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IV. JOUR.

Jérusalem, figure de l'ame livrée au péché. Notre Seigneur prédit ses malheurs.

SUIVONS Jésus, et apprenons de saint Luc ce qu'il fit en descendant vers Jérusalem, et approchant de ses portes, et en la regardant. Lisez Luc. XIX. 29; et appuyez sur le verset 41 et suiv. jusqu'au 45.

Dans les malheurs de Jérusalem nous voyons ceux des ames qui périssent. Il viendra, dit Jésus (1), un temps malheureux pour toi, où tes ennemis t'environneront de tranchées; ils t'enfermeront, et te serreront de toutes parts. Ainsi arriva-t-il à Jérusalem de point en point: on sait les effroyables travaux que firent les Romains, et cette muraille qu'ils élevèrent autour de cette ville malheureuse qui la serroit tous les jours de plus en plus ce qui causa l'horrible famine que tout le monde sait, où les mères mangeoient leurs enfans. Ainsi arrivera-t-il à l'ame pécheresse: serrée de tous côtés par ses mauvaises habitudes, la grâce ni le pain de vie n'y pourront plus trouver d'entrée; elle périra de faim; elle sera accablée de ses péchés; et il n'y restera plus pierre sur pierre. Etrange état de cette ame: renversement universel de tout l'édifice intérieur ! Plus de raison ni de partie haute tout est abruti: tout est corps: tout est sens tout est abattu, et entièrement à terre. Qu'est devenue cette belle architecture qui marquoit (1) Luc. xix. 45.

:

la main de Dieu? il n'y a plus rien: il n'y a plus pierre sur pierre, ni suite ni liaison dans cette ame: nulle pièce ne tient à une autre; et le désordre y est universel. Pourquoi? le principe en est ôté : Dieu, sa crainte, la conscience, ces premières impressions qui font sentir à la créature raisonnable qu'elle a un souverain : ce fondement renversé, que peut-il rester en son entier ?

A ce triste spectacle, Jésus ne peut retenir ses larmes: Si tu savois! ô ame, si tu savois! Il n'achève pas les sanglots interrompent son discours : sa langue ne peut exprimer l'aveuglement de cette ame: Si tu savois ! du moins en ce jour qui t'est encore donné, et où Dieu te visite par sa grâce. Il y a un jour que Dieu sait, après lequel il n'y a plus pour l'ame aucune ressource: parce que, dit Jésus, tu n'as pas connu le temps où Dieu te visitoit (1). Quand une lumière intérieure te montre tes crimes; quand tu es invitée à donner gloire à Dieu, et que tout crie en toi qu'il faudroit se donner à lui; comme en ce jour de la visite de Jérusalem, tout le monde, et jusqu'aux enfans, crioient au fils de David: si tu n'écoutes, le moment se passe; cette grâce si vive et si forte ne reviendra plus.

Tout ceci est caché à tes yeux (2). Ton cœur est appesanti; tes yeux sont fermés et obscurcis : tes passions t'aveuglent : un voile obscur est sur tes paupières : un affreux assoupissement les appesantit. O ame! Jésus en pleure, et tu ne te pleures pas toi-même ? Pleure, pleure, ô spirituelle Jérusalem! pleure ta perte, du moins en ce jour que le Seigneur · 42, 44. — (2) Ibid. 42.

(1) Luc. XIX.

te

te visite d'une manière si admirable: si jusques ici tu as été insensible à ta propre perte, pleure aujourd'hui, et tu vivras. Ne perds aucun moment de grâce, parce que tu ne sais jamais si ce ne sera pas lé dernier qui te sera donné.

V. JOUR.

Dernier séjour de Jésus-Christ en Jérusalem, plus digne de remarque. Lisez Matth. xxI. 10 - 15. Marc. XI. II - 18. Luc. xix. 45, jusqu'à la fin.

TOUTE la ville est émue pendant que Jésus la traverse en triomphe: Qui est celui-là? Et les peuples qui accompagnoient le nouveau roi, répondoient : C'est Jésus le prophète de Nazareth de Galilée (1).

Jésus-Christ avoit commencé sa prédication en Galilée, à Capharnaum et aux environs, conformément à la prophétie d'Isaïe, rapportée en saint Matthieu (2). Nazareth étoit la demeure de ses parens et la sienne; mais depuis sa prédication, il s'établit avec les siens à Capharnaum. Cette ville avec les villes et contrées voisines virent la plupart de ses miracles, et ouïrent la plus grande partie de ses instructions. C'étoit même dans la Galilée qu'il avoit choisi ses apôtres : la troupe de ses disciples étoit presque toute de ce pays et en entrant avec lui dans Jérusalem, ils faisoient honneur à leur patrie du nom d'un si grand prophète.

(1) Matth. XXI. 10, 11. (2) Is. ix. 1, 2. Matth. 1v. 13, 14,

15, 16.

BOSSUET. IX.

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Cependant le nom du Sauveur n'étoit pas moins célèbre dans Jérusalem, où le bruit de ses miracles s'étoit porté de toutes parts: en sorte que dans le temps qu'il prêchoit en Galilée, une grande troupe venue de Jérusalem et de la Judée le suivoit (1).

Il ne manquoit point de venir à Pâque, selon l'ordonnance de la loi, dans cette ville et au temple; et il y venoit aussi à d'autres solennités principales. Il y faisoit éclater sa doctrine et ses miracles d'une manière admirable, et autant ou plus qu'en aucun autre endroit de la terre sainte, comme dans la ville royale, où Dieu avoit établi son nom, et qui étoit le siége et le chef de la religion. La résurrection du Lazare avoit été faite à la porte de Jérusalem en Béthanie: la troupe qui l'accompagnoit au célèbre jour de son entrée, étoit grossie par les habitans de Jérusalem, qui avoient vu cette étonnante résurrection; comme il est aisé de le conclure de saint Jean (2).

Ce qui obligeoit le Sauveur à demeurer ordinairement en Galilée, c'étoit que les pontifes, et les autres qui machinoient sa mort, n'avoient pas le même pouvoir, ni les mêmes moyens d'exécuter ce noir dessein en ce pays-là, que dans Jérusalem et aux environs. C'est aussi ce qui donna lieu à l'accomplissement de la prophétie d'Isaïe qu'on vient de voir et tout se faisoit convenablement, puisque Jésus devoit passer toute sa vie dans la persécution, dans les périls, avec des précautions, et, pour ainsi dire, dans une fuite continuelle, à cause de la haine des Juifs. Et néanmoins quand il falloit, et

(1) Matth. 1v. 25.- (2) Joan. XI. 18, 20; et xu. 17, 18.

dans les temps les plus solennels, il paroissoit dans Jérusalem, afin que la lumière de l'Evangile se répandît de là dans tout le pays, comme du chef sur les membres.

Admirons les douces voies de la sagesse de Dieu, qui ne veut point que son Fils fasse tout par miracle et par puissance: premièrement, pour accomplir les mystères de son humiliation : secondement, pour apprendre par son exemple à ses disciples, les précautions et la prudence avec laquelle ils doivent agir en toutes choses.

Suivons Jésus à Jérusalem, où il va paroître pour la dernière fois, et où aussi il va donner les instructions, et accomplir les mystères les plus essentiels. C'est aussi pour cette raison qu'il y entre à eette fois avec plus d'éclat que jamais; pour rendre les peuples, et de ce temps, et de tous les siècles, plus attentifs à tout ce qu'il y alloit dire et faire. Voyons donc avant toutes choses ce qu'il fera dans le temple car c'est là qu'il va descendre.

VI. JOUR.

Caractère d'autorité dans le triomphe de JésusChrist. Son zèle pour la sainteté du temple. Ibid,

JÉSUS va descendre au temple, comme les triomphateurs le pratiquoient ordinairement, même parmi les peuples idolâtres. Car il y avoit une notion dans tout le genre humain, qu'il falloit rapporter à la divinité toute la gloire que ce qu'il y avoit

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