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la faire enterrer, elle fut miraculeusement rejointe à son bras. Les Grecs gardent le silence sur ce prodige, et plusieurs agiographes modernes ont dédaigné d'en faire mention. Damascène éprouvant le dégoût des biens du monde qui peuplait alors de fervents anachorètes les solitudes de l'Orient, se demit de sa charge, distribua toutes ses richesses aux pauvres, et se retira secrètement dans la Laure de S. Sabas, près de Jéru salem. Le supérieur des solitaires lui donna pour directeur un moine qui mit souvent sa patience à l'épreuve. Tantôt il exigeait qu'il allât à Damas vendre des paniers, dont il lui prescrivait de demander un prix exorbitant, afin de l'exposer aux railleries et aux insultes de la populace; tantôt il le punissait pour un geste, une parole, un regard. Un jour, Damascène voyant un solitaire inconsolable de la mort d'un de ses compagnons lui cita un vers grec dont le sens était « ce » que le temps détruit n'est rien que » vanité ». Le moine surveillant lui dit >> alors: Vous avez violé la défense que » je vous ai faite de parler sans néces » site, » et il le condamna à être renfermé dans sa cellule. Damascène fut enfin ordonné prêtre. Il était versé dans la dialectique, la philosophie, les mathématiques et la théologie. On le chargea d'écrire contre les hérétiques, et principalement contre les iconoclastes. Il parcourut la Palestine pour y défendre, par ses prédications, le culte des images, et il se rendit dans le même dessein à Coustantinople, sans se laisser effrayer par la faveur que l'empereur Constantin Copronyme accordait aux hé rétiques. Damascène étant retourné dans le désert, composa de nombreux écrits pour la défense de la foi catholique, et mourut dans sa cellule vers

l'an 754 selon quelques auteurs, et 780 selon les Ménées des Grecs. On lit dans la Description de la Palestine, par Jean Phocas, que le tombeau de S. Jean Damascène fut découvert dans le 12°. siècle, 30près du portail de l'église de la Lanre de S. Sabas. Damascène appliqua le premier à la scolastique la philosophie d'Aristote. Il est regardé comme l'inventeur de la méthode qui a depuis été adoptée dans les écoles théologiques, et que S. Anselme introduisit chez les Latins. Les Grees reconnaissent aussi Damascènecomme l'un des principaux auteurs des hymnes de leur office. Il rétablit la pins grande partie des livres de l'église grecque orientale, qui étaient presque tous perdus ou corrompus. Il régla la liturgie sur le formulaire ou rituel de S. Sabas, appelé le Typique. On regarde encore Damascène comme l'un des premiers auteurs des Synaxaires, des Ménées et des Menologes grecs; ce sont des abrégés des vies des saints que l'Église honore d'un culte public. Cave refuse le titre d'homme judicieux à quiconque n'admire pas l'érudition, la justesse, la force et la précision de S. Jen Da mascène. Bellarinin pense qu' surpasse les théologiens qui l'ont precédé, et qu'il a ouvert des routes nouvelles à ceux qui l'ont suivi. Antoine Arnauld dit que Damascène est pour les Grecs ce que S. Thomas est pour les Latins, et que ses décisions sont préférées à celles des autres pères de l'église d'Orient. Le ministre Claude est du même avis. Mais Baronins croit que Damascène se trompe quelquefois sur les faits historiques. Les ouvrages de ce célèbre solitaire sont: 1. un livre sur la dialectique: c'est un abrégé de la logique d'Aristote. Il écrivit aussi sur la physique

d'après le même auteur. II. Le livre des Hérésies; elles sont au nombre de cent trois. Les quatre-vingts premières sont abrégées de S. Épiphane. Les autres le sont de Theodoret et de Timothée de Constantinople. III. Les quatre livres de la Foi orthodoxe; c'est un traité complet de théologie qui a servi de modèle à la plupart des scolastiques. IV. Trois Discours sur les images; il y établit la doctrine de l'Église par l'autorité des pères, et fait connaître tout ce que fournit la tradition en faveur du culte anciennement rendu aux images. V. Le livre de la Sainte doctrine: ce n'est guère qu'une profession de foi; VI. le livre contre les Monophysites, qui n'admettaient qu'une nature en J.-C., après l'union hypostatique; VII. un Dialogue contre les Manichéens; VIII. la Dispute contre un Sarrasin: c'est le plus singulier des écrits de Dinascène. On y trouve les objections que les musulmans proposaient alors aux chrétiens sur la divinité du verbe, sur l'incarnation, sur l'origine du mal et sur le libre arbitre. IX. Sur les dragons et les sorcières, opuscules dont il ne reste que des fragments Damascène y montre le ridicule de certaines histoires fabuleuses accreditées alors parmi les Sarrasins; X. De la Trinité. Ce livre, par demandes et par réponses, n'est peutêtre pas de Damascène, mais il est au moins compilé de ses écrits. XI. Lettre à Jourdain sur le trisagion. L'auteur établit que la triple répétition du mot saint s'adresse a la Divinité subsistante en trois personnes, et non an fils seulement. XII. Lettre sur le jeune du careme. On y trouve des détails curieux sur le jeûne des premiers siècles de l'église. XIII. Des huit vices capitaux. Les anciens ascétiques en comptaient huit, parce

qu'ils distinguaient la vaine gloire de l'orgueil. XIV. De la vertu et du vice; XV. De la nature composée contre les acéphales ou monophysites; XVI. Traité des deux volontés, contre les monothélites; XVII. Traité contre les nestoriens; VIII. Commentaire sur les Épitres de S. Paul; XIX. Parallèle ou Comparaison des maximes des Pères avec celles de l'Écriture sur les vérités morales. Il y a dans ce recueil, divisé en trois livres, beaucoup de fragments d'auteurs anciens dont les ouvrages sont perdus. XX. Des homélies sur différents sujets; XXI. des proses, des odes et des hymnes sur les fêtes. Il est douteux que Damiscène ait composé toutes ces pièces. On lui attribue, mais sans fondement, divers écrits, dont le plus fameux est l'Histoire du saint ermite Barlaam et de Josaphat, fils d'un roi des Indes. La première édition de ce roman de spiritualité fut imprimée (à Spice) avant 1470, in-fol. Il a été traduit en latin par Jacques de Billy, Anvers, 1602, in-16; en français, par Jean de Billy, chartreux, Paris, 1574 et 1578, in-8°.; et par le P. Ant. Girard, jésuite, Paris, 1642, in-12 (Voy. le Traité de l'origine des romans. par Huet). Sinner parle dans son Catalogue des manuscrits de la bibliothèque de Berne, d'un Etymologicon de S. Jean D mascène, où l'on trouve des corrections importantes pour les dictionnaires d'Hesychius et de Suidas. Jacq. de Billy a donné une version latine des OEuvres de S. Jean Damascène, Paris, 1577. Tilman, Leunclavius et Wegelinus ont traduit aussi en latin divers écrits du même docteur. La meilleure édition de ses OEuvres est celle qui a été publiée en grec et en latin, avec des notes, par le P. Lequien, Paris,

1712, 2 vol. in-fol. L'éditeur avait promis un troisième volume qui n'a point paru; il devait contenir les écrits faussement attribués. L'édition du P. Lequien a été réimprimée à Vérone, en 1748, avec des améliorations. On a la Vie de S. Jean Damascène en grec, par Jean IV, patriarche de Jérusalem, Rome, 1553, in8°.; mais ce que le biographe dit du saint avant que celui-ci eût embrassé l'état religieux paraît puisé dans des mémoires peu certains. V―ve. DAMASCÈNE (JEAN), médecin arabe, vivait, suivant certains biographes, dans le 9. siècle; selon d'autres, dans le 11.: ceux-ci le regardent comme fils de Mésué le jeune ; ceux-là lui donnent pour père Mésué l'ancien quelques-uns veulent que ce soit le même que ce dernier. Fabricius distingue plusieurs Jean Damascène, les uns moines, les autres médecins, et parmi ceux-ci il nomme Jean Mésué Damascène, qui écrivait en arabe en 1200, et un autre qui était fils de Serapion. L'obscurité répandue sur la vie et les ouvrages de ce médecin tient sans donte au nom qu'il porte, et qui en effet est celui de plusieurs hommes illustres nés à Damas. Heusler a pourtant levé cette difficulté historique en démontrant que Serapion l'ancien ( Jahiah Ebn ), et Jean Damascène, sont réellement le même personnage, et le savant Sprengel partage cette opinion. Voici, du reste, les ouvrages qu'on lui attribue, et qui ont été traduits de l'arabe en latin par Gérard de Crémone (et non de Carmona en Espagne): 1. Aphorismorum liber, Bologne, 1489, in-4°.; Venise, 1497, in-fol., avec les Aphorismes de Rabbi Moyses et de Rhazès; Bâle, 1679, in-8°. : ces aphorismes méritent d'être lus; 11. Medicina therapeutice libri

VII, Bâle, 1543, in-fol. Cette production, corrigee et augmentée par Albanus Torinus, est, suivant Haller et Sprengel, absolument la même que ce qui nous reste de Serapion : composition, maladies, medicaments, citations, tout y est identique, ce qui confirme la décision de Heusler. On reconnaît dans les œuvres de ce médecin une prudence peu commune, de sages conseils à ceux qui veulent s'élever à la dignité de l'art, et une grande vénération pour Aristote et Galien. R—D—N.

DAMASCIUS, l'un des derniers philosophes eclectiques, prit naissance à Damas en Syrie. Il étudia d'abord à Alexandrie sous Théon et Ammenius, fils d'Hermias; il alla ensuite à Athènes, dont l'école jouissait alors de la plus grande réputation, et il y prit des leçons de Zénodore, de Marin et d'lsidore. L'empereur Justnien ayant, vers le commencement de son regne, défendu aux païens d'enseigner la philosophie, et cette défeuse ayant été suivie de quelques persécutions, Damascius, Isidore, Simplicius et les autres philosophes allèrent chercher la tranquillité dans la Perse auprès de Chosroès, qui les reçut très bien, et leur retour, avec la liberté de professer leur religion, fut une des conditions de la paix que ce prince fit avec Justinien l'an 355 de notre ère; mais les écoles de plilosophie restèrent fermées, et nous ignorons absolument le reste de la vie de Damascius. Zélé pour la reiigion païenne, telle qu'on la professat dans la secte à laquelle il était attaché, il n'avait pas osé en prendre ouvertement la défense; mais il avait ecrit une histoire des principaux chefs de sa secte, dans laquelle il leur attri buait toutes les vertus des premiers chrétiens, et même le don des mira

cles. Cette histoire n'était peut-être autre chose que la vie d'Isidore, son maître, qui était, suivant Photius, un ouvrage très étendu, et divisé en soixante chapitres. On voit en effet, par le long extrait que Photius nous en a donné (cod. 242) et les fragments nombreux que Suidas en cite, qu'il y faisait de fréquentes digressions sur les autres philosophes de cette école. Il serait à souhaiter que quelque savant prît la peine de rassembler ces fragments et de les mettre en ordre, ce qui ne serait pas très difficile, en saivant l'extrait de Photius. Il nous reste de Damascius un traité très volumineux sur les premiers principes epi pov, dont il existe un manuscrit à la Bibliothèque impériale. Il n'a jamais été imprimé; inais puisque l'inintelligible Plotin vient de trouver en Allemagne un editeur, il faut espérer qu'on exhumera l'ouvrage de Damascius pour en faire jouir les partisans de cette philosophie obscure. On en trouve quelques extraits dans le 3. volume des Anecdota de J. Ch. Wolff, et dans le Systema intellectuale de Cudworth. C-R.

DAMASE (S.), élu pape le 1er. octobre 566, succéda à Libere. Espagnol de naissance, et fils d'un écrivain, il avait reçu une éducation soignée dans les lettres et dans la piété. Admis fort jeune dans le clergé, il édifia tous les chrétiens par sa conduite et surtout par sa continence, suivant le témoignage de S. Jérôme lui-même. Il était diacre de l'église romaine, en 555, lorsque Libere, son prédécesseur, fut chassé de son siege par l'empereur Constance. Il eut la générosité de suivre l'exilé à Bérée en Thrace, et demeura toujours fidelement attaché à sa communion. Après la mort de ce pape, Damase fut

élu unanimement par la plus grande partie du clergé et du peuple romain; mais un compétiteur, nommé Ursin ou Urcisin, aussi diacre de l'église, se fit nommer par une troupe de séditieux, et sacrer par l'évêque de Tivoli, au mépris de la tradition générale, qui exige que l'ordination episcopale se fasse par trois évêques. Ce nouveau schisme fut appuyé par une fâcheuse sedition, où il y eut beaucoup de sang repandu de part et d'autre; mais le parti de Damase demeura le plus fort, et Ursin fut chassé de Rome. Ce fut après ces premiers troubles que l'empereur Valentinien ordonna que l'évêque de Rome jugerait les autres évêques conjointement avec ses collegues. Cependant l'anti-pape Ursin entretenait toujours dans Rome des partisans qui ne cessaient d'importuner l'empereur Valentinien fer. pour demander son retour. Le prince l'accorda, avec ordre au préfet de le punir sévèrement, ainsi que ses aflidés, s'ils recommençaient à brouiller. Ursin revint à Rome avec deux de ses diacres, et s'y comporta si mal qu'au bout de deux mois, il se fit chasser de nouveau. Cependant les schismatiques demeurèrent encore pendant quelque temps en possession d'une église que l'autorité de l'empereur leur fit rendre, mais à main armée. Damase, qui ne respirait que la paix, fit des voeux aux SS. Martyrs pour le retour des schismatiques; il fut exaucé à l'égard du clergé, qui se réunit enfin à lui. Quelques ecclésiastiques étaient mécontents de Damase, à cause de la sévérité qu'il maintenait dans la discipline. Il fit publier une loi de l'empereur Valentinien, rendue en 370, qui faisait défense aux membres du clergé, aux cenobites, et à tous séculiers qui menaient la vie ascétique, d'aller dans les maisons des veuves et dans celles des filles qui

demeuraient seules, et elle permettait à leurs proches ou à leurs alliés de les dénoncer. Elle ordonnait de plus qu'ils ne pourraient rien recevoir de la femme à laquelle ils se seraient particulièrement attachés, sous prétexte de direction spirituelle, ou de quelque autre motif de religion, ni par testament, ni par quelque autre sorte de donation que ce pût être, ni même par une personne interposée, à moins qu'ils ne fussent les héritiers naturels de ces femmes par droit de proximité. Gette loi est un monument des mœurs du temps. Damase eut à combattre l'Arianisme que l'empereur d'Orient protégeait, et au sujet duquel il persécutait S. Athanase, évêque d'Alexandrie. Dans un concile qui se tint à Rome, Ursace et Valens, deux évêques d'Illyrie, furent condammés pour ces erreurs. S. Athanase écrivit au pape pour le remercier de son zèle. S. Basile, évêque de Césarée en Cappadoce, l'exhortait en même temps à travailler à la réunion des églises d'Orient et d'Occident. Le pape assembla à Rome un autre concile composé de quatre-vingt-treize évêques. Auxence, usurpateur du siége de Milan, et ses adhérents y furent condamnés, et la foi de Nicée confirmée. D'autres schismatiques, les lucifériens, excitèrent aussi le zèle et l'animadversion de Damase, qui fit envoyer en exil un évêque et un prêtre de cette secte. Les douatistes avaient aussi, sous ce même pape, un évêque qui résidait dans Rome, et que l'on envoyait d'Afrique, où était toujours le centre du schisme. Deux hérésiarques, Apollinaire et Timothée son disciple, qui n'admettaient point d'entendement humain en J.-C., mais seulement la substance corporelle, furent condamnés aussi dans un concile tenu en 376. Cependant, la vertu

de S. Damase lui-même fut attaquér C'était Ursin et son parti qui favorisaient ces accusations. Valens étant mort, Gratien lui avait succédé, et eleva bientôt le jeune Théodose à l'empire. Ce fut dans ces circonstances que se tint le concile d'Aquilée en Occident. Là furent examinées les imputations dont on chargeait la conduite de S. Damase. Ne pouvant attaquer sa foi, on avait essayé de rendre ses mœurs suspectes; mais la calomnie fut confondue, et le pape sortit de cette lutte plus pur et plus respecté que jamais. S. Damase se vit en butte aux priscillianistes. Il refusa de voir Priscillien, leur chef, qui se présenta devant lui pour se justifier. Les païens regar daient Damase comme un redoutable adversaire; car il s'opposa fortement au rétablissement de l'autel de la Victoire au milieu du sénat. Il se chargea dans cette occasion de la requête des sénateurs chrétiens contre celle des sénateurs païens; il l'adressa à S. Ambroise, qui sut la faire valoir auprès de Gratien et de Valentinien le jeune, et sa demande eut un heureux succès. Au courage apostolique, Damase joi gnait une charité bienfaisante, et il n'y avait personne qui n'eût part à st bienveillance. Au concile qui se tint à Rome pour prononcer sur la légitimite de l'évêque d'Antioche, on remarqua S. Ambroise, S. Valérien, S. Ascole et S. Jérôme. Celui-ci continua de demeurer avec Damase, lui servit de secrétaire, et l'aida de ses conseils et de sa plume éloquente dans tous ses travaux apostoliques. Entre autres ouvrages célèbres et utiles, ce fut alors que S. Jérôme travailla à corriger la version latine du Nouveau Testament, et qu'il composa le dialogue contre les Luciferiens. S. Damase. après avoir gouverné l'église pendant dix-huit ans et quelques mois, mou

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