit à l'Epoux corps à corps, coeur à cour, esprit à esprit : et où s'accomplit cette parole : Qui me mange, vivra pour moi (1), Venez donc avec vos habits les plus riches : venez avec toutes les vertus : venez avec une joie digne du festin qu'on vous fait, et de la viande immortelle qu'on vous donne : Ce pain est le pain du ciel : ce pain est un pain vivant qui donne la vie au monde (2). Ve nez, mes amis, mangez et buvez ; enivrez-vous, mes très-chers , de ce vin (3), qui transporte l'ame, et lui fait goûter par avance les plaisirs des anges.

(1) Joan. vi. 58. - (1) Ibid. 32, 33, 41, 51. (3) Cant. V. 1,

Si nous étions toujours avec l'Epoux, il n'y auroit pour nous que de la joie. Mais écoutons ce qu'il dit lui-même : Les amis de l'Epou.c ; les enfans des noces, comme on les appeloit dans la langue sainte; ceux qui sont conviés au banquet nuptial, ne peuvent pas jeuner et s'affliger pendant que l'Epoux est avec eux: le temps viendra que l'Epoux leur sera ôté, ils s'affligeront et ils jeúneront dans ces jours (1). Nous sommes maintenant dans ces jours. Nous ne sommes point dans ces jours où l'on entendoit sur la terre la voix de l'Epoux céleste, qui faisoit dire à saint Jean-Baptiste : L'ami de l’Epour se réjouit d'une grande joie, à cause de la voix de l’Epoux qu'il entend. Cette joie, poursuitil, s'accomplit en moi (2). Nous ne sommes plus dans ce temps : Jésus est retourné à celui qui l'a envoyé : et l'Epoux ne paroit plus parmi nous. Nous ne voyons plus ce jour qu'Abraham et tous les prophètes avoient désiré ; l'Epoux a disparu : la nuée nous l'a enlevé : et il ne nous reste plus qu'à crier nuit et jour avec l'épouse : Revenez , revenez , mon bien-aimé (3). Nous devons donc apporter au festin royal une joie mêlée de tristesse. L'habit nuptial riche et magnifique par la grâce de la sainteté, ou conservée, ou rendue, doit tenir quelque chose du deuil. Il faut jeûner, il faut s'affliger dans le festin nuptial en la forme où nous avons à le célébrer. Car le festin que nous célébrons, est la commémoration de la mort de l'Epoux. Revêtons-nous donc d'un deuil spirituel à ce festin : apportons-y le jeûne et la mortification des sens : c'est ce que nous signi

(1) Matth. Ix. 15. (-) Joan. 11. 29. — (3) Cant. Il. 17.

fie le jeûne du carême, par lequel nous nous préparons au festin pascal.

L'Eglise jeûnoit autrefois toutes les semaines deux ou trois fois, en mémoire de la douleur que la retraite de l'Epoux lui avoit causée. Le vendredi qui étoit le jour de sa mort, le samedi qui étoit le jour de sa sépulture, étoient de ces jours consacrés au jeûne. L'abstinence nous en reste, pour marque

de l'abstinence où nous devons vivre durant l'absence de l'Epoux, en renonçant à la joie, et annonçant sa mort jusqu'à ce qu'il vienne. C'est peut-être une des raisons qui nous oblige à ne manger pas avant la communion : c'est une espèce de jeûne que nous célébrons par ce moyen; et il faut entendre par-là qu'il se faut préparer au pain de vie, en nous refusant toute autre nourriture, et en cessant de vivre selon les sens. Ainsi la mortification des sens doit faire une des parties de notre habit nuptial ; et il faut se mortifier pour célébrer la mort du Sauveur.

XXXIV. JOUR.

Entrer au festin des noces sans l'habit nuptial. Beau

coup d'appelés et peu d'élus. Petit troupeau chéri de Dieu. Matth. XXII. 11- 14.

Mon ami, par la vocation ; qui devenez mon ennemi en la méprisant; comment êtes-vous entré ici sans avoir l'habit nuptial? Et il n'eut rien à pondre (1). Car, que répondre au Sauveur qui nous

(1) Matth. xxii. 12.

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reproche par la bouche de l'apôtre, de n'avoir pas su discerner son corps, et de nous en rendre coupables (1) ? Liez-lui les pieds et les mains, dit le roi : Ôtez-lui la liberté dont il a fait un si mauvais usage: jetez-le dans les ténèbres extérieures (2). Il a voulu entrer dans l'intérieur de la maison avec des dispositions funestes, chassez-le : plus il a voulu entrer au dedans, plus il le faut pousser dehors. Mais qu'y trouvera-t-il, le malheureux ? Loin de la maison de Dieu, où la lumière réside, où la vérité se manifeste, où Jésus-Christ luit éternellement, où les saints sont comme des astres : qu'y trouvera-t-il ? sinon les ténèbres d'un éternel cachot. Voilà ces ténèbres extérieures dont Jésus-Christ parle si souvent. sera pleur et grincement de dents. Au lieu des chastes délices de la sainte table, il y aura un pleur éternel. La rage contre soi-même, contre sa témérité, contre les lâches confesseurs qui nous auront trop facilement introduits au banquet sacré, sera poussée jusqu'au grincement de dents. Avoir été appelé et mis au nombre des amis par le Sauveur, fera la partie la plus cruelle et la plus vive de notre supplice. La voix de l'époux et de l'épouse cessera : toute la joie sera bannie de ce triste lieu : la désolation sera éternelle.

Il y a beaucoup d'appelés , et peu d'élus (3) : Jésus-Christ nous en a souvent avertis, et il avoit déjà dit la même parole, Matth. xx. 16.

Cela est vrai, premièrement parmi les Juifs : Je suis venu, dit le Sauveur, pour les brebis per

(1) 1. Cor. XI. 27, 29. - (1) Mauh. xxii. 13. — (3) Ibid. xx. 16.

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