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Toutefois la culture des tendances morale, religieuse et sociale, que le Cours de langue lâche de donner à ses élèves, sert grandement à diriger et à contenir la tendance personnelle dans ses bornes légitimes. Il n'y a pas besoin d'être un puissant éducateur pour s'en convaincre, mais il suffit d'avoir sur la nature humaine les connaissances qui se trouvent dans cet écrit . Cependant le travail de l'éducation resterait incomplet, s'U ne s'occupait pas directement d'une tendance qui parle la première dans l'homme, et que l'on doit regarder comme la mère féconde de la plupart de nos désordres

Les vices qu'elle enfante, lorsqu'elle n'est pas réglée, sont en première ligne l'orgueil et la sensualité, où la cupidité prend racine. Ces vices sont des aberrations des trois éléments qui constituent la tendance personnelle et que nous allons reprendre l'un après l'autre.

§ 1er, L'estime de soi.

Si l'estime de soi est l'un des éléments indestructibles de la créature humaine, il est, comme nous l'avons vu plus haut, sans but déterminé. C'est l'opinion qui lui donne un objet parmi la foule de qualités et de choses où les hommes croient trouver du relief pour leur personne; et ce relief où ne le trouve-t-on pas?

L'éducation aurait tort de vouloir s'attaquer à toutes les illusions que l'on se fait à cet égard. Elle s'engagerait dans des détails interminables quand il s'agit essentiellement d'imprimer au puissant instinct la direction convenable, en le tournant vers le seul objet digne-de son amour et de ses efforts. Cet objet c'est le respect pour la dignité de la nature humaine. Vous en trouverez l'expression dans l'un des psaumes de David. « Seigneur, s'écrie-t-il, » qu'est-ce que l'homme pour que vous ayez daigné penser » à lui? Vous ne l'avez placé que peu au-dessous des an» ges, vous l'avez couronné de majesté et de gloire, et vous » l'avez élevé au-dessus des œuvres de vos mains. Sous » ses pieds vous avez mis les animaux domestiques et les » bêtes sauvages, les oiseaux du ciel et les poissons qui » parcourent les routes de la mer »

David ne dit pas ici tout ce qui doit- relever l'homme à ses propres yeux et l'empêcher de se dégrader par des sentiments bas ou de ridicules pensées qui ne seraient pardonnables qu'à des enfants qui ne sont pas encore parvenus à l'usage de la raison. L'homme porte en sa nature l'image de son Créateur2. Il est de sa race3. Il est un enfant de Dieu, il est immortel comme son Père, et il est destiné à devenir son éternel héritier. Voilà les titres de noblesse qu'il doit faire valoir par des pensées et une conduite qui soient d'accord avec elle.

Le Cours de langue a soin de donner cette direction au penchant qui nous porte à nous estimer nous-mêmes et à gagner l'estime de nos semblables. Je ne parlerai pas de ce qui est disséminé dans ses différents exercices, mais uniquement des morceaux suivis qui sont plus ou moins rédigés dans ce but. Dans la première partie de la syntaxe nous n'en avons que deux à citer, savoir une conversation de la mère avec sa fille, intitulée Le faon (chap. vm), puis un soliloque sous le titre L'homme et l'animal (chap. xvn).

Comme la deuxième partie de la syntaxe est destinée à des élèves plus développés, elle a dû faire davantage sous le rapport qui nous occupe, et elle n'est pas restée en arrière. Dans la première récapitulation on trouvera une conversation de la mère avec son fils sur la dignité de l'homme (chap. Xiii) et une autre sous le titre : Dieu père des hommes (ibid.). Dans la dernière récapitulation il y a (chap. Xxyi) un entretien sur l'immortalité de l'âme et la Providence, qui se rapporte à ce sujet. Nous n'omettons pas le huitième chapitre de la conjugaison qui accompagne cette partie de la syntaxe. C'est la Psychologie de Venfance qu'on y conjugue. L'intention est de donner aux élèves une connaissance un peu étendue de leur personne, et en

1 Psaumes, 8, 2.
» Genèse, 1, 26.
a Actes des Apôtres, xvn.

même temps de diriger leurs regards et leurs pensées vers la dignité de leur être. Rien sans doute n'est plus propre à donner à l'estime de soi la seule direction convenable. Et remarquez bien que les pensées qui composent cette psychologie doivent faire de l'impression sur les écoliers, puisqu'on les leur fait énoncer à toutes les personnes.

On peut bien attaquer les divers égarements du penchant à l'estime de nous-même, on peut en montrer la déraison, le ridicule, le néant; et c'est ce que le Cours de langue fait aussi sur son chemin ; mais ce n'est là qu'un moyen très-subalterne, parce qu'il est inutile, tant qu'on ne donne pas au puissant mobile le seul objet et le seul aliment convenable. Donnez-le lui, et il regardera en pitié toutes ces misérables distinctions dont les uns s'enorgueillissent dans leur vanité, et où les autres vont chercher ce qu'ils appellent l'honneur et la gloire.

Nous rappellerons ici au lecteur qu'en cultivant dans les élèves les tendances morale, religieuse et sociale, on donne à la tendance personnelle et en particulier à l'estime de soi la direction qui lui convient. Que la conscience parle haut dans l'enfant, et il ne trouvera de mérite et d'honneur que dans l'amour et la pratique du bien. Devenir de cœur et d'âme un enfant du Père céleste sera toute son ambition et tout son espoir, une fois qu'il l'aura connu, et qu'il se sera attaché à lui. Enfin le penchant à l'estime de soi devient égoïsme dans ses aberrations, et cultiver la tendance sociale dans la jeunesse, c'est le repousser. Tant il est vrai que tout se lie en nous, et qu'un bien en amène un autre.

A son tour le penchant à l'estime de soi peut devenir un puissant levier moral. N'est-ce pas à lui que s'adressait le divin Maître, lorsqu'il disait à ses disciples : « Si vous n'ai» mez que ceux qui vous aiment quel mérite en aurez-vous? » Les publicains ne le font-ils pas aussi? et si vous ne sa» luez que vos frères, que faites-vous en cela d'excellent? » Les païens ne le font-ils pas aussi? Soyez donc parfaits, » comme votre Père céleste est parfait. » Nous eniplQ£ft|5, utilement le même instinct pour exciter tantôt les sentiments religieux, tantôt la tendance sociale. « Ne pas re» mercier Dieu après les repas, c'est se confondre avec la » brute, » dit un père à son enfant qui néglige de dire ses grâces. Et la mère qui a le chagrin de voir ses enfants en venir aux prises, ne cherche-t*-elle pas à les faire rougir, en leur disant qu'ils se sont conduits en sauvages, en bêtes féroces? Le Cours de langue ne néglige pas ces moyens.

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Avant de quitter notre sujet, nous avons quelques mots à dire sur l'humilité chrétienne, qui souvent a été bien mal comprise. Elle ne consiste point à méconnaître en nous la dignité de la nature humaine et notre éminente qualité d'enfants de Dieu. Elle en sent au contraire tout le prix, mais en même temps elle est honteuse d'être si éloignée du terme, et de l'être par sa faute. Toujours elle se dit comme l'Apôtre « Je ne pense point avoir encore atteint » où je tends; mais tout ce que je fais maintenant, c'est » que m'avançant vers ce qui est devant moi, je cours in» cessamment vers le bout de la carrière » Et comment des élèves dont on cultive la conscience avec tous les soins que nous avons indiqués, comment pourraient-ils se croire parfaits, et ne pas s'humilier à la vue de leurs nombreux défauts? D'ailleurs le Cours de langue prend à tâche de les leur faire remarquer, tout comme de leur rappeler que tout bien vient d'en haut.

§ II. L'amour du plaisir des sens.

Pour nous porter à nourrir notre corps le Créateur nous a soumis aux sentiments désagréables de la faim et de la soif. D'un autre côté il a mis dans nos aliments des saveurs qui flattent le goût, et nous attirent. Il a donc attaché le plaisir au besoin, et ce serait méconnaître ses vues et mépriser ses bienfaits que de vouloir défendre à l'homme d'en jouir. « Tout ce que Dieu a créé est bon, dit l'Apôtre à

1 Épître aux Philippiens, ni.

» Timothée, et il ne faut rien rejeter de ce qui se mange » avec actions de grâces. » Ce n'est donc que-la friandise et ses excès que nous devons tâcher d'écarter de nos élèves. Il y a dans la première partie de la syntaxe une conversation entière sur la friandise (chap. x) et le Cours de langue revient souvent sur cet objet et sur d'autres analogues.

Il y en a un cependant qu'il n'a pas touché. Quelques instituteurs, pensant préserver la jeunesse de certains désordres, ont cru devoir l'instruire de bonne heure sur la génération. Pour moi je n'ai jamais pu me résoudre à la tirer de son heureuse ignorance sur ce point. J'ai toujours craint que la curiosité, si active à cet âge, ne la conduisît au mal que l'on pensait écarter. Je crois donc que dans les leçons communes d'une école, il ne fauti pas même en parler en termes voilés; parce que dans le nombre des élèves il pourrait s'en trouver qui voulussent comprendre l'instruction mystérieuse, et qui en demandassent l'explication à qui la leur donnerait. Je crois que ce sujet doit être réservé à l'instruction individuelle, selon que les circonstances particulières en indiqueront le besoin et la mesure.

§ III. Le désir de posséder.

Nos élèves ne connaissent pas encore les soucis de la vie, habitués qu'ils sont à recevoir de la main de leurs parents tout ce qu'il leur faut. Mais bientôt ils devront fournir eux-mêmes à leurs besoins. C'est pour cela que le Cours de langue a soin dans ses divers exercices de porter leurs regards sur l'avenir et ses besoins, de leur parler du travail qui procure les ressources nécessaires, et de l'économie qui les ménage et les conserve. Il ne négligera pas non plus de leur faire entendre qu'il s'agira aussi de donner des secours aux nécessiteux qui ne peuvent pas se suffire à eux-mêmes. Dans cette partie il a devant lui ces paroles de l'Apôtre : « Je n'ai désiré de recevoir de personne » ni argent, ni or, ni vêtements; et vous savez vous-même»

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