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Ceux qui font un crime à l'Assemblée nationale de la constitution civile, oublient qu'elle ne fit que céder aux vœux d'une partie du clergé. Il y avait d'abord les jansénistes qui siégeaient dans l'Assemblée. On leur a attribué une influence trop grande sur les décrets qui réorganisèrent l'Église. Les jansénistes étaient avant tout les hommes du passé, les disciples rigoureux de saint Augustin. Pour peu qu'ils fussent conséquents, ils ne pouvaient s'intéresser à la liberté politique, pas plus qu'aux autres biens de ce monde périssable. Il est certain que ce ne sont pas les solitaires de Port-Royal qui auraient fait la Révolution. En réalité, les vrais jansénistes, ceux qui siégeaient dans les parlements, se montrèrent hostiles aux idées de 89, comme tous les partisans de l'ancien ordre de choses. Et rien de plus naturel et de plus logique. Il y avait un autre parti dans le clergé dont les aspirations étaient toutes révolutionnaires, bien qu'il restât attaché aux croyances, aux préjugés mêmes du christianisme traditionnel. L'abbé Grégoire est le plus noble organe de ce mouvement. Il fut réellement l'homme de la liberté, il la demanda pour tous les opprimés, pour les juifs aussi bien que pour les nègres. Enthousiaste de la liberté politique, il fut un des premiers républicains. C'est lui qui prononça, le jour où la Convention se réunit, ce mot fameux : « L'histoire des rois est le martyrologe des nations. » Grégoire resta toujours fidèle à ses convictions. Il y a un autre abbé dont les prédications excitèrent une vive émotion dans les premiers jours de 89. Déjà avant la réunion des états généraux, l'abbé Fauchet publia un ouvrage remarquable intitulé La Religion nationale. C'est en quelque sorte le programme de la constitution civile du clergé; il nous fera connaître l'esprit de l'Église constitutionnelle. L'abbé Fauchet est un révolutionnaire décidé. Il n'hésite pas à dire que les peuples ont le droit de changer les mauvais gouvernements, « de destituer les méchants qui les dévorent. » Notre vicaire général, qui était aussi prédicateur ordinaire du roi, traite de fanatiques ou d'imbéciles ceux qui prétendaient que ce n'était pas là le droit divin et le véritable esprit de la religion (1). L'abbé Fauchet se faisait un christianisme à sa façon, comme font tous ceux qui veulent allier la religion du passé et les aspirations de l'avenir. Il n'y avait pas un siècle que Bossuet avait tenu, au nom du christianisme, un tout autre langage. Les catholiques libéraux répudieront-ils le grand orateur, prêchant l'obéissance absolue, sans restriction aucune, n'admettant d'autre résistance que celle des martyrs? Ils le peuvent à la rigueur, bien qu'il ne leur soit pas permis de qualifier l'aigle de Meaux, de fanatique ou d'imbécile. Mais que feront-ils de l'autorité de saint Paul, que Bossuet se borne à commenter? Que devient la tradition dans ce christianisme révolutionnaire? Fauchet se tire d'embarras par une distinction plus digne d'un jésuite que d'un homme de 89. « Il y a un sous-entendu, dit-il, dans le précepte de l'apôtre; s'il nous ordonne d'obéir aux puissances établies, c'est pour autant qu'elles ne s'écartent point du droit naturel et de ce qui est juste. Dès que les princes commandent l'injustice, il ne leur faut plus obéir, car il faut obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes, et Dieu est la justice (2). » Quand saint Paul prêchait l'obéissance aux disciples du Christ, le monde était livré à la plus épouvantable tyrannie qui ait jamais pesé sur l'humanité; c'étaient des empereurs monstres,

(1) L'abbé Fauchet, de la Religion nationale, pag. 55, s, (2) ldem, ibid., pag. 68

Tibère et Néron, qui gouvernaient les peuples.Toutefois l'âpotre veut qu'on leur soit soumis, et le docteur des gentils ne savait pas encore ce que c'étaient que des restrictions mentales. On lui fait injure et on fausse l'histoire, en lui supposant des arrièrepensées, tout aussi contraires au christianisme qu'au génie des populations décrépites de l'empire. Ce n'est qu'en faisant violence au dogme chrétien et en altérant les faits que l'abbé Fauchet parvient à légitimer le droit de résistance. Ce qui ne l'empêche pas d'ajouter que le christianisme s'oppose à la révolte. Que de transactions de conscience il faut aux libéraux catholiques pour concilier leur dogme avec leurs instincts ! L'abbé Fauchet applaudit au 14 juillet : les vainqueurs de la Bastille n'étaient point des révoltés à ses yeux. Ils étaient pis que cela, ils étaient des révolutionnaires. Voilà un trait qui caractérise bien cette partie du clergé qui allait former l'Église constitutionnelle. La constitution civile n'était autre chose qu'une tentative de concilier le christianisme avèc la liberté. C'est un formidable problème que celui que l'Assemblée mationale essaya de résoudre : il s'agit d'une question de vie ou de mort pour la religion traditionnelle. Nous avons dit dans notre " Étude sur la Révolution, que l'incompatibilité entre l'Église catholique et les idées de 89 est absolue.Tel n'était point l'avis de l'abbé Fauchet et de ses coréligionnaires politiques. Il avoue les abus, il avoue que ces abus justifiaient en quelque sorte la guerre que le dix-huitième siècle fit à l'Église; mais les abus ne constituent point la religion : « Il faut abolir, dit-il, les grands abus qu'on a voulu identifier avec la religion et qui lui sont contradictoires, mais en la conservant intacte et pure. Je ne suis pas imbu des préjugés misérables que la rouille des siècles a étendus des écoles aux églises et qui ont fourni des prétextes trop plausibles à la philosophie pour charger de ridicule et de haine la religion la plus charitable, la plus fraternelle, et la plus divinement conçue, selon la remarque de Montesquieu, pour être la religion de l'univers (1). » Si le christianisme est fait pour devenir la religion de l'univers, ce n'est certes pas le christianisme de Jésus-Christ, tel que les

(1) L'abbé Fauchet, de la Religion nationale, pag. 5

Évangiles nous le font connaître : religion de l'autre monde, religion d'humilité, d'abnégation, de renoncement, qui convient à des moines bien plus qu'à des citoyens, qui peut gouverner un couvent, mais qui ne peut pas régir la société civile. Quand Fauchet parle d'abus, il n'entend point les vices inhérents au christianisme; dans son ordre d'idées, il n'apercevait pas même ces défauts; il lisait l'Évangile avec les sentiments et les idées d'un homme de 89. Pour lui l'égalité et la fraternité évangéliques veulent dire abolition des priviléges, abolition de la noblesse, abolition de la féodalité, et plus tard abolition de la royauté. Le plus grand abus que l'abbé Fauchet reproche à l'Église, c'est d'avoir méconnu les principes de l'Évangile. Il voit la source de tout le mal dans la funeste alliance du trône et de l'autel, qui rendit l'Église complice du despotisme.Voilà pourquoi il maudit le concordat de Léon X et de François I°, qui assujettit le clergé au roi. Jamais flétrissure plus énergique, plus passionnée ne fut infligée à cette impure coalition de la cupidité pontificale et de l'ambition princière : « C'est une conception infernale du despotisme, dit Fauchet, un brigandage où le pape et le roi se donnaient, ou pour mieux dire se vendaient, ce qui ne leur appartenait pas.Ce n'est pas une loi; car le concordat n'a jamais eu la sanction des états généraux, ni même l'approbation libre du parlement. » Pour l'abbé Fauchet, le concordat est la boîte de Pandore, la source de tous les maux : « Des hommes, incapables d'être sacristains, ont obtenu les honneurs du Sanctuaire, par des bassesses, des perfidies, des abominations, des hommes souvent les plus vils de tous, n'ayant que le stupide orgueil de leur nom, et presque toujours tris de toutes les petitesses de la fatuité et de tous les vices de la mollesse. » C'est une vraie philippique. Fauchet poursuit : « Ces hommes ont dégradé, avili la religion, voilà pourquoi les philosophes l'ont attaquée. La régénération approche. Non, l'on ne souffrira plus que l'intrigue et l'insolence placent l'abomination de la désolation dans le lieu saint. Quand l'ignorance et la corruption des prêtres ne déshonoreront plus la religion catholique, les philosophes fléchiront volontiers le genou devant elle, car elle est en essence la fraternité (1). » -

(1) L'abbé Fauchet, de la Religion nationale, pag. 108.

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