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souvent, ont été sur le point d'entraîner intérieurement sa ruine. Voilée, flétrie, compromise, dans les siècles qui ont suivi celui où elle est venue au monde et qui fut son âge d'or et d'héroïsme, la liberté suisse a toujours survécu, parce qu'elle avait poussé ses premières racines dans des cœurs dont elle fut l'exclusive et dominante passion.

La Confédération s'est accrue par une triple pléiade de Républiques qui sont venues successivement se grouper autour du noyau primitif, et dont la plupart sont activement entrées dans les voies de la civilisation. Les « Petits Cantons » sont demeurés presque étrangers à cette culture des temps modernes, et ils ont, plus que d'autres, retenu l'empreinte des siècles écoulés; mais ils sont restés, par excellence, les représentants de la liberté. Quelque petite que soit leur place sur le globe, elle est grande dans le monde, par cela seul qu'en eux une idée s'incarne et se personnifie. Le berceau de leur confédération sera toujours le symbole de l'indépendance. C'est là ce qui donne à leur histoire tout son prix; c'est là ce qui nous a conduit à en rechercher les vraies origines avec un intérêt rempli tout à la fois de sympathie pour leurs efforts et de gratitude pour leurs succès.

LES ORIGINES

DE LA

C0NFÉDÉRATI0N SUISSE

SECONDE PARTIE

LES 0RIGINES

DE LA

CONFÉDÉRATION SUISSE

S EC 0 N D E PART | E
LA LÉGENDE

Nous avons raconté, d'après les seuls témoignages que la recherche de la vérité historique permette d'invoquer, les origines de la Confédération suisse. Nous ne saurions où trouver, en dehors des documents authentiques (trop peu nombreux), que le temps nous a conservés, et des récits contemporains (plus rares encore), qui sont parvenus jusqu'à nous, les sources de cette histoire. Nous devrions, par conséquent, tenir notre tâche pour achevée, et, tout en regrettant de n'avoir eu, pour la remplir, que d'insuffisants matériaux, nous féliciter cependant d'en avoir pu tirer, par une interprétation légitime, l'esquisse, sinon le tableau des vicissitudes qui ont précédé et favorisé la naissance de la liberté helvétique.

Mais cette esquisse, nous nel'ignorons pas, et n0s lecteurs s'en sont bien aperçus, diffère trop, par les traits qu'elle renferme et par ceux qu'elle omet, des souvenirs que la tradition nationale a rendus inséparables du berceau de la Confédération, pour que nous puissions n'en point prendre SOuci. Eh quoi! pas un mot de l'origine particulière de ces agrestes peuplades, pas un mot de l'antique et immémoriale liberté des trois vallées, pas un mot de l'usurpation et de la tyrannie de l'Autriche, pas un mot des actes de cruauté, de luxure, de convoitise de ses baillis, pas un mot du serment du Grütli, pas un mot de Gessler, pas un mot de Guillaume Tell! Que faudra-t-il croire, si de tout cela rien n'est vrai? Et si tout cela n'est pas vrai, comment l'a-t-on cru ? Nous avons voulu répondre à la première question dans le récit qui précède. Nous allons chercher à répondre à la seconde dans l'examen qui va suivre. C'est un fait commun à tous les peuples, quand ils ont atteint un certain degré de prospérité et qu'un long intervalle les sépare de leurs origines nationales, d'entourer ces origines d'une sorte d'auréole imaginaire qui dissimule le vrai caractère de leurs débuts en ce monde, et enveloppe dans le voile du merveilleux leurs humbles commencements. Thucydide et Tite-Live signalaient déjà, le premier pour s'y soustraire, le second pour s'y soumettre, cette disposition rétrospective de l'orgueil national, et toutes les chroniques du moyen âge s'efforcent à l'envid'embellir, par des fables plus ou moins plausibles, l'origine des peuples dont elles racontent les destinées, soit qu'il s'agisse de nations devenues illustres ou de simples cités sans grand renom. La légende est partout assise au berceau de l'histoire. On la retrouve, de même, presque toujours mêlée au récit

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