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la prêtrise ne fasse plus une profession. L'autel n'est plus destiné à nourrir le prêtre; l'autel ne doit pas être un comptoir de marchand, ni un bureau de banque ; que ce soit désormais un point de ralliement où les citoyens bénévbles viendront de temps à autre entendre la lecture d'un passage de l'Évangile, qui sera faite sans commentaire par chacun d'eux tour à tour. Mais qu'aucun émolument ne soit attaché à cette fonction sainte, qu'un salaire dégraderait; alors nous verrons tous les mauvais prêtres s'éloigner d'eux-mêmes et s'abstenir d'un culte qui ne rapporte que de la considération (1). » Ainsi la séparation de l'Église et de l'État voulait dire pour les révolutionnaires : plus d'Église, plus de sacerdoce, ce qui impliquait l'abolition du catholicisme et même du christianisme évangélique. Tel était bien le vœu de la philosophie du dix-huitième siècle; mais il dépassait encore en 1792 l'audace des révolutionnaires. Un curé fit la proposition à l'Assemblée législative de ne plus salarier aucun culte, mais aussi de n'exiger aucun serment des ministres de l'Église. L'idée trouva des partisans, mais, disent les Révolutions de Paris, la plupart reculèrent devant ce dernier pas, parce qu'ils croyaient que le peuple n'était pas assez éclairé(2). Inutile d'ajouter que par là on entendait que le peuple était encore trop attaché aux vieilles superstitions, qu'il fallait lui laisser ses prêtres, comme on laisse des joujoux aux enfants. De plus osés entrent en scène; ils sont les organes de la minorité, mais d'une minorité ardente, passionnée, fanatique, les républicains - de 93. Nous ne parlons pas des hommes de la Terreur. La Terreur passa, mais la Convention resta imbue d'une haine inextinguible contre le catholicisme aussi bien que contre la royauté et contre l'aristocratie ; tout cela ne faisait qu'un à ses yeux. Les nobles combattaient la républiqde dans les armées des rois ameutés contre la liberté. Les prêtres, plus dangereux, déchiraient le sein de la jeune république par une guerre odieuse. Pendant que les républicains conquéraient les frontières du Rhin, la plaie de la Vendée était toujours saignante. Comment la Convention n'auraitelle point vu dans le catholicisme un ennemi mortel qu'il fallait

(1) Les Révolutions de Paris, n° 126,3 décembre 1791, pag. 432
(2) Moniteur du 18 mai 1792. - Les Révolutions de paris, ne 148, pag. 297.

désarmer, vaincre, anéantir ? Elle ne se donna pas même la peine de déguiser sa pensée. Nous avons cité des passages du rapport fait par Boissy d'Anglas sur la loi du 3 ventôse an III. Nous allons reprendre ces citations : il n'y a point de témoignage plus remarquable de l'esprit qui animait les révolutionnaires. Qu'on n'oublie pas que la République était à une époque de réaction contre les excès de 93. Ce sont les modérés qui gouvernaient et ils voulaient rétablir la liberté des cultes. Écoutons le rapporteur (1). Boissy d'Anglas commence par faire le procès à l'Assemblée constituante; le modéré de 93 trouve les osés de 89 bien prudents : « L'Assemblée nationale qui a eu la gloire d'invoquer la première les droits inaltérables des peuples, et de les déclarer aux despotes; l'Assemblée constituante, dont la postérité n'absoudra peut-être pas toutes les fautes, mais dont elle admirera souvent la sagesse et le génie, eut sur plusieurs points très importants, le tort d'augurer trop peu des forces que l'esprit humain avait acquises. L'instant était arrivé pour elle d'affranchir le corps politique de l'influence de la religion. » Le mot est caractéristique. Jusque-là les législateurs avaient cherché à se concilier l'appui de la religion, comme la garantie la plus solide de l'obéissance que les citoyens doivent à la loi. Et voici une assemblée appelée à régémérer la France qui répudie cette alliance séculaire, comme l'esclave jette loin de lui les chaînes, quand il a conquis la liberté. A qui faut-il s'en prendre de ce divorce éclatant ? Les réactionnaires du dix-neuvième siècle déblatèrent contre la Convention ; ils vont chercher dans les enfers des images pour peindre ces satans, que l'enfer a vomis de son sein. Ils ne voient point, les aveugles, que la Convention ne faisait que se défendre contre l'ennemi mortel de la république. Les plus aveugles parmi ces aveugles partisans du passé sont ceux qui s'imaginent que le catholicisme a donné à l'humanité la liberté dont elle jouit. C'est parce que le catholicisme se montrait inalliable avec la liberté, que la Convention fut forcée de le répudier. Boissy d'Anglas nous dit ce que l'Assemblée constituante aurait dû faire : « Elle devait décréter que chaque citoyen pourrait se livrer aux pratiques que demande le culte qu'il professe, mais que l'État n'en supporterait point les frais, que les cultes n'auraient entre eux aucune sorte de préférence et qu'aucun monument public n'en pourrait consacrer les actes. » C'est ce que Boissy d'Anglas appelle ailleurs expulser la religion de la constitution politique. L'expression est énergique, et elle dévoile la pensée intime des révolutionnaires. C'est la raison, dit Boissy d'Anglas, qui dictait cette conduite à l'Assemblée nationale. Il va sans dire que par raison il entend la philosophie qui avait jeté ce cri de guerre : Ecrasez l'infâme. Le rapporteur ajoute que la politique était d'accord avec la raison. Comment pouvait-elle espérer de consolider l'ouvrage de la Révolution si elle nourrissait dans le sein de la France régénérée une caste qui, par intérêt et par croyance, était l'ennemie jurée du nouvel ordre de choses? Au lieu de détruire l'Église, elle se mit à l'organiser sur de nouvelles bases, dans le vain espoir d'allier ce qui était inalliable, le fanatisme sacerdotal et la liberté; au lieu d'abolir tout l'établissement ecclésiastique, elle en construisit un nouveau, presque aussi vaste, aussi pom- peux, et aussi dispendieux que celui de l'ancien régime. Tout cela est vrai, cependant nous ne regrettons point que l'Assemblée constituante ait essayé de reconcilier le catholicisme

1) Rapport de Boissy d'Anglas sur la Liberté des cultes, imprimé par ordre de la Convention, Paris, l'an III de la république.

, avec la liberté, en organisant l'Église d'après les principes de 89.

Cette expérience devait être faite, pour l'instruction des générations futures. Si la Révolution avait dès le premier jour aboli l'Église, dans l'intention avouée de détruire le christianisme traditionnel, on aurait dit que l'Église se jeta dans la contre-révolution par la nécessité où elle était de défendre son existence; on aurait dit, comme on le dit même malgré tout ce que l'Assemblée constituante fit pour le catholicisme, que l'Église se serait ralliée à la liberté politique, si l'on avait respecté sa propre liberté. Il est donc bon qu'il y ait eu dans cette illustre assemblée, des chrétiens de bonne foi, remplis d'illusions, qui firent à l'Église une position aussi belle, aussi grande qu'elle pouvait l'espérer sous un régime de liberté et d'égalité.Si l'Église ne se contenta pas de la liberté et de l'égalité, c'est que pour elle la liberté consiste à être dominante, ce qui veut bien dire que le christianisme catholique est incompatible avec la société moderne qui repose sur ces mêmes principes de 89 que l'Église combattit en allumant les flammes du fanatisme. Nous savons ce que la Convention reprochait à l'Assemblée constituante. Que va faire la Convention ? Son but avOué est de détruire le catholicisme. Pour mieux dire, elle est convaincue que la religion est une erreur de l'esprit humain, une chimère qu'il s'est créée, et qui doit s'évanouir comme toutes les erreurs. Boissy d'Anglas a là-dessus une doctrine qui caractérise bien les hommes de 93. La religion pour lui n'est pas un besoin de la nature, c'est une des illusions que l'homme se forge sous un gouvernement oppressif. Ne trouvant pas la liberté sur la terre, il la cherche au ciel; ne trouvant pas de bonheur réel, il se promet une félicité imaginaire qui le dédommagera de la tyrannie sous laquelle il gémit; il aime à se représenter une autorité supérieure à celle des maîtres de la terre, autorité devant laquelle l'égalité existe pleine et absolue entre le tyran et l'esclave. Voilà, dit le rapporteur de la Convention, le sentiment qui engendre toutes les erreurs religieuses. Il en déduit cette conséquence naturelle que la religion est inutile sous le régime de la liberté. L'homme vraiment libre jouit de la plénitude et de l'indépendance de sa raison; à quoi bon dès lors les illusions ? Elles s'envolent comme les mauvais rêves qui pèsent sur notre sommeil; quand l'intelligence se réveille, les cauchemars s'évanouissent. Boissy d'Anglas conclut, que le secret du gouvernement, en matière de religion, est dans ces mots : « Voulez-vous détruire le fanatisme et la superstition?Offrez à l'homme des lumières. Voulez-vous le disposer à recevoir ces lumières ? Sachez le rendre heureux et libre. »

Il y a du vrai dans ces paroles, mais ce n'est qu'une face de la vérité, et ce n'est point la plus considérable. La religion, dans son essence, est le lien qui rattache l'homme à Dieu. De là une doctrine qui lui révèle sa destinée, sa mission sur cette terre, et l'avenir qui l'attend. En ce sens la liberté et le bonheur terrestre font partie de la religion; comment donc y aurait-il opposition entre la religion et la liberté et le bonheur? Si de fait la religion catholique a été une consolation pour la liberté et le bonheur qui manquaient aux peuples, c'est que le catholicisme se faisait une fausse conception de la vie humaine; c'est une religion de l'autre monde, la seule peut-être qui fût possible sous le despotisme de l'empire et sous les violences de la féodalité. Mais elle doit faire place à une religion de ce monde-ci. Comment se fera ce passage ? En 94, on croyait que la Constitution donnait aux citoyens toute la liberté, tout le bonheur qu'ils pouvaient désirer, que partant la religion n'avait plus de raison d'être. Il ne restait qu'à détruire les vieux préjugés, les vieilles superstitions. Boissy d'Anglas va nous dire quel est le seul moyen qui conduise à ce but. Ses paroles peuvent encore servir d'enseignement au dix-neuvième siècle. L'instruction fera succéder la raison à la superstition et à l'erreur. C'est par l'instruction que seront guéries toutes les maladies de l'esprit humain. « C'est elle qui anéantira toutes les sectes, tous les préjugés, qui saura restituer à la morale cette force et cet éclat qu'elle ne doit tirer que de la raison et du sentiment. Emparez-vous de son influence, dirigez-la vers le perfectionnement de l'espèce humaine. » Le dix-neuvième siècle a oublié ces conseils ; sous l'influence de la réaction catholique, l'on a abandonné directement ou indirectement l'instruction au clergé; c'est comme si l'on avait livré l'esprit humain à des hommes chargés d'aveugler l'intelli- gence, de tuer la libre pensée; car le clergé est l'organe d'une " doctrine qui voit dans la libre pensée un crime, il est l'instrument d'un pouvoir qui veut ressaisir la domination, et qui ne peut l'obtenir qu'en répandant l'ignorance et la superstition. On a - décoré cette abdication de l'État du nom de liberté. La liberté ne peut pas consister dans le droit d'empoisonner les sources de la vie, en viciant la raison, pour la rendre esclave de l'Église. Les révolutionnaires de 1794 étaient aussi animés de l'esprit de liberté, et c'est parce qu'ils aimaient la liberté qu'ils revendiquèrent l'enseignement pour l'État. Nous laissons la parole à Boissy d'Anglas : « Ainsi vous consommerez avec certitude la révolution commencée par la philosophie; ainsi vous dirigerez et sans aucune secousse violente les hommes que vous êtes appelés à gouverner, dans le sentier de la raison. Ce sera par l'influence et par l'action de celle-ci que vous anéantirez toutes les erreurs ; et, semblables à la nature qui ne compte pas avec le temps, mais qui mûrit avec lenteur et persévérance les trésors dont elle doit enrichir le monde, vous préparerez constamment, et par la sagesse de vos lois, le seul règne de la philosophie, le seul empire de la morale. » La Révolution ne voulait donc pas ruiner l'empire de la morale, comme l'en

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