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HALIEUTIQUES

TRADUCTION NOUVELLE

PAR M. J. MANGE ART

LICENCIÉ ÈS-LETTRES.

INTRODUCTION.

AUTANT

UTANT qu'il est possible d'en juger par ce qui nous reste de ce poëme, l'auteur semble avoir eu pour but de faire un parallèle entre les animaux terrestres et aquatiques; non qu'il veuille accorder aux uns la palme qu'il refuserait aux autres, mais plutôt nous faire admirer la sage prévoyance de la Nature, et l'instinct invincible qui porte tous les animaux à suivre ses impulsions, quand il s'agit , surtout, de leur conservation individuelle. Ceux dont il fait la description, et dont il raconte les ruses avec plus de détails, sont les poissons : aussi a-t-il intitulé son poëme Halieuticon*, comme qui dirait Piscatorium carmen. Outre la perte du commencement et de la fin de cette pièce , elle est encore défigurée par de nombreuses lacunes, et le texte en est plus d'une fois évidemment altéré. Gesner nous apprend que ce poëme a été pour la première fois mis au jour par les soins de Paul Manuce, d'après un manuscrit trouvé dans les Gaules par Sannazar. Ce fragment, de cent trente-deux vers, a été publié par Logus (édition Princeps), à la suite des Cynégétiques de Gratius Faliscus. La meilleure édition est celle de Vlitius, Leyde, 1645, in-12. Cet éditeur va même jusqu'à assurer que ce poëme est de Gratius Faliscus, comme les Cynégétiques; et il cite , à l'appui de cette assertion, les vers 75 et 76, d'après lesquels, suivant lui, les chiens se divisent en trois espèces, guerrière , chasseresse et domestique. Or, c'est là précisément, dit-il, la division que Gratius établit le premier dans ses Cynégétiques. A cette opinion, qui repose sur des fondemens si peu solides, nous opposerons le témoignage de Pline le Naturaliste, qui cite en deux endroits

Du grec ádceús, pêcheur, qui a pour racine äus, la mer.

distincts de poëme d'Ovide, intitulé Halieuticon*. L'ordre qu'il suit dans les détails qu'il donne sur l'instinct des poissons est tout-à-fait celui de notre auteur ; et il ne doit rester aucun doute que ce poëme ne soit d'Ovide.

Il a paru diverses traductions françaises de ce fragment. Nous n'avons sous les yeux, en ce moment, que celle de Kervillars. La négligence et l'inexactitude de ce traducteur ne sont pas

moins sensibles dans cette pièce que dans la précédente. Nous aurions essayé de le prouver dans quelques-unes de nos notes, si l'espace nous l'avait permis, et si nous n'avions craint d’abuser cette fois encore de la patience du lecteur.

J. M.

*

Voyez PLINE LE NATURALISTE, liv. xxxii, chap. 5. tom. XVIII , pag. 303.

HALIEUTICON

FRAGMENTUM.

Accepit mundus legem : dedit arma per omues,
Admonuitque sui; vitulus sic namque minatur,
Qui nondum gerit in tenera jam cornua fronte :
Sic damæ fugiunt, pugnant virtute leones,
Et morsu canis, et caudæ sic scorpios ictu;
Concussisque levis pennis sic evolat ales.
OMNIBUS ignotæ mortis timor, omnibus hostem,
Præsidiumque datum sentire, et noscere teli
Vimque modumque sui : sic et Scarus arte sub undis
Incidit, adsumptamque dolo tandem pavet escam.
Non audet radiis obnixa occurrere fronte ;
Aversus crebro vimen sed verbere caudæ
Laxans subsequitur, tutumque evadit in æquor.
Quin etiam si forte aliquis , dum pone nataret,
Mitis luctantem Scarus hunc in vimine vidit ,
Aversam caudam morsu tenet; atque ita....
Uber servato, quem texit, in... resultet.

HALIEUTIQUES

FRAGMENT.

Le monde a reçu ses lois : la nature a donné à tous des armes et l'instinct de la conservation. Ainsi, le jeune taureau menace du front, quand il n'est point encore armé de cornes. Attaqués, le daim timide fuit, le lion se défend par sa force, le chien avec ses dents, le scorpion avec l'aiguillon de sa queue : quant à l'oiseau léger, ses ailes favorisent sa retraite.

Sans connaître la mort, tous la redoutent: tous pressentent leur ennemi, et, pour lui résister, devinent le pouvoir de leurs armes et la façon de s'en servir. Ainsi le scare, sous les eaux, doit son salut à son adresse. Attiré dans une nasse par l'amorce trompeuse du pêcheur, il tremble à la vue du danger. Cependant il ne cherche pas à sortir par la tête; mais, se présentant à contre-sens, il élargit, par les battemens de sa queue, l'orifice de sa prison, et retrouve enfin dans les flots sa liberté. Si, lorsqu'il lutte ainsi pour s'échapper à reculons, un autre scare l'aperçoit, il le tire à lui

par

la queue, seconde ses efforts et hâte son évasion.

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