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tent. Qu'on donne au plus incrédule la preuve que Lazare est mort, et qu'ensuite Lazare est ressuscité, nous verrons si l'incrédule ne sera pas ébranlé. Il ne reste, en vérité, qu'une explication du refus que Jésus opposa aux pharisiens, c'est qu'il faut la foi pour opérer les miracles et pour y croire. De pareils miracles, si miracles il y a, ne peuvent pas être invoqués comme preuve de la révélation ; car les preuves s'adressent à ceux qui doutent. S'il faut déjà la foi pour croire aux miracles, l'on ne peut plus dire que les miracles sont fondement. En ce sens, il est vrai que les miracles eussent été inutiles pour les pharisiens, mais alors ils le Sont aussi pour nous.

Les apologistes sentent la gravité de l'objection; ils essaient d'y répondre en disant que les Juifs ne niaient pas les miracles de Jésus-Christ ; ils avouaient au contraire qu'il chassait les démons. Là - dessus l'abbé Houtteville s'écrie que les faits sont reconnus par ceux qui avaient intérêt à les contester : peut-il y avoir une preuve plus démonstrative de la vérité des miracles, et par suite de la révélation (1)? Malheureux apologiste! il croit établir d'une manière invincible les fondements de la religion chrétienne, et il en montre l'inanité. Les Juifs croyaient aux miracles; qui le dit ? Les évangélistes. Mais pour connaître les sentiments des Juifs, il faudrait des témoignages émanés des Juifs ; or, tout ce que nous savons, c'est que, malgré les prodiges auxquels, dit-on, ils croyaient, ils crucifièrent le Christ. Les miracles n'étaient donc pas à leurs yeux de vrais signes. Les pharisiens avouaient que Jésus-Christ chassait les démons !S'ils croyaient aux démons, leur crédulité atteste leur ignorance et leur bêtise : nous aurions donc pour preuve de la révélation la sottise humaine ! Les possédés n'étaient-ils que des malades ? En ce cas leur guérison cesse d'être miraculeuse, alors même que la foi y aurait joué un rôle, et l'on comprend parfaitement que les Juifs se soient refusés à voir le Messie dans un simple exorciste. Veut-on dire que les" Juifs ont cru à tous les miracles du Christ, et que néanmoins ils se sont obstinés dans leur incrédulité? Telle est en effet l'opinion des apologistes. Mais pour le coup, la défense compromet la révélation au lieu de la prouver.

(1) Houtteville, la Religion prouvée par les faits, t. I,pag. 143.

Non, disent les incrédules, les Juifs n'ont pas cru aux miracles du Christ; il serait plus vrai de dire qu'ils les ont ignorés. Les libres penseurs invoquent le silence des écrivains juifs. C'est d'abord Philon, philosophe platonicien qui vivait à Alexandrie à l'époque où Jésus-Christ et les apôtres prêchaient dans la Judée et y opéraient les miracles rapportés dans les Évangiles. Il y avait des relations actives entre Alexandrie et Jérusalem : les événements un peu remarquables qui se passaient dans la Palestine étaient certainement connus dans la capitale de l'Égypte; à plus forte raison, les prodiges éclatants qui signalèrent la vie et la mort de Jésus-Christ, ne pouvaient-ils rester ignorés des Juifs d'Alexandrie. Un homme se dit le Messie, il ressuscite des mortS, il est crucifié, il sort de son tombeau, il monte au ciel, et il n'aurait pas été connu à Alexandrie, alors que le ciel et laterre témoignaient de sa toute-puissance ! Il se trouve à Alexandrie un Juif qui passe sa vie entière à philosopher sur la religion, sur le mosaïsme, et il n'aurait rien appris du Christ, pas même son nom ! Si les Juifs avaient été témoins des miracles rapportés par les évangélistes, il faudrait un autre miracle pour expliquer le silence de Philon.

Les libres penseurs en disent autant de Josèphe, l'historien juif. Il vivait dans le pays où Jésus-Christ venait de mourir et de ressusciter, au milieu de prodiges inouïs ; il était contemporain des apôtres, il pouvait les entendre parler les langues étrangères, il pouvait voir les miracles qu'ils faisaient. Josèphe se met à écrire l'histoire de sa nation; il parle avec un détail infini de tous les événements un peu considérables ; il traite de toutes les sectes qui existaient parmi les Juifs, il fait mention des fanatiques qui en avaient fondé de nouvelles; et il ne dit pas un mot de Jésus-Christ ni de ses disciples, il ne dit rien du tremblement de terre, il ne dit rien de l'éclipse ;il ne dit rien des morts qui sortirent de leurs tombeaux, il ne dit rien du bouleversement de la nature qui se révolte, pour ainsi dire, quand le Fils de Dieu subit le dernier Supplice (1) !

On sait comment les chrétiens se sont tirés de ce cruel embarras : en interpolant ou en falsifiant l'histoire de Josèphe. C'est par un crime, le plus honteux de tous, qu'ils se sont procuré le témoignage

(1) Fréret, Examen critique du Nouveau Testament. (OEuvres, t. lI, pag. 191-194)

d'un Juif. La révélation s'appuyant sur un faux! Ce fait est si grave, il a des conséquences si funestes pour la religion chrétienne, que les apologistes ont tenté l'impossible pour établir l'authenticité du fameux passage où l'on fait dire à l'historien juif que Jésus était le Christ et qu'il ressuscita trois jours après sa mort. Vains efforts ! Plus on s'ingénie à prouver que le passage est authentique, plus on en révèle la fausseté tout ensemble et l'importance que l'on y attache. Il n'y a plus que ceux qui sont intéressés à soutenir la falsification qui en prennent la défense. Pour ceux qui veulent se servir de leurs yeux pour voir, il est clair comme le jour que les chrétiens ont fabriqué une preuve en faveur de leur révélation. Jamais le crime ne profite au coupable. Le faux est devenu un témoin à charge : c'est comme la marque de l'imposture, imprimée sur une religion qui se dit divine. Les chrétiens ont beau falsifier les écrits : un fait est certain, puisqu'il persiste jusqu'à nos jours, c'est l'incrédulité des Juifs, en présence des miracles opérés par Jésus-Christ. Cette incrédulité est une arme terrible dans les mains des libres penseurs : « On conçoit, disent-ils, qu'il se rencontre des gens assez simples pour s'imaginer qu'ils ont vu des miracles, alors qu'ils n'en voyaient point ; mais on ne concevra jamais qu'il y en ait d'assez hébétés, pour ne pas se rendre à des prodiges aussi éclatants que ceux que les évangélistes rapportent.Tout cela se passait, disent les évangélistes, pour que la prophétie d'Isaïe s'accomplît : Ils regarderont et ne verront point; ils écouteront et n'entendront point. Cette prophétie a eu certainement son effet au temps du Messie : les Évangiles nous représentent les Juifs comme une espèce d'hommes qui, à la lettre, ne voyaient point avec les yeux et n'entendaient point avec les oreilles, qui ne pensaient et ne sentaient point comme les autres humains (1). » L'incrédulité des Juifs est un miracle plus grand que ceux que Jésus-Christ opérait au milieu d'eux. Cela ne prouverait-il pas que ces prodiges n'existaient que dans l'imagination exaltée des premiers fidèles ? Les apologistes ont essayé d'expliquer l'incrédulité des Juifs, mais quelles explications ! Les prophètes, dit l'un, avaient prédit

(1) Fréret, Examen critique du Nouveau Testament. (OEuvres, t. II, pag. 189); - Réflexions mpartiales sur les Evangiles, pag. 52.

l'incrédulité des Juifs (1). Mais les prophéties sont aussi un miraçle. C'est donc un miracle qui doit donner la clef d'un autre miracle ! D'autres recourent à des banalités : les Juifs n'ont pas cru, par orgueil, par obstination, par attachement à la loi de Moïse (2). Tout cela serait admissible, si Jésus-Christ n'avait pas attesté sa mission par les plus étonnants prodiges. Mettons en regard les faits tels que les chrétiens les racontent, et l'incrédulité des Juifs. Jésus-Christ se dit le Fils de Dieu; il prouve sa divinité par une suite de miracles, couronnés par sa résurrection et son ascension. Les Juifs sont témoins, ils sentent la terre trembler, ils voient le soleil s'obscurcir, ils rencontrent des morts sortant de leur sépulcre ; et ils ne tombent pas aux pieds du Christ ! ils crucifient le Fils de Dieu, ils ne croient pas même en lui, quand il ressuscite ! Les hommes refusent de croire à Dieu, quand Dieu se montre au milieu d'eux! ils mettent Dieu à mort ! Il y a de quoi crier au prodige, mais c'est un prodige de bêtise. Le témoignage des Juifs est le grand argument des libres penseurs contre les miracles. Oui, disent-ils, les Juifs sont témoins, mais témoins à charge. Les miracles prouvent trop, donc ils ne prouvent rien, ou ils prouvent contre ceux qui les invoquent.Cela est vrai de tous les miracles, de ceux de Moïse aussi bien que de ceux du Christ. Si nous en croyons la Bible, Moïse aurait eu la puissance de bouleverser les éléments, de déranger la nature ; et en opérant tous ces prodiges, il n'est pas parvenu à toucher le cœur de ceux qui en étaient témoins ni à persuader leur esprit !Si ces miracles étaient réels, ils auraient dû sinon convaincre, du moins dompter les Israélites ; car Dieu n'emploie pas des moyens par lesquels il sait qu'il n'arrivera pas à ses fins. Eh bien! malgré les miracles faits, comme disent les apologistes, en présence de six cent mille témoins, les Israélites retombaient à chaque instant dans l'idolâtrie : ce ne sont pas les prodiges de Moïse et de Josué qui les ont convertis au vrai Dieu, c'est l'exil de Babylone. Nous arrivons à la conclusion que ces prétendus prodiges n'ont jamais existé que dans l'imagination de ceux qui les rapportent (3).

(1) Grifffet, l'Insuffisance de la religion chrétienne, t. I, pag. 325-328.
(2) Houtteville, la Religion chrétienne, prouvée par les faits, t. III, pag. 21, ss.
(3) Fréret, Lettre de Thrasibule à Leucippe. (OEuvres, t. II, pag.71.)

Ce que Fréret dit des miracles de l'Ancien Testament, Voltaire le dit de ceux du Christ. Les évangélistes racontent que son baptême se fit en présence d'une foule de peuple ; au moment où Jésus sortit de l'eau, la troisième personne de la Trinité descendit sur sa tête, sous forme de colombe; le ciel s'ouvrit, et Dieu cria publiquement au peuple : « Celui-ci est mon fils bien-aimé, en qui je me suis complu : écoutez-le. » Conçoit-on que l'on résiste à des signes si divins, si publics ?S'ils avaient été réels, les hommes se seraient prosternés devant le Fils de Dieu, dans un silence d'adoration (1). Cependant tout le contraire arrive; les Juifs restent incrédules, et le monde romain ne croit pas davantage. La bonne nouvelle est prêchée pendant quatre siècles, et l'empire romain est toujours païen. Convenons que les chrétiens ont imaginé un singulier gouvernement de la Providence ! C'est pour convaincre les peuples de la divinité du Christ, que Dieu, de toute éternité, a décidé d'intervertir les lois de la nature : et les prodiges qu'il opère ne convainquent pas les peuples, pas même le peuple de Dieu !

L'abbé Houtteville avoue que, malgré les signes et les miracles, la plus grande partie de l'univers n'a pas cru en Jésus-Christ. A l'exception d'un petit nombre de chrétiens, dit-il, les faits de l'Évangile furent longtemps à ne trouver que des incrédules. Incrédulité n'est pas le mot; il faut dire ignorance. Le monde romain ignora les miracles du Christ : quelle arme redoutable pour les libres penseurs ! Fréret suppose un philosophe du premier siècle, discutant avec un Juif converti : « Les miracles dont VOus me parlez, dit-il, sont nouveaux pour moi : ils ne devraient l'être pour personne. Il y a fort peu de temps que Jésus-Christ vivait, concevez-vous que dans une province de l'empire aussi fréquentée que la Palestine, il se soit passé des choses si extraordinaires, et cela pendant trois ou quatre années de suite, sans qu'on en ait entendu dire le moindre mot ? Nous avons un gouverneur et une garnison dans Jérusalem, la Judée est pleine de Romains, et l'on n'a pas su en ce pays-ci que Jésus-Christ était au monde !Vous-mêmes, vous dites que nos soldats furent témoins des miracles inouïs qui arrivèrent à la mort et à la résurrection de

(1) Voltaire, Questions sur les miracles. (oEuvres, t. XLI, pag. 300.)

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