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méprisoient tant ceux qui croyoient en lui, et ne lui parloient que pour le surprendre, ne savoient eux-mêmes que lui répondre; car il leur fermoit la bouche par des réponses précises et décisives, et ils n'osoient plus l'interroger (1).

Voilà donc ce règne admirable prédit dans le Psaume; et tous les peuples gagnés au Sauveur par le charme de sa parole, et par la grâce répandue sur ses lèvres. Le prophète y ajoutoit celle de la vérité qu'il annonçoit, de la justice dont il étoit le parfait modèle, de la douceur (2) et de la bonté avec laquelle il guérissoit tous les malades; ne faisant servir sa puissance que pour le soulagement des malheureux et de tout le genre humain.

Qui jamais avoit régné de cette sorte? Mais c'est ainsi que Jésus régna. Ainsi sa doctrine et ses miracles firent tout l'effet extérieur qu'ils devoient faire naturellement sur tous les esprits. On le suivoit, on l'admiroit, on lui applaudissoit, on le recevoit avec des cris de joie : il n'y avoit que ses envieux qui frémissoient, et qui néanmoins n'osoient parler. Mais d'où vient donc qu'il eut si peu de véritables disciples? D'où vient que les cris qui l'envoyoient à la croix : Crucifiez-le, crucifiez-le (3), suivirent de si près ceux qui le célébroient comme le fils de David? et que l'on compte à peine six-vingts hommes parmi les frères, c'est-à-dire, parmi les disciples qui se renfermèrent dans le cénacle pour recevoir le Saint-Esprit ? C'est que les disciples de Jésus-Christ ne sont pas ceux qui l'admirent, qui le louent, qui le célèbrent, qui le suivent même (3) Matth. xx11. 45. — (2) Ps. XLIV. 5, 8.

(3) Joan. XIX. 6.

à l'extérieur, et jusqu'à un certain point; mais ceux qui le suivent au dedans et partout, qui observent tous ses préceptes, qui portent sa croix, qui se renoncent eux-mêmes. Et le nombre en est petit : et il faut, outre les attraits de la parole et des miracles, une parole intérieure que tout le monde ne veut pas entendre, et un miracle qui change les cœurs, dont notre orgueil et notre mollesse empêchent l'effet.

Soyons donc de vrais disciples de Jésus : Si vous demeurez dans ma parole, vous serez vraiment mes disciples, et vous connoîtrez la vérité, et la vérité vous affranchira (1). Et encore: Mon Père sera glorifié, en ce que vous rapporterez beaucoup de fruit, et que vous serez mes vrais disciples (2), des disciples dignes de ce nom. Et enfin : Celui qui m'aime, dit-il, est celui qui garde mes commandemens (3). Les autres peuvent me louer, m'admirer, me suivre au dehors, et se glorifier d'être mes disciples car on se fait toujours beaucoup d'honneur d'avoir un tel maître; mais ils ne m'aiment pas, et je ne les connois point, ni je ne les mets au rang des miens.

III. JOUR.

Entrée triomphante de notre Seigneur. Tout en avoit été prédit jusqu'aux moindres circonstances. Ibid.

CONSIDÉRONS ce que fit Jésus pour préparer son

entrée.

(1) Joan. viii. 31, 32. — (2) Ibid. xv. 8.

(3) Ibid. XVI. 21.

:

Comme il étoit en Bethphagé, proche de Béthanie, dans le penchant du mont des Olives, presque à la porte de Jérusalem, comme on a vu; il envoya deux de ses disciples, avec ordre de lui amener une ânesse et son ânon, qu'ils trouveroient dans un certain château, qu'il leur montroit vis-à-vis d'eux. Si le maître y apportoit quelque obstacle, il n'y avoit qu'à lui dire Le Seigneur en a besoin et aussitôt on les devoit laisser aller. Tout se fit comme Jésus l'avoit dit. Ils étendirent leurs manteaux sur ces paisibles animaux et ils mirent Jésus sur l'ânon, que personne n'avoit jamais monté. Là commencèrent tout d'un coup ces cris de joie dont nous avons parlé. Ses disciples ne savoient pas le mystère de ce qu'ils faisoient; mais après que Jésus fut glorifié, ils se ressouvinrent que toutes ces choses avoient été écrites de lui, et qu'ils les avoient accomplies sans y penser (1). Car il étoit écrit dans Zacharie: Ne crains point, fille de Sion: ton Roi doux et pauvre, juste et sauveur, vient à toi monté sur une ânesse et sur son dnon (2).

Jésus avoit tout prévu; et sachant les prophéties, il les accomplissoit toutes avec connoissance. C'est ce qu'il fit jusqu'à la mort; et c'est pourquoi, jusque sur la croix, voyant que tout s'accomplissoit, et qu'il ne lui restoit plus rien à accomplir durant sa vie que cette prophétie de David (3) Ils m'ont donné du fiel à boire : et, dans ma soif, ils m'ont abreuvé avec du vinaigre : il dit : J'ai soif. On lui présenta le breuvage qui lui avoit été prédestiné :

:

(1) Joan. XII. 15, 16. - (2) Zach. ix. 9. Matth. xxi. 5. (3) Ps. LXVIII. 22.

il en goúla autant qu'il falloit pour accomplir la prophétie : après il dit : Tout est accompli: il n'y a plus qu'à rendre l'ame : à l'instant il baissa la tête, et se mit volontairement en la posture d'un homme mourant, et il expira (1).

Jésus donc savoit ce qu'il vouloit, qui étoit l'accomplissement des prophéties: mais une vertu cachée exécutoit tout le reste. Il se trouva précisément un vaisseau où il y avoit du vinaigre: il se trouva une éponge dans laquelle on lui pouvoit présenter à la croix le vinaigre où on la trempa : on l'attacha au bout d'une lance, et on la lui mit sur la bouche. La haine implacable de ses ennemis que le démon animoit, mais que Dieu gouvernoit secrètement, fit tout le préparatif nécessaire à l'accomplissement de la prophétie. Ainsi, dans cette occasion, l'ânesse et l'ânon se trouvèrent à point nommé près du lieu où se devoit faire la célèbre entrée. Le maître les laisse aller on met Jésus dessus sans savoir ce qu'on fait une soudaine joie saisit les peuples : les cris s'en ensuivent et Dieu agit secrètement, non pas sur deux ou sur quatre; ce qu'on pourroit attribuer à quelque concert; mais sur toute la multitude, et jusque sur les enfans, parce qu'il étoit encore ainsi prédit. Si les plus petites choses s'accomplissent, si tout jusqu'à l'ânon et l'ânesse, et jusqu'au vinaigre: que crains-tu, chrétien? et peux-tu douter des magnifiques promesses qui t'ont été faites? Jésus a tout vu, tout prévu, pensé à tout, tout préparé: marche en confiance et ne crains rien.

Les saints Pères disent que l'ânon, que nul autre (1) Joan. xix. 28, 30.

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que Jésus n'avoit monté, représentoit les gentils, indomptables et indociles animaux que nul autre avant Jésus n'avoit subjugués. Venez, ames indisciplinées : venez vous soumettre à Jésus abaissez-vous, et laissez-vous conduire au lien qu'il vous met au col.

:

Admirez encore une fois le triste et pauvre équipage de ce roi mais aussi étoit-ce un roi pauvre, qui n'étoit riche qu'en grâces. Voici, dit Zacharie, ton roi pauvre, juste et sauveur (1). Mais écoute la suite de la prophétie: avec ce foible équipage, je mettrai en fuite les chariots d'Ephraïm attelés à quatre chevaux, et les fiers coursiers de Jérusalem: et tous les arcs tendus le combat seront rompus: pour et il annoncera la paix aux gentils; et sa puissance s'étendra d'une mer à l'autre, et depuis les fleuves sur lesquels il prêchera, et où il donnera le nouveau baptême, jusqu'aux extrémités de la terre. Et vous, ô Sauveur victorieux, vous avez avec le sang de votre alliance, tiré vos prisonniers du lac où il n'y a point d'eau (2), et du cachot ténébreux d'une prison. Voilà toutes les nations les plus belliqueuses et les plus fières, vaincues, rachetées, délivrées, par ce roi monté sur un âne.

(1) Zach, 1x. 9. (2) Ibid. 10, 11.

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