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l'année 1619. Cet écrivain piquant vint à La Rochelle où il transporta et original, d'une allure vive et lé- sa maison de commerce. Il y épousa gère qui l'a fait surnommer le Bran. une riche veuve dont il eut deux fils tôme du XVIIe siècle, est demeuré qui reçurent les noms de Gédéon et long-temps presque oublié; aussi de Pierre. Les affaires de François le savant Daunou écrivait-il dans Tallemant ayant prospéré, il devint l'article de l'abbé Tallemant: Peut- pair de la commune, et en 1600 il fut • être était-il parent d'un Tallemant coélu du maire (3).Plus tard, Gédéon ades Réaux, auteur d'une épitaphe et Pierre fondèrent à Bordeaux une « en vers de Patru, imprimée en maison de banque. Gédéon acheta en « quelques recueils.» (Voy. Fran- 1612 une charge de secrétaire du çois TALLEMANT, XLIV, 424.) Quel- roi (4), fut nommé trésorier de l'éques écrivains l'avaient cependant pargne pour la Navarre, prit à ferme nommé avec éloge ; l'abbé de Marol- plusieurs impôts, et acquit une les disait en parlant de lui : « M. des grande fortune. C'est le père de

Réaux et l'abbé Tallemant son frère, Gédéon Tallemant, conseiller au par• qui ont l'esprit si poli et si déli- lement de Paris en 1637(5), maître des *cat (1). , ll met ailleurs des Réaux requêtes en 1640 (6), puis intendant parmi les Français qui ont le mieux de Guyenne , qui mourut ruiné, réussi dans l'épigramme (2). On ren- laissant un fils, Paul Tallemant, qui contre aussi des Réaux au nombre des a été membre de l'Académie franpoètes et des hommes du monde qui çaise et de celle des inscriptions. se réunirent au marquis de Montau- Pierre Tallemant, deuxième fils de sier pour célébrer les mérites et les François, se maria deux fois. Il agréments de Julie d'Angennes, cette épousa en secondes noces Marie perle des précieuses, qui ne consen- Rambouillet, seur du riche finantit à lui donner sa main qu'après qua

cier qui créa au bourg de Reuilly, à torze ans de soins et d'assiduités, et l'issue du faubourg Saint-Antoine, dont il était réservé à des Réaux de de beaux jardins, dont le souvenir devenir l'historien. Si cet écrivain s'est conservé par le nom de Ramn'était pas tout à fait ignoré, il était bouillet donné à l'une des rues ouau moins fort peu connu et un le vertes sur ce terrain. Pierre laissa confondait le plus souvent avec

deux fils et une fille; l'aîné est notre l'abbé Tallemant, ou Paul Tallemant, écrivain, le second est l'abbé Talleur cousin, qui durent une bonne lemant. La fille, Marie Tallemant, part de leur célébrité à l'honneur épousa le marquis de Ruvigny, déd'appartenir à deux académies. Les puté général des églises réformées, Tallemant sont originaires de Tour- qui, étant sorti de France à la révonay où ils faisaient profession de la religion réformée; François Tale (3) ARGÈRE, Hist. do La Rochelle, 1959, lemant, l'un d'eux, pour se déro- 10-4°, 11, 405, ber aux persécutions exercées con

(4) TESSERKAU, Rist, de la chancellerie.

Paris, 1990, in-fol., 1, 312. tre les religionnaires, s'expatria et (5) BLANCHARD, Catalogue des conseillers

du parlement, à la suite de l'Histoire des

présidents au mortier, p. 137. . (1) Mémoires do Morollos, Paris, 1656, (6) Continuation manuscr. dos maiores des in-fol., p. 438.

requêles de Blanchard, à la bibliothèque de (3) Ibid., p. 146.

· l'Arsonal,

cation de l'édit de Nantes, prit du acheter une charge de conseiller au service en Angleterre et y com- parlement; mais Talleniant ne s'y manda les armées sous le titre de sentait nullement porté. « Je baiscomte de Galloway (voy. GALLOWAY, « sais ce métier-là, djsait-il, outre XVI, 375). On a peu de détails sur la ... que je n'étais pas assez riche vie de Tallemant des Réaux. Il nous pour jeter quarante mille écus dans apprend que vers l'année 1637 son « l'eau. , Pierre Tallemant jouissait père lui fit faire un voyage en Italie d'une assez grande fortune; mais il avec l'abbé Tallemant; un frère du se montrait peu disposé à la partager premier lit leur servait de mentor. de son vivant avec ses enfants. Ce Une circonstance particulière marqua fut principalement ce qui engagea des cette époque de sa vie. L'abbé de Réaux à chercher dans un mariage Retz, depuis cardinal, venait d'obte- avantageux les moyens de se sousnir en Sorbonne le premier lieu de traire à une dépendance qui lui pela licence en théologie; il l'avait sait, et il demanda la main d’Elisaemporté sur l'abbé de La Mothe- beth Rambouillet sa cousine, qui Houdancourt, que protégeait le car- n'avait pas encore douze ans. Le madinal de Richelieu, lequel, irrité de riage fut convenu, mais différé de ce manque de déférence, menaçait les deux années. Se voyant une existence députés de Sorbonne de raser les bâ- assurée, des Réaux renonça à prendre timents dont la construction était un état qui aurait diminué son indécommencée. L'éloignement momen- pendance, et il se donna tout entier tané de l'abbé de Retz donna au car- aux soins de sa famille, à la culture dinal le temps de se calmer. Des des lettres, aux distractions de la soRéaux, qui n'avait encore que dix- ciété et à l'observation des divers cahuit ans, était né observateur; on ne caractères qu'il y rencontrait. M. de verra pas sans intérêt le portrait qu'il la Grossetière, un de ses frères du à tracé du compagnon de voyage qui premier lit, avait épousé une demoidevait un jour exercer sur la France selle d'Angennes ; cette alliance ouune si fâcheuse influence. « C'est, vrit à des Réaux les salons de l'hô. * dit-il, un petit homme noir qui ne tel de Rambouillet. Il y fut accueilli voit que de fort près; mal fait, laid par la marquise, dame aussi distin

et maladroit de ses mains à tou- ·guée par sa naissance que par les " a tes choses... Sa passion dominan- grâces de son esprit et la sûreté de 'a te, c'est l'ambition ; son humeur son jugement. Elle rassemblait chez

• est étrangement inquiète, et la bile elle ce qu'il y avait de plus grand, de « le tourmente presque toujours (7).- plus poli, de plus savant et de plus "A ces traits on reconnaît déjà le fu- spirituel; l'orbanité y rapprochait

tur cardinal, ce héros des brouillons. tous les rangs; on y voyait conver. De retour à Paris, des Réaux prit ses ser ensemble les Condé, les Conti, les degrés en droit civil et canonique. Soissons, les Cing-Mars, les De Thou, Son père le destinait à la magistratu- les Bouillon, les Turenne, les Gondi, re, et il annonçait l'intention de lui les Montausier, les Fouquet, les Voi

ture et les Balzac, les La Fontaine, les

Malherbe et les Racan; Godeau, qu'on 6) MEMOIRES DE TALLEMANT DES Réaux. y appelait le Nain de Julie, les MéHistorielle du cardinal de Reis,

nage et les Conrart, les deux Cor

neille, les Chapelain et les Gom- sous sa plume ils deviennent d'utiles bault. Molière venait y essayer l'effet documents pour l'histoire; aussi eutde ses pièces. Parmi les dames on y il grand soin, en plusieurs endroits de voyait là Grande Mademoiselle, ma- ses mémoires, de reporter à la mardame la princesse et mademoiselle de quise l'expression de sa reconnaisBourbon, depuis duchesse de Longue- sance. « C'est d'elle, dit-il, que je ville, Julie d'Angennes et ses sœurs, «tiens la plus grande et la meilleure madame de Sévigné et madame de La « partie de ce que j'ai écrit dans ce Fayette son amie, madame de Motte- « livre. » Des Réaux ne puisait pas ville, madame du Plessis-Guénégaud, seulement à cette source les anecdowademoiselle Paulet, dont la voix, tes du grand monde; il interrogeait disait-on, charmait les rossignols, encore sa famille et la société qui mesdemoiselles de Scudéry, Desjar- l'entourait, composée de bourgeois dins, et tant d'autres personnages et de riches partisans dont la pludont l'énumération serait trop lon- part étaient fort au courant de ces gue. Voilà les salons qui s'offrirent bruits de ville dont se compose la allx observations de Tallemant des chronique semi - scandaleuse; et sa Réaux. Il ne s'y bornait pas à ce qui malignité naturelle s'en est souvent était sous ses yeux, il y recueillait rendue l'écho avec une complaisance cncore les anecdotes des temps pas- que l'on ne peut assez blâmer. Aussi sés, et dans ses entretiens avec la les Historiettes sont-elles parsemées Grande Arthénice se déroulaient les d'anecdotes, pour ainsi dire échevesouvenirs de la vieille cour. Fille du lées, que Tallemant accueillait avec marquis de Pisani, ambassadeur de un regrettable empressement. Il faut Henri III à Rome, alliée par sa mère en le lisant se tenir en garde contre aux Médicis, elle avait passé sa pre- cette disposition, bien que des témoimière jeunesse auprès de la reine Ma- gnages non suspects soient venus rie; elle avait pris part à toutes les confirtner encore la plupart de ses ré. fêtes de la cour, figuré dans tous les cits. Issu d'une famille enrichie par ballets : elle avait recueilli des vieux le commerce et les affaires, des Réaux, courtisans les traditions sur les Va- considéré comme historien, a le délois; aucun prince, disait-elle, ne les faut de sa position sociale, et soua égalés en grandeur et en majesté : vent elle le rend injuste. Il a l'esprit aussi Henri IV, avec son ajmable lais- bourgeois : ce qui est au-dessus de ser-aller et cette apparente bonho- lui l'offusque et le blesse; ainsi que mie qui lui servit peut-être autant La Sablière son beau-frère, il ne pouque son épée à conquérir son royau- vait supporter l'impertinente habime, lui paraissait-il avoit l'air bour- tude qu'avaient certains gentilsgeois. La marquise se plaisait à ra- hommes de se présenter au milieu conter à des Réaux les anecdotes se- d'un bal sans y être invités, d'y prencrètes du dernier régné, et de celui dre la main de la danseuse et de sup. de Louis XIII qu'elle n'a jamais aimé. planter ainsi d'honnêtes roturiers C'est sans doute ce qui a contribué à qui souvent avaient payé les viorendre des Réaux injuste envers ce lons ; d'autres armes leur étant inprince. Madame de Rambouillet u'a terdites, les bourgeois humiliés se pas semé en terre ingrate; Tallemant vengeaient par de malins couplets, a donné la vie à ses souvenirs ; et dont quelques-uns sont venus jusqu'à

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nous (8). Ce n'est pas d'aujourd'hui de Justice à quatre cent mille livres, que le couplet français a flagellé les les seconds à sept cent mille (13), et ridicules; n'a-t-il pas renversé sous Tallemant se vit réduit à une telle nos yeux bien d'autres choses que de nécessité, que le roi eut égard à sa sottes fatuités de gentillåtres ? Cette position et lui accorda une pension disposition sarcastique a exercé son de deux mille livres (14). Ce fait, qui influence sur le caractère comme sur coincide avec l'abjuration de des le style de des Réaux : spirituel, Réaux, ferait craindre qu'il ne s'y fût instruit, ayant la conscience de ce mêlé des motifs humains, ce qui ne qu'il valait, il se voyait repoussé par s'accorderait pas avec le caractère ind'absurdes préjugés; de là cette acri- dépendant de notre écrivain. On aumonie contre la noblesse qu'il n'es- rait désiré pouvoir s'étendre sur les saie même pas de dissimuler; de la liaisons de Tallemant avec les littéracette propension à ne laisser échap. teurs les plus distingués de son temps; per aucune occasion de rire aux dé- mais le nombre en serait trop grand. pens des grands, et de les immoler On se contentera de nommer ici deux à ses saillies. Né dans le calvinisme, des amis les plus particuliers de des des Réaux fit abjuration, le 17 juillet Réaux, Patru et Maucroix. Patru, le 1685, entre les mains du P. Rapin, célèbre avocat qui, nominé succesjésuite. Dangeau en fait mention dans seur de Porchères d’Arbaud, fut le son journal(9), et Maucroix en donne premier récipiendaire qui ait adressé Ja date précise (10): une épitre de un remerciment à l'Académie frandes Réaux, adressée à cette occa- çaise; l'usage s'en établit, et depuis sion au P. Rapin, est conservée dans Patru le discours de réception dele cabinet du docte M. Parison (11). vint obligatoire (15). La liaison de Parvenu au milieu de sa carrière, Patru avec des Réaux remontait à Tallemant éprouva de grands revers leur jeunesse. Le père de Patru posde fortune; il vit s'évanouir des pla- sédait un domaine en Brie, auprès de cements importants qu'il avait faits Pommeuse, terre qui appartenait sur la banque de son frère aîné, dont alors à Montauron, le riche partisan la solvabilité fut fortement ébranlée dont la fille naturelle avait épousé par l'infidélité d'un associé (12). La un Tallemant. Les deux jeunes gens, recherche des partisans, sous l'ad- compagnons d'études et de plaisirs, ministration de Colbert,: vint con- se voyaient fréquemment et n'avaient sommer la ruine des Tallemant, des pas de secrets l'un pour l'autre. C'est Rambouillet et des La Sablière. Les par suite de cette intimité (16) que les premiers furent taxés par la Chambre

(13) Etat des taxes de la Chambre de Jus

tice et de tous ceux qui ont été employés dans (8) Notice sur Tallemant des Réaux, édit. les finances du temps de M. Foucquet, à la de 1840, I, 35.

suite du Journal d'Olivier d'Ormesson. Mss. (9) MÉMOIRES DE DANGÈAU, Mss Pom. in-fol, de mon cabinet. padour. Biblioth. de l'Arsenal, année 1685, (14) « Le roi a donné 2000 livres de pen. p. 305.

«sion à Tallemant des Réaux, qui s'est de(10) MAUCROIX, Poésies diverses, Mss de « puis peu converti. » (Biblioth. nationale, la biblioth, de Reims.

supplément aux Mss français, no 1643.) (11) Cette médiocre épitre a été insérée (15) PELLISSON, Histoire de l'Académie, dans les deux éditions de la notice qui pré- Paris, 1730, in-12, I, 214. cède les Mémoires de Tallemant, 1835 et 1840. (16) Historielle de madame Levesque, VI, (12) Historiette de l'abbé Tallemant.

1, édit. de 1840.

le We nearest dh, 2013

...

amours de Patru et de la belle Mme teur des Historiettes, « Des Réaux, Levesque sont devenus l'une des plus « dit-il, est fils d'un partisan que

jolies historiettes de des Réaux; « Colbert a ruiné; il est glorieux; les , l'eût-il lue, Patru n'aurait pu s'en louanges le rendraient fou; il dit

plaindre. Ne savait-il pas que la dis- « qu'il est en esprit ce qué Mme de crétion n'était pas la vertu favorite Montbazon est en beauté. Il n'a de son ami? Des Réaux eut la dou- « que deux filles (19).» Dans une autre leur de suryivre à Patru, et il com- note, Maucroix fait connaître l'époposa pour lui deux épitaphes en vers que précise de la mort de Tallemant, français. Le P. Bouhours en a publié et il y joint un éloge succinct, d'auune qui est connue depuis long- tant plus précieux à recueillir que temps (17); il n'en est pas de même de c'est le jugement d'un contempola seconde: nous l'avons trouvée dans rain et d'un ami. Sa brièveté nous un des portefeuilles de Tallemant; permet de l'insérer ici. Le dix noelle est empreinte de l'esprit d'incré- «vembre 1692, mourut à Paris, dans dulité qui, dès le XVIIe siècle, pré. « sa maison, près la porte de Riludait à la triste philosophie profes- «chelieu, mon cher ami M. des sée à découvert dans le siècle suivant. « Réaux (20). C'étoit un des plus Elle mettait Patru au rang des esprits « hommes d'honneur, de la plus forts, ainsi nommés par pure iro- «grande probité que j'aie à jamais • nie », disait La Bruyère dans le cha- a connus. Outre les grandes qualités pitre consacré à les peindre (18). « de son esprit, il avoit la mémoire Voici cette épitaphe dont nous pos « admirable, écrivoit bien en vers et sédons l'original autographe : . a en prose, et avec une merveilleuse Cy gist le célèbre Patru,

« facilité. Si la composition lui eût De qui le mérite a paru

• donné plus de peine, elle auroit pu Toujours au-dessus de l'envie. . * être plus correcte; il se contentoit Il a savamment discouru,

« peut-être un peu trop de ses preMais peu de la seconde vie ;.

a mières pensées, car, du reste, il Heureux, s'il n'a trouvé que ce qu'il en a cru, « avoit l'esprit beau et fécond, et peu Maucroix était aussi particulière. « de gens en ont eu autant que lui. ment lié avec des Réaux; il lui a a Jamais homme ne fut plus exact. adressé plusieurs épitres en vers, « Il parloit en bons termes et faainsi qu'à Mme des Réaux, sous le « cilement, et racontoit aussi bien nom de Rosaliane. Le chanoine de • qu'homme de France (21). « Ces Reims a joint à ses poésies, dont un assez grand nombre est encore iné

(19) MAUCROIX, Poésies diverses. Mss de

Reims. dit, de courtes notes qui font con- (20) On lit sur les registres de la pa. naitre des faits importants sur l'au- roisse Saint-Eustache l'acte qui suit : « Du

« mardi, onzième novembre (1692), dófunt

« messire Gédéon Tallemant, demeurant (17) Recueil de vers choisis.

« rue Neuve-Saint-Augustin, a esté inhumé (18) « Les esprits forts savent-ils qu'on « au cimetière Saint-Joseph, Signe : L'ABBÉ a les appelle ainsi par ironie ? Quelle plus « TALLEMANT et TALLEMANT, » Ce dernier * grande foiblesse que d'être incertain quel devait être Paul Tallernant, cousin du dés est le principe de son être, de sa vie, de funt; l'acte de porte la signature, ni du curé - ses seps, de ses connoissances, et quelle ni du vicaire, par une négligence très-fré. « en est la fiu!(LA BRUYÈRE, Caractères, quente à cette époque.

- (21) Ibid.

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