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Éloquence.
SECTION PREMIÈRE.

Eloquence du barreau. Nous allons voir dans ce siècle, comme dans ceux dont j'ai parlé, l'éloquence suivre la pente générale des esprits et des moeurs, dans ses acquisitions comme dans ses pertes : elle a fait des progrès au barreau; elle a baissé dans la chaire. Mais lorsque, s'associant à la philosophie, elle n'en prit que ce qu'il y avait de bon, elle acquit de nouvelles beautés puisées dans de nouveaux objets. Elle considéra le monde physique et moral dans ses rapports les plus étendus, les gouvernements, dans leur origine et dans leur nature, l'homme dans ses droits primitifs et ses titres ineffaçables. C'est ainsi qu'en se mêlant à tous les genres, elle en éleva souvent le ton et en agrandit les effets; et de là le mérite et le succès des ouvrages de Buffon, de Rousseau, de Thomas , considérés dans ce que la philosophie leur a fourni d'utile et d’estimable. Mais aussi l'éloquence prit en même temps les vices qui corrompaient déja cette philosophie; elle en partagea les excès, et devint, ainsi qu'elle, outrée, déclamatoire, mensongère et licencieuse dans les idées comme dans le style. C'est ce qui sera le sujet des livres suivants (1): mais ici nous ne considérons encore que l'éloquence en elle-même, et d'abord dans ses progrès au barreau.

Il est naturel et même raisonnable que les vieilles formes dominent à un certain point dans les tribunaux, dans les compagnies de magistrature; ces formes font une partie de leur dignité, et même de leur stabilité. Il n'y a pas de mal que l'innovation alarme un peu

des
corps

faits

pour

(1) A l'article des sophistes, dans la Philosophie du dix-huitième siècle.

conserver un ordre établi: seulement il faut se garder que la forme emporte jamais le fond. Fontenelle disait que toute compagnie devait être un peu pédante, et il appliquait ce principe aux anciens statuts des académies : on sent qu'il devait avoir beaucoup plus d'importance encore au palais; mais il ne faut pas non plus que cette importance aille au point que ce qu'on a fait semble toujours la meilleure règle de ce qu'on doit faire : l'autorité de l'usage n'est pas toujours celle de la raison, et des abus ne sont

pas

saints pour être antiques. Ce que la prudence exige, c'est de ne changer et de n'innover en ce genre qu'avec la maturité de l'examen, et jamais avec la fougue de l'enthousiasme. C'est même une sorte de respect légitime que nous devons aux siècles devanciers, de ne pas croire que toute la sagesse humaine soit le partage exclusif du nôtre. Cette prétention n'est que trop celle de nos jours, et tient beaucoup plus à la vanité qu'à l'amour du bien. Mais je ne dois pas dissimuler qu'un excès contraire, quoique beaucoup moins dangereux, a plus d'une fois exposé la magistrature à encourir le reproche d'une opposition aveuglément obstinée contre des réformes salutaires. Sans parler des obstacles qu'éprouvèrent de sa part, à des époques plus ou moins reculées, des établissements ou des découvertes d'une utilité aujourd'hui reconnue, l'imprimerie, l'Académie française, l'inoculation, il suffirait de se rappeler qu'elle repoussa long-temps le cri de l'opinion publique, qui s'élevait contre l'usage de la question dans les procès criminels. Je sais que, lorsqu'elle fut abolie par un de ces édits bienfaisants qui marqueront à jamais le règne de Louis XVI (1), le parlement crut devoir en rendre des actions de graces au monarque; mais si le Roi seul pouvait, comme législateur, prononcer cette abolition, c'eût été aux magistrats eux-mêmes à la demander, puisqu'ils avaient dû, comme juges, reconnaître mieux que personne tous les inconvénients d'une pratique judiciaire aussi inconséquente qu'inhumaine. Le Roi n'avait entendu que la voix de la nation : les juges avaient entendu les cris des malheureux, et quelquefois des innocents.

Si je me suis arrêté d'abord à cette routine impérieuse, c'est qu'étant l'esprit général du palais et de tout ce qui en approchait, elle a dû contribuer long-temps à en éloigner le bon goût, qui pénétrait partout ailleurs, et qui n'arriva que fort tard jusqu'au barreau, où généralement chacun ne songeait guère qu'à faire comme faisaient les autres. Vous avez vu que

l'influence même de ce beau siècle, qui créa ou perfectionna tout, ne fut pas très - puissante au barreau. Celle

(1) Tout ce morceau fut écrit et prononcé en 1788, et j'ai cru devoir le laisser tel qu'il était, comme un témoignage de plus d'une opinion qui alors était générale.

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