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accusent ses détracteurs, elle voulait au contraire l'assurer, et c'est pour l'établir sur des bases inébranlables, que la Convention faisait une guerre à mort à l'erreur et à la superstition, c'est à à dire au catholicisme : « Bientôt, dit le rapporteur, on ne connaîtra que pour les mépriser, ces dogmes absurdes, enfants de l'erreur et de la crainte, dont l'influence sur l'espèce humaine a été si constamment nuisible. Bientôt les hommes ne seront guidés que par le seul attrait de la vertu; ils seront bons parce qu'ils seront heureux, et heureux parce qu'ils seront libres. Bientôt la religion de Socrate, de Marc-Aurèle et de Cicéron sera la religion du monde, et vous aurez la gloire d'avoir eu à cet égard l'initiative de la sagesse. » Ici l'illusion, l'utopie vient se mêler à d'éclatantes vérités. Non, la philosophie ne sera jamais la religion de l'humanité, parce qu'il est impossible que tous les hommes soient des philosophes; et chez les philosophes mêmes, la raison ne doit point tuer la foi. Mais c'est à la philosophie à préparer l'avénement d'une religion que la raison puisse accepter. Voilà l'idéal, le dernier progrès que le genre humain est appelé à accomplir. La Convention était trop engagée dans une lutte violente contre la religion du passé, pour songer à maintenir le christianisme en le transformant. Mais elle a entrevu le but, une religion qui se confondra avec la morale, et elle a parfaitement aperçu le moyen de l'atteindre; c'est de travailler à l'accroissement des lumières, et d'attendre cette révolution bienfaisante des progrès de l'esprit humain; enfin elle a vu que pour arriver au règne de la raison et de la morale, il ne fallait point confier la direction de la société à une Église qui vicie l'intelligence et pervertit la morale même, pour asseoir son empire sur l'ignorance et la superstition. C'est sur ces idées que Boissy d'Anglas fonde les rapports entre l'Église et l'État. Nous avons tort de parler de l'Église, la Convention n'en reconnaît aucune : « La religion, dit le rapporteur de la loi du 3 ventôse an III, est une affaire tout à fait privée, sans caractère public. » La loi ne veut plus de culte public; non seulement, elle interdit toute cérémonie religieuse hors de l'enceinte choisie pour leur exercice ; elle ne veut pas même que ce local ait un caractère public. Il va sans dire que la République ne fournit plus de temples à la religion catholique, pas plus qu'à toute autre religion, elle défend même aux communes d'acheter ou de louer un édifice pour l'exercice du culte. C'est à ceux qui veulent célébrer des cérémonies religieuses à se procurer un local, mais qui n'ait rien de public : « Aucun signe particulier à un culte, dit la loi, ne peut être placé extérieurement, de quelque manière que ce soit. Aucune inscription ne peut désigner le lieu qui lui est affecté.Aucune proclamation ni convocation publique ne peut être faite pour y inviter les citoyens. » Ainsi un culte absolument privé. Est-il au moins libre dans cette enceinte, comme le citoyen l'est dans sa maison? Non, répond Boissy d'Anglas; car il n'est point de société dans l'État qui ne doive être soumise à la police. En conséquence la loi statue : « Tout rassemblement de citoyens, pour un culte quelconque, est soumis à la surveillance des autorités constituées.Cette surveillance se renferme dans les mesures de police et de sûreté publique. » La législation de l'an III nous paraît aujourd'hui oppressive et tyrannique, parce que nous avons une fausse idée de la liberté. L'individu est libre, mais dès que les individus s'unissent en une société religieuse, et qu'ils forment une Église, l'État a intérêt et droit à intervenir. Ou dira-t-on qu'il doit souffrir que dans des réunions secrètes, des sectaires se livrent à des pratiques immorales, comme cela arriva à Rome dans les bacchanales, comme cela est arrivé encore dans les temps modernes, au sein des sectes protestantes ? Doit-il même souffrir que des sectes répandent, à l'ombre, des doctrines funestes, telles que celles des Mormons, ou qu'elles attaquent et ruinent les bases sur lesquelles reposent toutes les sociétés ? Telle est la doctrine ultramontaine, d'après le jugement d'un homme aux sentiments religieux duquel les catholiques rendent hommage, de Portalis. Eh bien, le catholicisme est devenu partout ultramontain, il est donc partout inalliable avec la souveraineté des nations. Et il faudrait néanmoins lui laisser une entière liberté de démolir l'État, pour se mettre à sa place ? Ce n'est point sans raison que la religion catholique était suspecte au législateur révolutionnaire. En effet le catholicisme était ennemi de la liberté; ceux qui y restaient attachés, sauf quelques ' hommes inconséquents, se trouvaient tous dans les rangs de la contre-révolution ou prêts à s'y enrôler.Tout ce que Boissy d'Anglas veut bien concéder aux catholiques, c'est que leurs croyances en elles-mêmes ne sont pas des crimes. Écoutons le langage dédaigneux, insultant du rapporteur de la Convention : « Les pratiques religieuses peuvent s'exercer; elles ne sont pas délits envers la société. » En ce sens, les cultes sont libres; mais si le législateur en permet l'exercice, on sent que c'est malgré lui. Boissy d'Anglas se défend presque de cet excès d'indulgence. Si la loi tolère les cultes, c'est que de deux maux elle choisit le moindre; il y aurait encore un plus grand mal à les prohiber. « L'attrait, dit Boissy d'Anglas, que les pratiques religieuses ont pour les âmes faibles, s'accroît quand on veut les interdire. Gardez-vous bien de faire pratiquer avec enthousiasme dans des souterrains, ce qui se pratiquerait avec indifférence, avec ennui même dans une maison privée. Que toutes ces cérémonies soient assez libres pour qu'on n'y attache plus aucun prix, pour que votre police sURToUT en puisse surveiller Sans cesse les inconvénients et les excès. » La Convention veille en même temps à ce que l'Église ne puisse pas se reconstituer à l'ombre de la liberté. « Rien, dit le rapport, de ce qui constitue la hiérarchie sacerdotale ne doit renaître au milieu de vous, sous quelque forme que ce soit. » Le législateur proclame que « la loi ne reconnaît aucun ministre du culte; que nul ne peut paraître en public avec les habits, ornements ou COStumes affectés à des cérémonies religieuses. Les ordres monastiques surtout inquiétaient la Convention; supprimés par l'Assemblée nationale, ils auraient pu se reconstituer, à l'aide de la fraude, comme ils l'ont fait au dix-neuvième siècle en Belgique et en France. La Révolution n'entendait pas pousser la tolérance jusqu'à tolérer le mépris des lois. « Mettez au rang des délits publics, dit Boissy d'Anglas, tout ce qui tendrait à rétablir ces corporations religieuses que vous avez sagement détruites. » Une crainte préoccupe néanmoins le législateur de l'an III, c'est que la liberté, tout restreinte qu'elle soit, qu'il accorde aux cultes, ne soit exploitée pour rétablir l'Église qu'il abhorre. Il vient de dire qu'il n'y aura plus ni temple, ni prêtre; il ajoute qu'il ne fournit aucun logement aux ministres d'aucun culte, qu'il n'en salarie aucun; il défend de former aucune dotation perpétuelle ou viagère, il défend d'établir aucune taxe pour supporter les dépenses du culte.Aucune solennité publique ne rappellera aux citoyens qu'il existe une religion, pas même un convoi funèbre : « Il faut

éviter, dit Boissy d'Anglas, d'égarer les hommes en alimentant le fanatisme. » Telle est la liberté des cultes, d'après la loi du 3 ventôse an III. Les rares chrétiens qui siégeaient dans la Convention jetèrent les hauts cris. « N'était-ce point restreindre l'exercice de la religion à l'intérieur des familles ? dit Grégoire. Belle liberté que celle qui ne pourrait être enlevée aux citoyens que par une inquisition tyrannique !Qui ne voit que le but du décret est de détruire le christianisme ?» L'évêque de Blois réclamait également la séparation de l'Église et de l'État; il ne voulait pas que le gouvernement adoptât, et encore moins qu'il salariât aucun culte. Mais il demandait aussi une entière liberté pour l'exercice de la religion. Chose remarquable ! Grégoire lui-même ajoutait une restriction à la liberté; elle est considérable, car elle s'adresse précisément au catholicisme que la Convention poursuivait comme un ennemi, tout en se voyant obligée de le tolérer. L'évêque constitutionnel reconnaît que l'on peut, que l'on doit « proscrire une religion persécutrice, une religion qui n'admettrait pas la souveraineté nationale, la liberté, l'égalité, la fraternité (1). » Grégoire, chrétien sincère, ne se doutait point qu'il prononçait la condamnation du christianisme traditionnel.Quelques années plus tard, un soldat heureux rétablit les autels du catholicisme romain, en même temps que le trône. Napoléon n'entendait pas se donner un maître en soumettant l'Église gallicane au pape.S'il confisquait la liberté, c'était à son profit. Il eut soin de faire expliquer par Portalis au Corps législatif, qu'il répudiait l'ultramontanisme, parce que cette doctrine est l'ennemie née de tout gouvernement, de toute souveraineté laïque. Que dirait Napoléon, que dirait Portalis, s'il leur était donné de revivre ? Ils verraient l'ultramontanisme régner dans le monde catholique.A-t-il changé de nature?Non, car il est immuable. Il est aujourd'hui ce qu'il était quand Grégoire conseillait de le proscrire. Seulement il a mis un masque, et il y a écrit : souve- raineté du peuple, suffrage universel, liberté. Otez le masque, vous verrez que la souveraineté du peuple doit conduire à donner le pouvoir aux évêques, que la liberté veut dire le pouvoir reconnu

(1) Discours de Grégoire sur la Liberté des cultes, imprimé séparément l'an III de la république.

t garanti au clergé de dominer sur la société; la liberté n'a pas empêché l'Église de dresser les bûchers, et de faire une guerre d'extermination à tous ceux qui refusent de plier sous le plus ignoble de tous les despotismes, la tyrannie du prêtre. Ces faits sont la justification de la Convention nationale.

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