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d'application aux circonstances actuelles. Les hommes qui troublent notre société, ne sont coupables que d'avoir des principes contraires aux nôtres, et qui peuvent être conformes à ceux de plusieurs des États qui nous avoisinent; et même ces principes leur vaudront la faveur dans quelques-uns d'entre eux. Par exemple, je ne doute pas qu'en Italie, ils ne soient accueillis comme de saints personnages que l'on persécute, et qui méritent les palmes du martyre; et le pape ne pourra voir, dans le présent que nous lui aurons fait de tant de saints vivants, qu'un témoignage de notre reconnaissance, pour les bras, les têtes, et les reliques des saints morts dont il a gratifié, pendant tant de siècles, notre crédule piété (1). » L'Assemblée rit et applaudit à ces paroles du brillant orateur.Que l'on songe un instant à la profonde antipathie qu'elles révèlent. Vergniaud n'était pas un homme de sang ni de violence, pas plus que François de Neufchâteau, mais ils étaient fils du dix-huitième siècle, héritiers de toutes les colères, de toutes les haines de la philosophie contre l'Église. Ils semblaient n'attaquer que les prêtres, mais qui ne voit que la religion était comprise dans les philippiques qu'ils adressaient à ses ministres ? Les plus ardents ne cachaient plus leur pensée. Guadet dit, aux applaudissements de Ses auditeurs, que la théologie passerait, mais que la raison était éternelle (2). Faut-il ajouter que par théologie il entendait le catholicisme ? Le fougueux Isnard prononça contre les prêtres et leur culte un discours si violent qu'il épouvanta une partie de l'Assemblée. Il soutint sérieusement qu'il fallait bannir les prêtres dissidents, c'est à dire le christianisme traditionnel. « Ne voyez-vous pas, s'écria-t-il, que c'est le seul moyen de faire cesser l'influence de ces prêtres factieux? Ne voyez-vous pas qu'il faut séparer le prêtre du peuple qu'il égare? Et s'il m'est permis de me servir d'une expression triviale, je dirai qu'il faut renvoyer ces pestiférés dans les lazarets de Rome et de l'Italie. » On applaudit à cette sanglante diatribe. Alors l'orateur ne garda plus aucune mesure : « Ne voyez-vous pas que si vous punissez les ministres de Dieu de toute autre manière, et que si, en les punissant, vous les laissez

(1) Moniteur du 18 mai 1792.
(2) Idem, 17 novembre 1791. -

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prêcher, messer, confesser, ils feront plus de mal étant punis qu'absous. » Il y avait des révolutionnaires qui, tout en haïssant le clergé et sa religion, craignaient que la persécution n'allumât une guerre religieuse. Guadet les rassura : « Le danger n'existe que quand on frappe des hommes vraiment saints ou des fanatiques de bonne foi qui pensent que l'échafaud leur ouvrira la porte du paradis. Ici la circonstance est différente, car s'il existe des prêtres qui de bonne foi improuvent la constitution, ceux-là ne troublent pas l'ordre public; ceux qui le troublent, sont des hom mes qui ne pleurent sur le sort de la religion que pour recouvrer leurs priviléges, et certes ne craignez pas d'augmenter la force de l'armée des émigrants, car chacun sait que le prêtre est aussi lâche qu'il est vindicatif, qu'il ne connaît d'autre arme que celle de la superstition, etqu'accoutumé à combattre dans l'arène mystérieuse de la confession, il est nul dans le champ de bataille. Les foudres de Rome s'éteindront sous le bouclier de la liberté. » On demanda l'impression de ce discours incendiaire. Lecoz, évêque constitutionnel, dit que c'était demander l'impression du code de l'athéisme. Ce blâme fut accueilli par de violents murmures.Toutefois la majorité recula devant tant d'audace (1); peut-être eut-elle tort : il ne faut jamais être audacieux à demi. La haine des prêtres contre la Révolution inspirait aux révolutionnaires tantôt la colère et tantôt le dédain. Ces sentiments éclatèrent dans un discours de Français de Nantes. Notez que c'est comme rapporteur qu'il parle : « Nous ne nous consolons de la nécessité où nous sommes de vous entretenir du culte des prêtres que par l'espoir que les mesures que vous allez prendre vous mettront dans le cas de ne plus en entendre parler. » C'est la religion même qui est sur la sellette; et on ne lui épargne pas les dures paroles. Non que l'orateur condamne l'hommage que les hommes rendent à l'auteur de la nature. Mais si le sentiment religieux lui semble légitime, il flétrit d'autant plus ceux qui en abusent, p0ur l'exploiter. Quels sont ces coupables ? Ce sont les fourbes qui disent aux peuples : « Le grand Étre s'est montré à nous et il nous a dit que c'est de ce côté que vous devez tourner vos autels, que vous devez lui présenter telle offrande, et observer telle cérémo

(1) M0niteur du 15 novembre 1791..

nie. » Voilà les premiers révélateurs; le portrait n'est point flatté. Puis viennent d'autres charlatans qui disent : « Ne croyez pas ces imposteurs; nous seuls communiquons avec le grand Étre : il nous a ordonné de vous dire que vous ne devez consumer que nos parfums, ne pratiquer que notre culte, tout autre est abominable.» Ainsi la lutte des religions est une lutte de charlatanisme : « Le culte respectable des chrétiens est un de ceux qui a eu le plus à se plaindre de ses ministres. Lorsque voisins encore de son berceau, ils furent pénétrés de son esprit primitif, ils adoucirent, éclairèrent et affranchirent les hommes ; mais bientôt On les vit tenant le glaive, allumant des bûchers, usurpant les biens, asservissant la pensée, abrutissant les peuples, flattant ou assassinant les rois, former cette théocratie monstrueuse qui avait placé sous la sauvegarde de l'Évangile le premier anneau de la servitude de vingt peuples.» C'est toujours la même accusation qui revient sous mille formes : le christianisme détruit l'indépendance des nations, il tue la liberté de penser. Il faut se rappeler que c'est du christianisme romain qu'il s'agit, et qui oserait dire que l'accusation dirigée contre l'immortelle ambition de Rome est fausse ? Suit un tableau des crimes commis par les papes : « Des nations entières disparues de la surface du monde, les deux hémisphères couverts du sang de leurs victimes, le sang de tant de rois qui avait coulé sous leurs mains impies et sacrées, la terre enfin fatiguée de tant de forfaits, tout demandait que cette puissance monstrueuse reçût enfin la loi au lieu de la donner. On établit en France une constitution libre, et ils conspirèrent contre cette liberté. On établit la liberté et la fraternité, et ils protestèrent encore contre ces principes. On reprit les biens qu'ils avaient usurpés sur la crédulité, - et ils se révoltèrent. On leur demanda la paix et ils rendirent la discorde;ils se dirent persécutés, parce qu'on voulait qu'ils cessassent d'être persécuteurs. Ils attirèrent dans leur faction l'ignorante et lourde masse des béats et des Superstitieux. D'une autre part les mécontents firent cause commune avec eux. Tous les contre-révolutionnaires devinrent autant d'apôtres, et la Divinité, surprise et indignée, vit au pied de ses autels des hommes qui toute leur vie avaient nié son existence (1). »

(1) Moniteur du 28 avril 1792.

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Il faut tenir compte de la guerre séculaire que le catholicisme a faite à la libre pensée et à toute liberté pour comprendre la haine furieuse que les hommes de la Révolution portaient à tout ce qui s'appelait prêtre.Voici un mot que l'on attribue à un ministre de Louis XVI, Cahier de Gerville : « Je voudrais, dit-il un jour à ses collègues, en sortant du conseil dans les premiers mois de l'Assemblée législative, je voudrais pouvoir tenir entre mes deux doigts cette maudite vermine des prêtres de tous les pays pour les écraser tous à la fois (1). » La haine éclata dans les excès de la . Révolution. Lors des affreux massacres de septembre, les massacreurs firent un crime aux prêtres de leurs superstitions et de leurs impostures. Le fait mérite d'être constaté, non comme justification, non comme excuse, mais à titre d'explication. « Ils n'étaient pas tous de la lie du peuple, ces bourreaux, » dit l'abbé Barruel. « Scélérats, assassins, monstres, vils hypocrites, » criait un homme aux prêtres que l'on immolait, « le jour des vengeances est enfin arrivé. Le glaive de la loi serait trop lent pour vos forfaits et vos attentats, scélérats.Vous ne tromperez plus le peuple avec vos messes et votre petit morceau de pain sur les autels. Allez, allez-vous-en, joindre ce pape, cet antechrist que vous avez tant soutenu. Qu'il vienne maintenant et qu'il vous défende de nos mains. C'est à nous à laver aujourd'hui dans votre sang l'injure des nations (2). »

Les plus modérés parmi les révolutionnaires réprouvaient ces crimes, et ils les croyaient inutiles, tant ils étaient persuadés que le catholicisme touchait à sa fin. Nous citerons un curieux témoignage de cette croyance qui n'était pas tout à fait une illusion. A la procession de la Fête-Dieu de 1792, les Parisiens tapissèrent volontairement leurs maisons, et avec plus de soin qu'à l'ordinaire. Sur cela, les Révolutions de Paris firent cette remarque : « La Superstition n'a plus que quelques années à vivre, c'est nous qui le prédisons aux prêtres. Avertissons-les charitablement de caler leurs voiles et dé raccourcir eux-mêmes leurs robes longues, s'ils ne veulent pas que le peuple marche dessus ou les conspue. Ils ont une planche dans leur naufrage, qu'ils s'en saisissent; le peu

(1) Bertrand de Molleville, Mémoires, t. I, chap. xv, pag. 288.
(2) Histoire du clergé pendant la révolution française, pag.248,246.

de bonne morale qui se trouve dans leurs livres peut seul les sauver. Qu'à l'exemple de leur Dieu, ils se fassent hommes; nous n'avons plus besoin de bandeaux ni de lisières, ni de hochets ni d'images (1). » Qu'on le remarque bien, cette insultante pitié s'adressait au clergé constitutionnel , aux prêtres qui s'étaient ralliés à la Révolution. Quand la république eut affaire au vieux catholicisme, elle y mit bien moins d'égards. Des artistes français ayant été emprisonnés par ordre du gouvernement pontifical, le conseil exécutif adressa une lettre au prince évêque de Rome : « Le seul crime, dit-il, des citoyens français punis sans avoir été jugés, c'est leur respect pour les droits de l'humanité;ils sont désignés comme des victimes que doivent bientôt immoler la superstition et le despotisme réunis.Sans doute, s'il était permis d'acheter jamais, aux dépens de l'innocence, le triomphe d'une bonne cause, il faudrait laisser commettre ces excès. Le règne ébranlé de l'inquisition finit le jour même où elle ose encore exercer sa furie, et le successeur de saint Pierre ne sera plus un prince le jour où il l'aura souffert. » La menace ne s'adressait pas seulement au prince; écoutez cette apostrophe à l'évêque : « Pontife de l'Église romaine, prince encore d'un Etat prêt à vous échapper, vous ne pouvez plus conserver l'État et l'Église que par la profession désintéressée de ces principes évangéliques qui respirent la plus pure démocratie, la plus tendre humanité, l'égalité la plus parfaite, et dont les vicaires du Christ n'avaient su se couvrir que pour accroître une domination qui tombe aujourd'hui de vétusté. Les siècles de l'ignorance sont passés; les hommes ne peuvent plus être soumis que par la conviction, conduits que par la vérité, attachés que par leur propre bonheur (2). » La lettre est polie, mais d'autant plus dure ; ce qui la rend surtout remarquable, c'est qu'une femme en est l'auteur; madame Roland nous apprend dans ses Mémoires que ce fut elle qui la rédigea (3). Quel signe des temps ! Au sein de l'Assemblée, on n'y mettait pas tant de façon. Les prêtres insermentaires se rattachèrent au pape qu'ils avaient à peu près oublié pendant tout le dix(1) Révolutions de Paris, n° 152, 2 juin 1792, pag. 457.

(2) Moniteur du 27 novembre 1792. -- (3) Madame Roland, Mémoires, t. I, pag. 167.(Edit. de Berville.)

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