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la ballade, l'incident de la pomme et des deux flèches ; puis il raconte comment le bailli, irrité de la réponse du Tall, le fait monter dans une barque pour le conduire « dans un endroit où il ne verra ni le soleil ni la lune ; » comment, quand ils furent « devant l'Achsen, » un vent furieux s'éleva ; comment l'équipage effrayé sollicite le bailli de faire mettre le Tall au gouvernail; comment, lorsqu'on fut arrivé vers « la plate-forme au Tell » l'archer, prenant ses armes, s'élance sur le rivage et repousse la barque dans les flots. La chronique de Sarnen reproduit ici, comme on le voit, une version à peu près semblable à celle de Melchior Rüss, mais elle diffère ensuite de cette dernière, en ce qu'au lieu de faire immédiatement tuer le bailli par le Tall, elle montre celui-ci traversant les montagnes du pays de Schwyz, « jusqu'à Kussnacht dans le chemin creux, » où il arrive avant le bailli, et où, s'étant embusqué derrière un buisson, il décoche contre le seigneur, quand il vient à passer sur son cheval, une flèche qui le tue. « Après quoi, dit la chronique, il se remit à courir Vers Uri, à travers les montagnes. » L'épisode du Tall terminé, l'auteur en revient à « la compagnie de Stoupacher, » qui tient ses conciliabules, non plus au Rüdli, mais « au Trenchi, » et qui entreprend de détruire tous les châteaux des seigneurs, d'abord à Uri, — où le bailli avait commencé à bâtir, « au-dessous de Steg sur une colline, une tour qu'il voulait nommer Twing-Uren, » — puis à Swandow, puis à Schwyz, puis à Stanz, — où, « grâces à une jeune fille, on s'empara du château de Rötzberg, » — et enfin à Sarnen. Mais le château de Sarnen était trop bien fortifié pour qu'on pût s'en saisir par un coup de main. Il fallut avoir recours à une ruse et

s'y introduire pendant que « les seigneurs étaient à l'église, » (ce qui rappelle le récit d'Hemmerlin et la manière dont, en 1386, les jeunes gens de Lucerne s'emparèrent effectivement du château de Rothenbourg). Cet épisode est raconté avec des détails qui semblent trahir la connaissance particulière qu'avait le chroniqueur des environs immédiats de Sarnen. Mais ici prend fin le récit anecdotique intercalé par lui dans sa sèche et vague narration. Il se contente d'ajouter « qu'après tout cela les trois pays, réunis entre eux par des serments secrets, devinrent si forts, qu'ils demeurèrent les maîtres et conclurent un pacte qui dure encore. » De la lutte contre le duc Léopold d'Autriche et de la victoire du Morgarten, pas un mot. Comme nous l'avons dit, le chroniqueur anOnyme ne délie sa langue et ne laisse courir sa plume que lorsqu'il raconte des faits imaginaires; il ignore ou défigure les faits réels. Ainsi, nous avons vu plus haut par quelle étrange confusion il met en Suisse, à la place des Habsbourg dont il croit la race éteinte, des comtes du Tyrol, qui sont devenus, selon lui, la souche des ducs d'Autriche, et comment il suppose que c'est d'eux, à titre d'héritiers des Habsbourg, que les baillis impériaux tiennent leur pouvoir. Mais ne raconte-t-il pas que les Glaronais demandèrent à être admis dans la Confédération (ce qui eut lieu en 1352), afin de se soustraire au gouvernement tyrannique de leur bailli, « qui était un comte palatin, nommé le comte Othon, » (lequel fut, en effet, l'avoué des gens de Glaris.... en 1196)? Il est inutile de discuter la créance que méritent les dires d'un tel écrivain et l'autorité que peut avoir son témoignage en faveur de la tradition dont il est, sinon l'inventeur, du moins le premier organe. Si les anecdotes qu'il · débite ne portaient pas déjà en elles-mêmes les traces évidentes de la fiction, les mensonges historiques, au milieu desquels il les a placées, suffiraient à les reléguer sans conteste au rang des fables. C'est pourtant de cette source plus que suspecte, qu'est sortie et que découle encore la tradition généralement accréditée. Seulement elle a subi avec le cours du temps une élaboration constante qui, sans rien changer au fond de la rédaction originale, a eu pour but comme pour effet de donner plus de précision, et par cela même plus de vraisemblance, à tout l'ensemble de la légende. Chez le chroniqueur de Sarnen, comme dans la ballade de Tell, cette légende flotte encore, pour ainsi dire, en l'air ; nulle date ne la fixe dans un moment précis de l'histoire ; les personnages mis en scène sont, pour la plupart, anonymes ou imparfaitement désignés ; les divers incidents sont mal liés les uns aux autres, et plusieurs détails manquent de netteté et de physionomie. C'est à remplir ces lacunes, à réparer ces imperfections, à donner au dessin plus de fermeté et au coloris plus de vie, que vont pendant trois siècles s'appliquer des historiens, des artistes et des poëtes, grâce auxquels cette tradition a poussé dans l'opinion des racines trop profondes, pour que jamais peut-être la vérité historique réussisse à prévaloir contre elle. Il ne sera pas sans intérêt d'examiner comment ce résultat a été obtenu et de signaler rapidement les transformations successives qu'a subies la légende depuis sa première apparltion.

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Le premier ouvrage, dans l'ordre des dates, qui reproduise le récit romanesque et mélodramatique de l'anonyme de Sarnen, est la chronique du Lucernois Petermann Etterlin, imprimée à Bâle en 1507*". Quoique cet auteur ait copié, presque mot à mot, l'œuvre de son devancier, il introduit ici et là des variantes qui peuvent servir à indiquer, soit le manque de fixité de la légende, soit le genre de développement dont on l'enrichissait. Ainsi, chez Etterlin, Gessler s'appelle Grissler; le Rütli s'appelle le Betlin; Swandow est changé en Schwanow, et le Rötzberg devient le Rogenberg. La tour bâtie par Gessler « au-dessous de Steg sur une colline et qu'il voulait nommer Twing-Uren, » se change, sous la plume d'Etterlin, en une tour « construite sur la colline de Solenturn, et que le bailli voulait nommerZwing Ury under die Stegen. » La saillie de rocher dont la chronique de Sarnen parle comme de « la plate-forme au Tell » (die 2e Tellen blatten), sans établir aucun rapport entre ce nom de lieu et celui du Thall, est dans Etterlin, comme chez Rüss, « une grande plateforme que, dès lors, on a toujours nommée et qu'on nomme encore aujourd'hui la plateforme de Tell » (des Tellen blatten). Comme chez Rüss, également, le nom seul de Guillaume Tell, ou de Tell, est employé d'un bout à l'autre du récit.

Divers détails, que ne renfermait point la chronique de Sarnen, sont introduits par Etterlin dans l'histoire de l'archer d'Uri. Gessler l'interroge sur ses enfants et lui demande lequel d'entre eux il aime le mieux : « Je les aime tous également, » répond le père. Puis, quand l'ordre lui | est donné d'abattre la pomme, Tell résiste et s'écrie que c'est « une chose contre nature. » Ce qui l'inquiète, lorsque le bailli le presse de s'expliquer sur la destination de la seconde flèche, c'est de ne voir près de lui « aucun de ses compagnons qui pût venir à son secours. » Enfin le meurtre de Gessler, que la chronique anonyme mentionne sèchement, n'a lieu, suivant Etterlin, qu'après que l'archer, caché dans son embuscade, a entendu le bailli « machiner contre lui toutes sortes de projets. » Dans l'épisode d'Altzellen, le seigneur qui, d'après la chronique d'Obwald, n'est pas le même que Landenberg. est, au contraire, identifié avec celui-ci par Etterlin, qui, lorsqu'il raconte la prise du château de Sarnen, parle du « nouveau seigneur qui n'a pas su s'instruire par ce qui était arrivé à son prédécesseur, tué à Altzellen. » Il met, en outre. dans la bouche du mari qui venge l'honneur conjugal, des paroles ignorées de la première chronique. Dans le conciliabule tenu par Stauffach à Altorf, où, parmi les représentants des trois vallées, le chroniqueur anonyme place « un des Fürsten d'Uri, » Etterlin met seulement « un d'Uri; » mais il ajoute que « le serment qu'ils prêtèrent fut le premier serment, le commencement des alliances, par lequel ils s'engagèrent à faire prospérer le droit, à réprimer l'injustice, à punir les méchants. » Le citoyen du Bas-Unterwalden qui se joint aux trois premiers confédérés et que la chronique de Sarmen appelle « un du Nidwald, » est dési

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