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acte de juridiction accompli dans les Waldstätten, sous le règne d'Adolphe, par les agents du duc ou par ceux du roi. En revanche, on peut constater certains faits qui témoignent que l'indépendance communale des trois Vallées était en progrès plutôt qu'en déclin. A Uri la présence, à la tête de la communauté, en 1294, de Werner d'Attinghausen devenu landammann, suffit à attester qu'aucune atteinte n'avait été portée aux franchises impériales de la vallée, car l'homme qui avait pris part au pacte de 1291, et servi de garant au traité contre l'Autriche, ne pouvait devenir le représentant de libertés amoindries". On peut en dire autant de Schwyz, où c'est toujours Conrad Ab Iberg qui remplit les fonctions de landammann, et où la communauté exerce son autonomie avec plus d'énergie que jamais. Nous faisons ici allusion à un de. cret rendu, en 1294, par les Schwyzois réunis dans une assemblée générale, qui est la première landsgemeinde dont la mention se soit conservée. Cette institution est déjà un indice du développement intérieur de la communauté des hommes libres de Schwyz, et une preuve que, dèsl'origine, c'est surl'application la plus complète du principe démocratique, que cette rustique peuplade a cherché à régler sa constitution. Mais le contenu même du décret a plus d'importance encore. Son but est d'assurer, par des mesures plus efficaces sans doute que libérales, l'existence homogène de la communauté et la parfaite égalité de ses membres. Il est dirigé, d'une part, contre les couventS, de l'autre, contre les étrangers, qu'un sentiment très-Vif faisait envisager aux Schwyzois comme étant, les uns et les autres, les adversaires naturels de leur pleine indépendance républicaine.

En conséquence, il est interdit de vendre ou de donner, soit aux monastères situés dans la vallée, soit à des personnes étrangères, aucun fonds de terre, sous peine d'une amende dont la cinquième partie reviendra au juge et le reste au pays (deme lande viery). Toute propriété aliénée de cette manière doit être rachetée pour faire retour à celui qui s'en est défait ou à ses héritiers, sinon elle sera confisquée au profit de la communauté (sol es sin des landes). Les couvents doivent payer, pour les biens-fonds qu'ils possèdent dans la vallée, les mêmes impôts et supporter les mêmes charges que tous les autres membres de la communauté, et ils seront privés, s'ils s'y refusent, de leur part de jouissance des propriétés communales. Les étrangers possesseurs de fonds de terre sont, de même, obligés d'en acquitter les taxes, sans qu'ils puissent ni exiger aucun dédommagement de ceux auxquels ils ont . donné en fiefles dits fonds, ni leur en enlever la possession; quiconque consentirait à se les laisser inféoder sera passible d'une forte amende et tenu de restituer le fief au précédent détenteur. Enfin, il est défendu de payer, en acquittant les impôts, aucune gratification (pfenning) aux fonctionnaires qui les perçoivent". Cet édit de réformation est remarquable à un double titre : il caractérise avec une évidence incontestable l'esprit d'indépendance jalouse et exclusive qui animait les hommes libres de Schwyz, et il témoigne en même temps des pas qu'a déjà faits vers son affranchissement intérieur une communauté qui peut prendre de telles résolutions. Pour décréter une loi de cette nature ; pour se mettre en garde contre les envahissements des religieux et des nobles, ces deux classes privilégiées et toutes puissantes de la so

ciété d'alors; pour les placer sur un pied de parfaite égalité, dans l'intérieur du pays, avec les simples paysans de Schwyz; pour s'attribuer à eux-mêmes le droit de punir la désobéissance à leurs injonctions; pour régler ce qui doit, dans les amendes, revenir au juge (richter) et ce qu'on doit refuser au percepteur d'impôt (ammann); il fallait qu'ils se sentissent en possession d'une juridiction presque sans entraves. Ils se rapprochaient toujours davantage, sur ce point, des communes bourgeoises dotées de l'autonomie municipale; mais, du libre exercice de cette autonomie, il ne résultait pas nécessairement pour eux, non plus que pour les Villes qui en jouissaient, que leur communauté ne fût plus soumise à aucune suprématie politique ; il n'en résultait pas, en particulier, qu'ils fussent affranchis, enVers les ducs d'Autriche, de la soumission qu'ils avaient rendue aux comtes de Habsbourg. On peut seulement conclure que, tout en acceptant derechef les conséquences de cette soumission, ils n'en avaient pas moins poursuivi, dans leurs propres affaires, leur œuvre d'affranchissement, et qu'ils aspiraient, plus que jamais, à être les maîtres chez eux. Dès que l'occasion se présenta de faire, à cet égard, un nouveau pas, ils la saisirent avec empressement. Ce fut la rupture entre le roi Adolphe et le duc Albert qui la leur fournit. Tandis que les vallées d'Unterwalden, qui pendant cette époque continuent à demeurer dans l'ombre, ne songent point à tirer parti, au profit de leur liberté, de l'occasion favorable qui leur était ainsi offerte, leurs confédérés d'Uri et de Schwyz n'hésitent pas, dès qu'en 1297 le chef de l'Empire et celui de la maison d'Autriche se furent de nouveau brouillés, à solliciter du premier de ces princes la confirmation et le renouvellement de la franchise impériale, qui était, on le sait, l'équivalent de l'émancipation politique. Il est infiniment probable que ce furent les Schwyzois, toujours actifs et toujours à l'affût des conjonctures propices, qui s'empressèrent, dans le cas actuel, de revendiquer les premiers, auprès d'Adolphe de Nassau, la mise en vigueur du diplôme de Frédéric II, qui les avait placés sous l'autorité immédiate de l'Empire, et que Rodolphe de Habsbourg avait refusé de reconnaître et de confirmer. Le roi Adolphe, qui vit dans l'octroi de cette requête un moyen de se concilier des partisans, et d'affaiblir son adversaire, se hâta d'y faire droit. Sans prendre la peine de rédiger un nouveau rescrit, ou ne voulant peut-être pas viser l'acte d'un prince excommunié, la chancellerie royale se contenta de reproduire textuellement le diplôme de Frédéric, comme s'il eût été délivré pour la première fois par le roi Adolphe, et celui-ci y apposa sa signature le 30 novembre 1297*. Une expédition semblable en futfaite pour les gens d'Uri, quoique ce diplôme ne leur eût point été originairement destiné. Laissèrent-ils, en cette circonstance, agir à leur place leurs confédérés de Schwyz, sans trop s'inquiéter de la forme de la lettre royale, pourvu que leur mouvance de l'Empire reçût une consécration nouvelle ? Préférèrent-ils eux-mêmes aurescrit d'Henri(VII), quirappelait leur précédente dépendance des Habsbourg, celui de Frédéric qui, en les assimilant aux gens de Schwyz, faisait d'eux des « hommes libres ? » On ne sait, mais il n'y a pas grand intérêt à le rechercher, car sept mois s'étaient à peine écoulés, que le roi Adolphe, déposé par les électeurs, qui lui donnaient pour successeur le duc Albert d'Autriche, perdait la vie dans la bataille de Göllheim (2 juillet 1298), et laissait à son rival la possession incontestée du trône d'Allemagne.

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Les Waldstätten se trouvaient rejetés, par un revers de fortune, dans la condition où ils étaient déjà sous le règne de Rodolphe. De même que son père, Albert d'Autriche réunissait en sa personne l'autorité de comte et celle de roi, sans parler des droits qu'il possédait à Schwyz et à Unterwalden comme grand propriétaire foncier. Ce faisceau d'attributions rendait de nouveau facile au chef de la maison d'Autriche, d'établir la souveraineté de sa famille sur cette portion de la Suisse centrale qui ne l'avait pas encore entièrement subie. Les tentatives mêmes qu'avaient faites les gens des Waldstätten pour se soustraire à la domination autrichienne devaient leur faire craindre, soit qu'ils fussent les subordonnés de l'Empire, comme Uri, ou ceux du duc, comme Schwyz et Unterwalden, que le roi Albert ne leur accordât moins d'indépendance encore que son père ne leur en avait laissée. Les très-rares documents de ce règne qui sont relatifs aux Waldstätten ne confirment cependant point cette prévision.

Albert était un prince sévère, mais qui ne fit pas de son pouvoir un usage inique et oppresseur. Ami de l'ordre, observateur des lois, il ne se refusa point à reconnaître et à

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