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gieuse, sera suivie d'un mouvement en sens contraire. Redoutez l'avenir ! »

§ 2. La religion sécularisée

I

Nous arrivons à la séparation de l'Église et de l'État décrétée par la Convention. Elle n'a rien de commun avec la séparation telle que la demandent aujourd'hui, d'une part les catholiques, d'autre part les protestants et les libéraux. Pour les catholiques, la séparation n'est qu'une arme de guerre, un moyen de ressaisir la domination qui leur échappe. Ils n'en veulent pas comme principe; le pape s'est plus d'une fois nettement expliqué sur ce point. L'idéal du catholicisme a toujours été l'union, l'harmonie de l'Église et de l'État ; des conciles sans nombre ont proclamé cette union comme un dogme. Il est impossible au catholicisme qui repose sur la tradition, de répudier une tradition qui a longtemps fait sa force. En réalité, il n'y songe point. Si, en Belgique, les catholiques ont inscrit la séparation dans la Constitution, c'est qu'ils l'ont organisée de façon à ce que le clergé conserve les avantages de l'union, tout en acquérant une indépendance complète à l'égard de l'État. L'Église nomme ses ministres, sans que l'État puisse intervenir. Elle jouit de la liberté absolue d'association; ce qui lui permet de reconstituer les couvents, avec tous les abus qui y sont attachés et sans aucune des garanties qui existaient sous l'ancien régime, en faveur des familles, en faveur de la société; et il y a la fraude en plus, fraude permanente qui ruine le fondement même de l'état social, en détruisant le respect de la loi. L'Église a la liberté illimitée d'enseignement, ce qui dans un pays catholique équivaut au monopole; or celui qui dispose des générations naissantes, dispose de l'avenir de la nation. Laissez agir ce système pendant un siècle et la Belgique sera une capucinière. Le beau idéal de la séparation de l'Église et de l'État, d'après la Constitution belge, c'est que l'État paie de gros traitements et accorde de larges subsides à un clergé qui depuis qu'il est libre est devenu ultramontain, c'est à dire ennemi juré de l'indépendance de l'État et de la liberté des citoyens. Cette conséquence inévitable de la séparation mérite d'attirer l'attention des protestants et des libéraux qui voient dans ce système un progrès considérable pour la liberté et pour la religion.Comment la liberté gagnerait-elle à ce qu'une nation soit courbée sous le joug de l'ûftramontanisme? Et qu'est - ce qùe la religion ellemême peut gagner à la recrudescence de toutes les superstitions? Voilà la séparation en Belgique : c'est une duperie cléricale. Les protestants et les libéraux qui préconisent la séparation de l'Église et de l'État, comme la seule solution rationnelle du redoutable problème qui a si longtemps agité et ensanglanté l'Europe, ne l'entendent pas à la façon des catholiques. Pour les protestants, la séparation est un principe de liberté. La réformation, obligée de prendre appui sur les princes, pour se défendre contre la papauté liguée avec la Maison d'Autriche, donna à l'État une action très grande sur les églises et par suite sur la religion. Trop souvent la religion fut traitée comme une affaire de police, la liberté religieuse en souffrit, et le sentiment chrétien s'affaiblit. Pour les protestants, la religion est surtout un sentiment individuel, qui puise sa force dans la conscience, dans le for intérieur; lui donner pour appui la protection de l'État, c'est la vicier. Voilà pourquoi les protestants les plus zélés demandent à rompre les liens qui attachent leur confession à l'État, et si le protestantisme seul était en cause, il est certain que la séparation ne pourrait être que bienfaisante. Il importe de ramener la religion à sa véritable mission, qui consiste à sanctifier les âmes. A ce titre la liberté est le meilleur régime qui lui convienne. Les libéraux, en général, n'ont pas ces préoccupations religieuses; la plupart ne sont chrétiens que de nom.S'ils demandent la séparation, c'est qu'ils y voient une conséquence de leur doctrine de liberté; ils veulent la liberté pour l'Église, comme ils la veulent pour tout le monde. Ils espèrent prévenir par là les dangereux conflits de l'État avec une puissance invisible, qui, lorsqu'elle est unie à l'État, détruit son indépendance et sa souveraineté, et lorsqu'elle est ennemie de l'État, menace son existence. Les libéraux oublient que ce conflit ne saurait être évité, aussi longtemps que le catholicisme conserve son empire sur les âmes. Pour les fidèles l'Église sera toujours un pouvoir spirituel auquel ils obéiront plutôt qu'à l'État; et d'autre part ce pouvoir spirituel ne s'est jamais contenté et il ne se contentera jamais de l'influence qu'il exerce sur les consciences ;il voudra toujours la domination directe ou indirecte dans l'ordre politique. Donnez-lui la liberté, il la tournera contre l'État, et contre la vraie liberté. Pour le catholicisme, la liberté ne signifie autre chose que le pouvoir, ou la Souveraineté. Dès lors, le conflit est fatal, il est dans la force des choses, l'État ne pouvant pas abdiquer son indépendance, et l'Église cherchant à s'emparer de la société à son profit. Dans cette lutte tous les avantages sont pour l'Église libre, puisqu'elle conserve ses moyens d'action, tandis que l'État est désarmé en face d'un ennemi qui le mine. Nous avons prouvé ailleurs (1) que la séparation de l'Église et de l'État en Belgique, aboutit à faire de l'Église la souveraine de la nation, et à transformer les évêques en maîtres et seigneurs du pays. Que les libéraux et les protestants réfléchissent à cet enseignement que leur donnent les faits, et ils ne verront plus un idéal dans un système qui transporte la puissance souveraine de l'État à l'Église.

Les protestants et les libéraux invoquent les décrets de la Convention à l'appui de leur doctrine. Ce que nous venons de dire de l'esprit qui animait les révolutionnaires, prouve déjà suffisamment qu'il n'y a rien de commun, absolument rien, entre la séparation, telle qu'elle fut consacrée par la constitution de l'an III, et la séparation telle que la désirent les hommes avancés de la réforme et du libéralisme. La Convention ne songeait certes pas à régénérer le christianisme, alors qu'elle faisait une guerre à mort à la religion chrétienne. Elle ne songeait pas davantage à donner à la religion et aux diverses Églises la liberté qui doit appartenir aux associations religieuses. Bien loin de vouloir affranchir les religions, elle voulait leur enlever la protection dont elles jouissaient; elle comptait, en leur faisant don de la liberté, leur donner le coup de mort. Son but était d'assurer à la libre raison tous les moyens d'attaquer le christianisme , en enlevant aux églises chrétiennes et surtout au catholicisme les moyens de se défendre. En un mot, la séparation était pour la Convention un instrument de destruction.

(1) Voyez mon Étude sur l'Église et l'État, et mes Lettres d'un Retardataire libéral à un Progressiste catholique.

II

L'Assemblée nationale régla la discipline de l'Église catholique par la fameuse constitution civile. Elle voulait mettre l'organisation de l'Église en harmonie avec le nouvel ordre de choses.Son droit était incontestable. Elle ne touchait point au dogme, elle ne réglait que les rapports extérieurs de l'Église, considérée comme association. Mais les rapports entre l'État et l'Église sont une question de prudence politique bien plus que de droit strict; les faits prouvèrent bientôt que l'Assemblée constituante avait manqué de prévoyance. Le haut clergé, presque exclusivement composé de nobles, était engagé, dès l'origine de la Révolution, dans les intrigues contre-révolutionnaires. Il fut heureux de saisir le prétexte de religion pour couvrir ses desseins véritables. L'épiscopat entraîna une grande partie du clergé inférieur. De là les luttes qui déchirèrent la France, de là l'horrible guerre de la Vendée.

En voyant les lois de l'Assemblée nationale aboutir à l'insurrection, à la guerre civile, les hommes de la Révolution se dirent qu'elle avait fait fausse route. Chose remarquable, ce furent les commissaires envoyés dans la Vendée qui, les premiers, proposèrent de séparer l'Église de l'État (1). C'était à leurs yeux le seul moyen de calmer les esprits et de pacifier les départements de l'ouest. En effet, c'était rendre les prêtres et l'Église à la liberté. Reste à savoir ce qu'ils auraient fait de cette liberté? A première vue l'idée était séduisante pour les ennemis du christianisme bien plus que pour les vrais croyants. Le ministre de l'intérieur, Cahier de Gerville, révéla dès l'année 1792 ce que les révolutionnaires entendaient par la séparation : « Chacun devait payer son culte; il ne devait plus être question dans les lois ni de prêtres ni de religion (2). » Telle fut la première formule de la séparation de l'Église et de l'État. On voit déjà qu'il y a un abîme entre le système de la Révolution et celui que l'on préconise aujourd'hui comme étant le principe de la Révolution. Que vou

(1) L'abbé Guettée, Histoire de l'Église de France, t. XII, pag. 287. (2) Moniteur du 20 février 1792

laient les hommes de 92? L'Église catholique se montrait ouvertement ennemie de la liberté. Ceux à qui la liberté était chère et * qui, du reste, tenaient très peu au christianisme, pour ne pas dire qu'ils y étaient hostiles, voulurent désarmer ce redoutable ennemi. Il n'y avait qu'un moyen pour cela, c'était de tarir la source du fanatisme en répandant l'indifférence religieuse. Ce n'est pas nous qui supposons ces sentiments aux révolutionnaires, eux-mêmes les avouaient. La Révolution n'est pas une époque de ruse et de tactique ; c'est la rude franchise, c'est la nue vérité qui fait sa grandeur. Un journal, que nous avons cité souvent et que les historiens ont tort de ne pas citer, nous dira ce que voulaient les hommes de 92. Les Révolutions de Paris reprochent deux grandes fautes à l'Assemblée nationale, la première d'avoir décrété le serment de la constitution civile du clergé, la seconde d'avoir chargé l'État des frais d'un culte (1). On voit que les deux fautes se tiennent, elles concernent l'une et l'autre les rapports de l'État avec l'Église catholique. Le journaliste révolutionnaire se demande quelle est la source de ces erreurs. Jusqu'à la Révolution, l'Église et l'État avaient été intimement unis; si l'Église gallicane était dans l'État, on peut dire aussi que l'État était dans l'Église. L'Assemblée nationale rompit cette union séculaire, et quoique les cahiers des trois ordres demandassent à l'unanimité que les états généraux reconnussent la religion catholique comme religion de l'État, l'Assemblée refusa, à plusieurs reprises, de consacrer ce principe dangereux; elle maintint l'indépendance entière de l'État : c'était l'affranchir en le sécularisant. L'innovation était fondamentale; elle inaugurait une ère nouvelle. Mais les révolutions marchent vite ; les années y comptent pour des siècles. En 1792, on trouvait que l'Assemblée constituante avait été bien timide. Écoutons les Révolutions de Paris : c« On croyait, il n'y a pas encore bien longtemps, avoir remporté une grande victoire et avoir découvert une grande vérité, en disant que l'État n'était point dans l'Église, mais, au contraire, l'Église dans l'État. La Révolution nous permet de porter la vue plus loin. Disons donc : la religion doit être dans tous les cœurs qui en sentent le besoin et l'Église nulle part. Désormais donc que

(1) Les Révolutions de Paris, n° 120,2 octobre 1791, pag. 161.

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