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dit : La lumière est encore au milieu de vous pour un peu de temps (1). Je m'en vais; et cette lumière ne sera plus guère avec vous : servez-vous-en pendant que vous l'avez : Marchez à la faveur de cette lumière, de peur que les ténèbres ne vous environnent , ne vous surprennent, ne vous enveloppent : et lorsqu'on est dans les ténèbres, on ne sait l'on va : on se heurte à toutes les pierres : on tombe dans tous les abîmes; et non-seulement le pied manque, mais la tête ne se peut défendre.

Jésus est la lumière à ceux qui ouvrent les yeux pour le voir : mais à ceux qui les ferment, il est une pierre où l'on se heurte et on se brise. Faute d'avoir voulu apprendre de lui le mystère de son infirmité, ils s'y sont heurtés et brisés, et ne le connoissent pas; et ils demandent : Qui est ce Fils de l'homme, qui doit être crucifié, et parlà tirer toutes choses ? Est-ce vous que nous voyons si foible ? Comment tirerez-vous à vous-même tout le monde, dont vous allez être le rebut par votre croix ? Aveugle, ne voyez-vous pas à la majesté de son entrée, qu'il ne tiendroit qu'à lui d'avoir de la gloire : qu'il ne la perd donc pas par foiblesse, mais qu'il en diffère par sagesse le grand éclat? Il vous diroit cette vérité, si vous la lui demandiez humblement : mais vous laissez échapper la lumière: et celui qui étoit venu pour vous éclairer , vous sera à scandale : scandale aux Juifs, dit saint Paul (2), et folie aux gentils.

Pesons ces paroles! La lumière n'est plus avec vous que pour un peu de temps (5). Concevons un

(1) Joan. xn. 35.- (1) I. Cor. 1. 23. — (3) Joan. xii. 35.

certain état de l'ame où il semble que la lumière se retire. A force de la mépriser, on cesse de la sentir: un nuage épais nous la couvre : nos passions, que nous laissons croître, nous la vont entièrement dérober : marchons tant qu'il nous en reste une petite étincelle. Quelle horreur d'être enveloppé dans les ténèbres, au milieu de tant de précipices ? C'est ton état, ô ame, si tu laisses éteindre ce reste de lumière qui te luit encore pour un moment.

Qui marche dans les ténèbres , ne sait il va (1). Etrange état! on va : car il faut aller; et notre ame ne peut pas demeurer sans mouvement. On va donc; et on ne sait où l'on va : on croit aller à la gloire, aux plaisirs, à la vie, au bonheur; on va à la perdition et à la mort. On ne sait où l'on va, ni jusqu'à quel point on s'égare. On s'éloigne jusqu'à l'infini de la droite voie, et on ne voit plus la moindre trace ni la moindre route par où l'on y puisse être ramené. Etat trop ordinaire dans la vie des hommes. Hélas ! hélas ! c'est tout ce qu'on en peut dire. C'est par des cris, c'est par des gémissemens et par des larmes, et non point par des paroles qu'il faut déplorer cet état.

Il ne sait il va. Aveugle, où allez-vous ? Quelle malheureuse route enfilez-vous? Hélas ! hélas ! revenez pendant que vous voyez encore le chemin. Il avance : ah, quel labyrinthe et combien de fallacieux et inévitables détours va-t-il rencontrer ! Il est perdu : je ne le vois plus; il ne se connoît plus lui-même, et ne sait où il est : il marche pourtant () Joan. XII. 35.

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toujours, entraîné par une espèce de fatalité malheureuse, et poussé par des passions qu'il a rendues indomptables. Revenez : il ne peut plus ; il faut qu'il avance. Quel abîme lui est réservé! quel précipice l'attend! de quelle bête sera-t-il la proie! Sans secours, sans guide, que deviendra-t-il ? Hélas ! hélas !

XVIII. JOUR.

Etat de ceux de qui la lumière se retire. Jésus

se cache d'eux. Merveilles de cette journée de triomphe. Ibid.

JÉSUS dit ces choses, et il se retira et se cacha d'eux (1). Quel état! quand non-seulement on se retire de la lumière : mais qu'à son tour, par un juste jugement, la lumière se retire; et non-seulement se retire, mais se cache ! C'est l'état de ceux dont l'entendement est enveloppé et obscurci de nèbres ; par l'ignorance qui est en eux, à cause de l'aveuglement de leur cour : qui désespérant de leur relour, se livrent à toute impureté et à toutes actions impudiques , comme à l'envi, et à qui pis fera. Ah! ce n'est pas ainsi que Jésus-Christ vous avoit enseigné : si toutefois vous l'avez ouï (2), si sa voix est parvenue jusqu'à vous.

Ce verset de saint Jean semble répondre à celui de saint Matthieu , où il est porté, que Jésus après avoir répondu aux reproches que les pharisiens

(1) Joan. xii. 36. — (2) Ephes. iv. 18, 19, 20.

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lui faisoient sur son entrée, les laissa , et sortit de la ville pour se retirer en Béthanie (1), où il demeuroit. C'est ce que saint Jean appelle s'en aller et se cacher d'eux. Sa retraite étoit donc à Béthanie : c'est là qu'il se cachoit chez quelques-uns de ses amis et de ses disciples ; et apparemment dans la maison de Lazare, de Marie et de Marthe, ou chez quelque autre. De là on peut conclure que tout ceci s'est passé au jour de l'entrée du Sauveur : que c'est à ce jour que le Père fit entendre du ciel cette voix que nous avons ouïe : que c'est alors que Jésus développa tout le mystère de son exaltation, et de la propagation de sa doctrine, et de sa gloire après sa mort. Que cette journée est magnifique! Quel concours de merveilles ! que de douces consolations ! que d'étonnantes menaces ! Quel recueillement, quelle frayeur, quel doux étonnement, quelle attention, quel mélange de crainte et d'amour ne doit pas inspirer cette journée ! Que si l'on veut différer jusqu'au lendemain une partie de ces choses , comme il pourroit y en avoir quelque raison ; c'étoit toujours une suite du triomphe de Jésus, puisque ce fut à ce jour qu'il purgea le temple avec tant d'autorité et de zèle, des voleurs qui en faisoient leur caverne.

O jour admirable! je n'avois pas encore vu toutes vos lumières, ni compris toutes les merveilles dont vous êtes plein.

(1) Matth. XXI. 17.

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XIX. JOUR.

Réflexions sur les merveilles de la première journée.

Il faut continuer sans relâche l'æuvre de Dieu à l'exemple de Jésus-Christ.

Tous ces passages font voir qu'à cette dernière semaine, et dès le jour qu'il fit son entrée, le Sauveur sortoit tous les soirs de Jérusalem, et se cachoit à Béthanie, d'où il revenoit tous les matins faire ses fonctions dans le temple, où tout le peuple s'assembloit aussi dès le matin pour l'entendre. Le jour ses ennemis étoient retenus par la crainte d'émouvoir le peuple si on le prenoit en plein jour : Car ils craignoient, dit saint Marc (1), parce que tout le. peuple qui l'écoutoit étoit ravi de sa doctrine. Ou, comme le rapporte saint Luc (2) : Ils ne savoient

que lui faire; parce que tout le peuple qui l'écoutoit, étoit ravi et hors de soi. Ainsi dans le jour il demeuroit: et dans la nuit, où ses ennemis eussent trouvé plus d'occasions de le perdre, il sortoit de la ville, et se retiroit à Béthanie, parmi ses disciples, afin d'achever sa semaine, et le temps qui lui étoit prescrit pour nous instruire; continuant à se servir des voies douces, si naturelles à la sagesse divine, des précautions nécessaires et des moyens ordinaires de se conserver jusqu'à la nuit où il devoit être pris. Voyons donc, soit qu'il se conserve, soit qu'il se livre, qu'il fait tout pour l'amour de nous. Il se con

(1) Marc. XI. 18.

BOSSUET. IX.

(3) Luc. XIX. 48.

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