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L'autre réponse du Sauveur sur ce reproche des pontifes et des docteurs de la loi : Si ceux - ci se taisent, leur dit-il (1), les pierres mêmes crieront. Dieu est assez puissant, disoit Jean-Baptiste (2) pour faire naître même de ces pierres, les enfans d' Abraham et des cæurs les plus endurcis, en faire de vrais fidèles. Le temps devoit venir, et il étoit venu, que la gloire de Jésus-Christ retentiroit si hautement par toute la terre, que les gentils s'assembleroient à cette voix; et que Dieu seroit adoré par un peuple, qui jusqu'alors ne le connoissoit pas, et qui dormoit endurci dans son péché. O pierres, ô cæurs endurcis, éveillez-vous, attendrissez-vous à cette parole du Sauveur.

VIII. JOUR.

Le même sujet. Ibid.

Pendant que les peuples applaudissoient au Sauveur, et en portoient les louanges jusqu'au ciel, ses ennemis, non contens de faire paroître dans leurs paroles, leur envie qu'ils ne pouvoient retenir, faisoient de secrètes menées pour le perdre, et y étoient même animés par la gloire d'un si beau jour. C'étoit encore un trait de ce caractère de persécution qui le devoit suivre, et qui le suivit en effet jusqu'à la fin.

Contemplons ici les effets de la jalousie : c'est une des plus grandes plaies de notre nature. Jésus-Christ,

() Luc. xix. 40.- (1) Matth. 111. 9.

qui étoit venu pour la guérir, en devoit sentir toute la malignité; et les souffrances que l'envie lui devoit causer, devoient servir de remède à son venin. L'envie, c'est le noir et secret effet d'un orgueil foible, qui se sent ou diminuer, ou effacer par

le moindre éclat des autres, et qui ne peut soutenir la moindre lumière. C'est le plus dangereux venin de l'amour - propre, qui commence par consumer celui qui le vomit sur les autres, et le porte aux attentats les plus noirs. Car l'orgueil naturellement est entreprenant, et veut éclater : mais l'envie se cache sous toute sorte de prétextes, et se plaît aux plus secrètes et aux plus noires menées. Les médisances déguisées, les calomnies, les trahisons, tous les mauvais artifices en sont l'ouvre et le partage. Quand par ces tristes et sombres artifices elle a gagné le dessus, elle éclate, et joint ensemble contre le juste, dont la gloire la confond, l'insulte et la moquerie , avec toute l'amertume de la haine, et les derniers excès de la cruauté. O Sauveur ! ô Juste ! ô le Şaint des saints ! c'est ce qui devoit s'accomplir en votre personne.

Déracinons l'envie : et dans le moindre de ses effets que nous ressentirons dans notre cæur, cevons toute la malignité et toute l'horreur d'un tel poison.

con

IX. JOUR.

Jésus donne lui-même à son triomphe le caractère

d'humiliation et de mort qu'il devoit avoir. Effets différens que fait le triomphe de Jésus-Christ dans les Juifs et dans les gentils. Joan. XII. 19 - 27.

Saint Jean nous fait remarquer deux effets bien différens du triomphe de notre Sauveur. Dans les pharisiens il excita les sentimens de la jalousie, et les noirs complots que nous avons vus. Les pharisiens se disoient les uns aux autres : Que feronsnous : tout le monde court après lui (1) ? Mais en même temps, et durant ces criminelles menées des enfans d’Abraham contre le Christ qui leur étoit promis; les gentils qui n'étoient pas de cette race bénite, et qui aussi étoient étrangers de cette sainte alliance, furent touchés d'une sainte admiration pour l'auteur de tant de merveilles. Quelques gentils, dit saint Jean (2), qui connoissoient Dieu, quoiqu'ils ne fussent pas Juifs, puisqu'ils venoient adorer à la fête, s'adressèrent à Philippe un de ses apôtres, et lui dirent avec respect : Seigneur, nous souhaitons de voir Jésus. Ce n'étoit pas simplement le voir: : car tout le monde l'avoit assez vu dans cette journée, et tout le monde le voyoit quand il prê choit; mais ils le vouloient voir en particulier et jouir de son entretien, qui est proprement ce qu'on appelle venir voir un homme.

(1) Joan, xil. 19.

(2) Ibid. 20.

A'cette approche des gentils qui vouloient le voir, Jésus arrête aussitôt sa pensée sur la vocation des gentils, qui devoit être le fruit de sa mort. Ces grandes prophéties où les nations lui sont données comme son héritage et sa possession, lui sont présentes : dans le petit il voit le grand. Ce que

les Mages avoient commencé dès sa naissance, qui étoit la conversion des gentils en leurs personnes, ceuxci le continuent, et le figurent encore vers le temps de sa mort : et le Sauveur voyant concourir dans les gentils le désir de le voir avec celui de le perdre dans les Juifs, voit en même temps dans cet essai, commencer le grand mystère de la vocation des uns, par l'aveuglement et la réprobation des autres. C'est ce qui lui fait dire: L'heure est venue , que le Fils de l'homme va être glorifié (1). Les gentils vont venir, et son royaume va s'étendre par toute la terre.

Il voit plus loin; et il voit, selon les anciennes prophéties, que c'étoit par sa mort qu'il devoit acquérir ce nouveau peuple, et celte nombreuse postérité qui lui étoit promise. C'est après avoir dit : Ils ont percé mes pieds el mes mains , que David avoit ajouté (2): Toutes les contrées de la terre se ressouviendront, et se convertiront au Seigneur. C'est après qu'il auroit livré son ame à la mort, qu'Isaïe lui promettoit , qu'il verroit une longue suite d'enfans (5). Et encore: Qui racontera sa génération ? qui pourra compler sa postérité, parce qu'il a été retranché de la terre des vivans ? Je l'ai frappé pour les péchés de mon peuple (): Et encore: Je lui don

(1) Joan. XII. 23. (4) Ibid. 8.

(2) Ps. XXI. 17, 28. -- (3) Is. LIII. 10. —

nerai la dépouille des forts, et il en partagera le butín, parce qu'il a donné son ame à la mort (1). Il voyoit donc que c'étoit à ce prix qu'il devoit acheter ce nouveau peuple: il lui en devoit coûter la vie. Plein de cette vérité, après avoir dit: L'heure est venue , que le Fils de l'homme va être glorifié ; il ajoute : Si le grain de froment ne tombe et ne meurt, il demeure seul; mais s'il meurt, il se mul

tiplie (2)

C'est ainsi que dans les paroles de Jésus nous voyons le vrai commentaire et la vraie explication des prophéties. Mais il nous en doit à notre manière arriver autant qu'à lui. Nous sommes le grain de froment, et nous avons un germe de vie caché en nous - mêmes. C'est par-là que, comme Jésus, nous devons porter beaucoup de fruit, et du fruit pour la vie éternelle. Mais il faut que tout meure en nous : il faut que ce germe de vie se dégage et se débarrasse de tout ce qui l'enveloppe. La fécondité de ce grain ne paroîtra qu'à ce prix. Tombons : cachons-nous en terre : humilions – nous : laissons périr tout l'homme extérieur; la vie des sens, la vie du plaisir , la vie de l'honneur, la vie du corps, la curiosité, la concupiscence, tout ce qu'il y a de sensible en nous. Alors cette fécondité intérieure développera toute sa vertu, et nous porterons beaucoup de fruit.

(1) Is. LIII. 12. - (-) Joan. Xu. 23, 24:

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