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dans le sixième, avec une bien plus grande liberté d'appréciation que dans la Théorie. C'est au sujet de ces discussions toujours irritantes, que j'ai encore à donner ici quelques mols d'explication.

Toute aspiration, ou tendance, ou concession à une religion divine quelconque, dite révélée ou non révélée, ne peut trouver sa satisfaction et sa raison d'être que dans la préconception mystique appelée foi, c'est-à-dire dans l'adhésion irrationnelle de l'esprit humain à une donnée qui s'impose et ne se démontre pas, à une croyance toute sentimentale, inconciliable ou tout au moins sans nul rapport légitime avec la vraie philosophie. Celle-ci, en effet, n'est au fond rien autre chose que la logique universellement appliquée, l'instrument commun des sciences exactes, ou, en d'autres termes, la science générale proprement dite, issue de l'expérience et de l'induction, la science uniquement considérée dans ses moyens et dans ses effets, la science finalement réduite aux proportions d'une langue bien faite.

On rencontre bien çà et là, dans la Théorie de l'homme intellectuel et moral, certaines concessions ou aspirations religieuses, que quel

ques-uns de mes critiques se sont trop empressés de louer. Puisqu'elles y sont, qu'elles y restent; mais qu'à partir de ce moment, le lecteur les considère comme non avenues. Ce livre étant, je le répète, fait tout d'une pièce, je n'y ajoute et n'en retranche rien; c'est aux discours à lui servir de moyen ultérieur de rectification pour ce qui regarde certaines questions de détail. Néanmoins je dois déclarer tout d'abord que je suis plus loin que jamais d'avoir trouvé la satisfaction ou justification rationnelle de ces tendances religieuses dans les écrits religieux du temps, non plus que dans ceux des philosophes à qui j'avais, en quelque sorte, fait un appel en leur disant (4° partie, chap. 15): « Idéalisme, unité, christianisme, » ces trois mots n'expriment qu'une même

chose. J'ai prouvé que l'idéalisme et l'unité » se confondent. Plus tard, il sera donné à d'autres qu'à moi de prouver que le catho» licisme n'est que l'idéalisme et l'unité. »

C'est sur ce terrain brûlant de la question religieuse que presque tous semblent s’ètre donné rendez-vous. Conciliateurs, reconstructeurs, réformateurs, conservateurs, rénovateurs, initiateurs, fondateurs, révélateurs, tous sont entrés en lice. Je puis citer, entre bien d'au

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tres, madame George Sand, dans Spiridion ; Lamennais, dans l’Esquisse d'une Philosophie; M. Pierre Leroux, dans l'opuscule intitulé d'une Religion nationale; M. de Tourreil, dans l'Explication de Dieu et de l'homme ; M. Auguste Guyard, dans le petit livre intitulé des droits, des devoirs et des constilutions au point de vue de l’Absolu ; M. Eugène Pelletan, dans sa Profession de foi du XIXe siècle ; M. V. Cousin, dans son livre du Vrai, du Beau et du Bien ; M. Jean Raynaud, dans Terre et Ciel, et en dernier lieu M. Jules Simon, dans son traité, de la Religion naturelle. Je puis citer encore Hoëné Wronski, André Towianski, Adam Mickiewicz. Comment ne pas signaler aussi les travaux toujours si remarquables des apôtres de Saint-Simon? Mais parmi tant d'écoles, il en est une surtout qui, par la plus bizarre anomalie, se déclarant à la fois religieuse et athée, exhale, sans qu'on en puisse entrevoir le motif, tout ce qu'il est possible de ressentir de colère et d'animosité contre les plus grandes illustrations du dix-huitième siècle; c'est l'Ecole, ou plutôt l'Eglise positiviste, dont M. Auguste Comte est le souverain pontife, et qui a pour objet d'adoration l'Humanité, ou le Grand-Etre spécialement représenté par les seuls grands hommes que M. Auguste Comte ait marqués et cotés pour tels; car il n'y a, bien entendu, de grands hommes que ceux-là ! Malheureux Voltaire, malheureux Jean - Jacques, et vous tous, malheureux adhérents de ces deux coupables émancipateurs de la conscience et du savoir humain, non, vous n'êtes pas de grands hommes ! Il n'y a que les sectes superficielles et immorales qui aient osé jusqu'ici vous saluer de ce titre usurpé ! Désormais, c'en est fait de vous ! Cette Humanité dont vous avez retrouvé les titres, rétabli les droits et brisé les fers, cette Humanité ne veut user de l'affranchissement qu'elle vous doit, que pour vous désavouer, vous répudier, vous conspuer, vous et tous vos complices ! Le chef suprême de l'Eglise positiviste n'est pas d'ailleurs le seul juge dont le verdict vous ait ainsi condamnés : il a des coassesseurs parmi les beaux esprits, les philosophes et les adeptes des mille et une religions de l'époque. Mais, il en faut convenir, ceux-ci, pour la plupart, sont moins inconséquents; et ils ne tentent pas, comme lui, de mêler ensemble le feu et l'eau : ils ne font pas dire d'eux ce qu'il fait inévitablement dire de lui :

Delphinum silvis appingit, fluctibus aprum !

Ils frappent du même coup toute la cohorte des libres penseurs. En condamnant Voltaire et Rousseau, ils n'exaltent et n'invoquent pas Diderot le négateur, ami de Voltaire et de Rousseau, qu'il dépassa encore de bien loin dans les sentiers de l'irréligion ; ni Hume, l'idéaliste presque sceptique, ami de Voltaire et de Rousseau ; ni Fontenelle, le circonspect et adroit persiffleur, l'Aristippe des temps modernes, aussi peu

chrétien que Voltaire et Rousseau ; ni Condorcet, que M.Auguste Comte appelle son précurseur, Condorcet, disciple et ami de Voltaire et de Condillac, et allié de Voltaire et de Rousseau, dans la guerre à outrance qu'ils font au passé. Ces mêmes écrivains n'ont pas eu la monstrueuse idée d'accoupler François Bacon, l'audacieux apôtre du libre examen, le démolisseur de l'autorité magistrale et du syllogisme, avec l'incomparable Aristote, qui en est le fondateur et le parangon suprême ; ni Roger Bacon, la patiente victime de l'École, avec saint Thomas d'Aquin, la plus splendide personnification de cette École implacable; ni Descartes, l'affranchisseur, et Kant, le critiqueur, avec J. de Maistre, le fanatique approbateur; ni Condorcet, le philanthrope progressiste et l'antagoniste déclaré de la peine de mort, avec ce même J. de Maistre, l'ultramontain rétrograde et le panégyriste enthousiaste et forcené de l'exécuteur

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