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1736.

reprocher la satire par Rousseau, c'est être accusé de vol par Cartouche et de sodomie par Duchaufour. Je vous envoie la Crépinade qui ne le corrigera pas, parce qu'il n'a pas été corrigé par monsieur votre père. Adieu , je vous attends ; il y a encore ici

Certain vin frais dont la mousse pressée,
De la bouteille avec force élancée,
Avec éclat fait voler le bouchon;

Il part, on rit, il frappe le plafond.
· De ce nectar l'écume petillante,
De nos Français eft l'image brillante.

LETTRE C C I.

- A M. DE CID EVIL L E.

A Cirey, le 25 septembre.

Je deviens bien paresseux, mon cher ami, mais ce n'est pas quand votre amitié ordonne quelque chose à la mienne. J'avais parole, à peu-près, de placer la petite Linant chez madame la duchesse de Richelieu ; mais l'enfant qu'il fallait élever, se meurt. Enfin, j'ai obtenu de madame du Châtelet qu'elle la prendrait, quelque répugnance qu'elle y eût. Je ne doute pas que la petite n'ait pour le moins autant de répugnance à servir , que madame du Châtelet en a à se faire servir par la fæur du gouverneur de son fils. Ce sont de petits désagrémens qu'il faut sacrifier à la nécessité. Enfin, voilà toute la famille de Linant placée dans

nos

nos cantons. La mère , le fils, la fille, tout est devers Cirey, quia Cideville fic voluit.

1736. Comptez que Linant n'a désormais rien à faire que de se tenir où il est. Son élève est d'un caractère doux et sage, et ce caractère excellent sera orné un jour de quarante mille livres de rente. Il y a donc de la fortune et des agrémens à espérer pour Linant. S'il pouvait se rendre un peu utile, savoir écrire, savoir que deux et trois font cinq , se rendre nécessaire, en un mot, cela vaudrait bien mieux que de croupir dans l'ignorance et dans le travail oisif d'une miserable tragédie qui, depuis quatre ans, est à peine commencée. Il n'est pas né poëte; il en avait l'oisiveté et l'orgueil. Vous l'avez, me semble, corrigé de cet orgueil si mal placé ; si vous le corrigez de son oifiveté, vous lui aurez tenu lieu de père.

Newton est ici le dieu auquel je sacrifie; mais j'ai des chapelles pour d'autres divinités subalternes. Voici ce Mondain qu'Emilie croyait vous avoir envoyé. Donnez-en , mon cher ami, copie au philosophe Formont , à qui je dois bien des lettres. Cette vie de Paris , dont vous verrez la description dans le Mondain, est assez selon le goût de votre philosophie.

La vie que je mène à Cirey serait bien au-dessus, si j'avais plus de santé, et li je pouvais y embrasser mon cher Cideville.

La fotte guerre de Rousseau et de moi continue toujours; j'en suis fâché, cela déshonore les lettres.

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Vous allez donc, mon cher ami, dans le royaume de M. Oudri? Je voudrais bien qu'un jour il voulût exécuter la Henriade en tapisserie ; j'en achèterais une tenture. Il me semble que le temple de l'amour , l'assassinat de Guise, celui de Henri III par un moine, St Louis montrant sa postérité à Henri IV, sont d'assez beaux sujets de dessin : il ne tiendrait qu'au pinceau d'Oudri d'immortaliser la Henriade et votre ami.

Je suis fâché de la multitude des édits de Louis XV: la multitude des lois est dans un Etat ce qu'est le grand nombre de médecins , ligne de maladie et de faiblesse. Je ferai dans peu un petit voyage à Paris, et je feuilleterai mon Prault : ce libraire en use très-mal, selon la coutume des libraires ; qu'il ne m'échauffe pas les oreilles.

Pour vous punir , mon cher ami, de n'avoir pas envoyé chercher le jeune Baculard d'Arnaud , et de ne lui avoir pas donné douze francs, je vous condamne à lui donner un louis d'or. Exhortez-le de ma part à apprendre à écrire, cela peut contribuer à la fortune: au lieu de vingt-quatre francs, donnez-lui-en trente , et je cachette vîte ma lettre , de peur que je n'augmente la fomme. Pardon, mon cher abbé, mon indiscrétion n'est pardonnable qu'à l'amitié.

L E T T R E

C CI I I.

1736.

A M. L'ABBÉ MOUSSINOT.

Cirey, septembre.

IRENTE-CINQ mille livres pour les tapisseries de · la Henriade ! C'est beaucoup , mon cher trésorier. Il faudrait, avant tout , savoir ce que la tapisserie de don Quichotte a été vendue: il faudrait surtout, avant de commencer, que M. de Richelieu me payât mes cinquante mille francs. Suspendons donc tout projet de tapisserie , et que M. Oudri ne fasse rien sans un plus amplement informé.

Faites-moi, mon cher abbé, l’emplette d'une petite table qui puisse servir à la fois d'écran et d'écritoire, et envoyez-la de ma part chez madame de Vinterfeld, rue Plâtrière. (*)

Encore un autre plaisir ; il y a un chevalier de Mouhi , qui demeure à l'hôtel Dauphin , rue des Orties; ce chevalier veut m'emprunter cent pistoles, et je veux bien les lui prêter. Soit qu'il vienne chez vous , soit que vous alliez chez lui, je vous prie de lui dire que mon plaisir est d'obliger les gens de

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(*) Madame de Vinterfeld était fille de madame du Noyer , qui vers le commencement de ce siècle, se refugia en Hollande avec ses deux filles : l'ainée épousa le fameux Cavalier , qui avait éié l'un des chefs des Camisards. La puînée, qui est celle dont il est ici question, et qui dans sa jeunesse porta le nom de Pinpette , avait vu M. de Veltaire à la Haie, à la suite de M. de Châteauneuf ambassadeur de France : elle fut la première qui lui inspira une passion violente ; il conserva toujours pour elle une esime et une ailection singulière. Note de l'A. d. V.

lettres , quand je le peux ; mais que je suis actuel1736. lement très - mal dans mes affaires ; que cependant

vous ferez vos efforts pour trouver cet argent, et que vous espérez que le remboursement en sera délégué, de façon qu'il n'y ait rien à risquer; après quoi, vous aurez la bonté de me dire ce que c'est que ce chevalier, et le résultat de ces préliminaires.

Dix-huit francs au petit d’Arnaud : dites-lui que je suis malade, et que je ne peux écrire. Pardon de toutes ces guenilles. Je suis un bavard bien importun, mais je vous aime de tout mon cæur.

L ET TRE CCI V.

A M. BERG E R.

A Cirey, . . . septembre.

uuu,

J'ai enfin reçu , mon cher Monsieur, le paquet de M. du Châtelet. Il y avait un Newton. Je me suis d'abord mis à genoux devant cet ouvrage , comme de raison; ensuite je suis venu au fretin. J'ai lu ma Henriade ; j'envoie à Prault un errata. . S'il veut décorer mon maigre poëme de mon maigre visage, il faut qu'il s'adresse à M. l'abbé Morfinot , cloître Saint-Méri. Cet abbé Moulinot est un curieux, et il faut qu'il le soit bien pour qu'il s'avise de me faire graver. Je connaissais la Comtesse des Barres. Il n'y a que le tiers de l'ouvrage ; mais ce tiers est conforme à l'original qu'on me fit lire, il y a quelques années.

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