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INTRODUCTION.

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On n'est pas assuré que ce poëme ait été composé par Ovidc. Scaliger, Vossius et d'autres critiques l'ont attribué à Pedon Albinovanus. Heinsius, tout en ne partageant pas leur opinion, a pensé qu'Ovide n'était point l'auteur de cette pièce. Jean Passerat, commentateur de Catulle, de Tibulle et de Properce, n'hésite point à l'attribuer à Ovide. Barthius et Dan. Beck, qui publia ce poëme à Leipsik en 1783, furent aussi de cet avis.

Quel que soit, au reste, l'auteur de cette élégie, il paie à son héros le tribut d'éloges que devaient les Romains au vainqueur de la Germanie. Drusus, fils de Tibère-Néron et de Livie, et frère de l'empereur Tibère, qui plus tard trempa ses mains dans

sang de ses concitoyens, devenus ses esclaves, signala de bonne heure sa bravoure, Vainqueur des Grisons, des Gaulois et des Germains, il fut élevé à la preture. Il commanda, la même année, avec son frère, une nouvelle expédition sur le Rhin, et s'y couvrit de tant de gloire, qu'il fut nommé proconsul; son armée lui donna le titre d'Imperator, et les honneurs du triomphe lui furent décernés. Drusus se préparait à de nouvelles conquêtes, quand il mourut, dit-on, d'une chute de cheval, à l'âge de trente ans. Il avait eu de sa femme Antonia trois enfans, Germanicus, Livie et Claude.

Pour bien entendre ce poëme, il est bon de se rappeler le passage suivant de Sénèque* : « Livie s'était vu ravir son fils Drusus, qui eût été un grand prince, qui était déjà un grand capitaine. Il avait pénétré jusqu'au fond de la Germanie et planté les aigles romaines en des lieux où l'on savait à peine qu'il existât des Romains. Mais au sein de la conquête, ses ennemis même

*

Consolation à Marcia , traduction de M. Baillard , tome 11, page 193 du Sénèque de notre Collection.

le respectèrent malade, en concluant une trève avec nous et en n'osant souhaiter un malheur pour eux si prospère. A la gloire de cette mort reçue pour la république s'étaient joints les regrets unanimes des citoyens, des provinces, de l'Italie entière, à travers laquelle, par tous les municipes et les colonies qui lui prodiguaient à l'envi leurs lugubres devoirs, ses funérailles furent menées triomphalement jusque dans Rome. Sa mère n'avait pu goûter le douloureux plaisir de recevoir d'un fils l'adieu suprême et le dernier baiser. Et pourtant, après avoir suivi durant une longue route ces dépouilles si chères, et vu fumer dans toute l'Italie ces milliers de bûchers qui, à chaque pas, semblaient renouveler sa perte et irritaient sa blessure, Livie, dès qu'elle eut déposé Drusus dans la tombe, y enferma ses chagrins avec lui : elle sut garder, dans son affliction, la dignité d'épouse et de mère des Césars. Aussi ne cessa-t-elle de célébrer le nom de son fils, de se représenter partout son image en public, en particulier, de parler et d'entendre avec charme parler de lui. »

La seule traduction française de la Consolation à Livie est, à notre connaissance, celle de Kervillars, publiée en 1723 et 1799. Mais, en vérité, ce travail était tout entier à refaire. Les quatrevingts premiers vers surtout semblent la mystification la plus complète. On s'en assurera en parcourant les notes qui suivent immédiatement ce poëme dans notre traduction.

J. M.

AD LIVIAM AUGUSTAM

DE MORTE DRUSI NERONIS

FILII EJUS

CONSOLATIO.

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Visa diu felix, mater modo dicta Neronum,

Jam tibi dimidium nominis hujus abest :
Jam legis in Drusum miserabile, Livia, carmen:

Unum, qui dicat jam tibi, mater, habes.
Nec tua te pietas distendit amore duorum :

Nec posito filî nomine, dicis : Uter?
Et quisquam leges audet tibi dicere flendi?

Et quisquam lacrymas temperat ore tuas ?
Hei mihi! quam facile est, quamvis hic contigit omnes,

Alterius luctu fortia verba loqui!
Scilicet exiguo percussa es fulminis ictu;

Fortior ut possis cladibus esse tuis.
Occidit exemplum juvenis venerabile morum,

Maximus ille armis, maximus ille toga.
Ille modo eripuit latebrosas hostibus Alpes,

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CONSOLATION

A LIVIA AUGUSTA

SUR LA MORT DE DRUSUS NÉRON

SON FILS.

Vous

que long-temps on crut heureuse, vous que naguère encore on appelait mère des deux Nérons, ce nom ne vous convient plus qu'à demi. Vous lisez aujourd'hui, Livie, des vers funèbres sur la mort de Drusus : vous n'avez plus qu'un fils pour vous dire, ma mère! votre tendresse n'a plus à se partager entre deux enfans, et, au nom de fils, vous ne demandez plus, lequel? Et l'on veut imposer des lois à votre douleur! et l'on prétend, par des raisonnemens, sécher vos larmes! Ah! que c'est chose aisée, quand il s'agit des maux d'autrui (et les vôtres , pourtant, nous intéressent tous), de parler un langage courageux ! La foudre, tout en vous frappant, vous a assez ménagée, dira-t-on, pour que vous puissiez être supérieure à ce désastre!

Il n'est plus, ce jeune héros, admirable modèle des vertus civiques, aussi grand dans les camps que sous la toge ! qui naguère força nos ennemis jusque dans les sombres gorges des Alpes, et obtint lout l'honneur d'une

Et titulum belli dux, duce fratre, tulit.
Ille genus Suevos acre, indomitosque Sygambros

Contudit, inque fugam barbara terga dedit;
Ignotumque tibi meruit, Romane, triumphum;

Protulit in terras imperiumque novas. SOLVERE vota Jovi, fatorum ignara tuorum,

Mater, et armiferæ solvere vota Deæ, Gradivumque patrem donis implere parabas; Et

quoscuinque coli jusque piumque Deos. Maternaque sacros agitabas mente triumphos :

Forsitan et curæ jam tibi currus erat.
Funera pro sacris tibi sunt ducenda triumphis ;

Et tumulus Drusum pro Jovis arce manet.
Fingebas reducem; præceptaque mente fovebas

Gaudia; et ante oculos jam tibi victor erat. Jam veniet; jam me gratantein turba videbit : Jam mihi

pro

Druso dona ferenda meo. Obvia progrediar, felixque per oppida dicar;

Collaque et hoc oculos illius ore premam. Talis erit; sic occurret, sic oscula junget :

Hoc mihi narrabit ; sic prior ipsa loquar. Gaudja vana foves ; spem pone, miserrima, falsam :

Desine de Druso læta referre tuo. Cæsaris illud opus, voti pars altera vestri,

Occidit: indignas, Livia, solve comas.

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