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OPERA SELECTA SCRIPTORUM ORDINIS PRÆDICATORUM

VOL. I.

BEATI IOHANNIS DOMINICI

CARDINALIS S. SIXTI

LUCULA NOCTIS

Texte latin du XVe siècle, précédé d'une Introduction, édité et annoté

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C 649.9.31

HARVARD COLLEGE

OCT 26 1922

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AVANT-PROPOS

Le document que nous présentons aujourd'hui aux Quattrocentistes et à tous les érudits, amateurs des choses de l'Humanisme, concerne les luttes qui surgirent dans la société chrétienne, à la suite de la restauration des lettres païennes. L'histoire du conflit entre les deux civilisations qui se heurtèrent, comme à l'improviste, est encore à écrire. J'entends l'histoire vraie. C'est que les constructions hâtives de l'histoire, aussi bien que les hypothèses mal vérifiées de la science, sont le plus grand obstacle à la marche de la vérité, surtout à sa pénétration normale dans les milieux moins préparés. De même que la science vit de contrôle, l'histoire, elle, se nourrit de documents et non de déclamations d'une éloquence toujours douteuse. C'est pourquoi nous avons cru marquer plus simplement et plus sérieusement notre sillon dans ce champ immense de l'analyse historique, en essayant de déchiffrer un des documents les plus caractéristiques du Quattrocento à ses débuts. Ce sentiment d'utilité scientifique a été notre meilleur réconfort au cours de ces longs et arides travaux.

Jusqu'à ce jour, l'œuvre de Giovanni Dominici, plus connu dans l'histoire politico-religieuse de son temps sous le nom de Cardinal de Saint-Sixte ou d'Archevêque de Raguse, n'était pas totalement oubliée, de nom du moins, des historiens de l'Humanisme et de la Renaissance. L'énigme de son titre plein de saveur venait à point égayer une phrase à effet, mais justement, l'effet produit, on passait.

A part l'énoncé des principales thèses de la « Lucula », invoquées par un des plus récents biographes de Dominici, en vue de caractériser l'attitude du réformateur en face de l'Humanisme naissant, on peut dire que ce livre jusqu'à nous était demeuré un livre scellé, bien gardé d'ailleurs contre les incursions d'érudits trop pressés, en quête de travaux faciles, par son ampleur autant que par la grande difficulté de restituer un texte aussi complexe. Il semble vraiment que le grand jour ait été jugé fatal à l'humble « Lucciola», dont cinq siècles d'oubli avaient déjà fortement atténué l'éclat. Et cependant, la « Lucula » mérite un regard plus attentif. Historiens et moralistes ne la liront pas sans profit. Elle entre dans le champ de l'Histoire générale par la situation qu'elle résume; de plus, le problème de la révolution intellectuelle et morale de la fin du Moyen Age et de l'apparition de l'esprit nouveau trouve ici son exposé le plus ample, fait par un contemporain et au centre même de l'Humanisme, à Florence.

Sans doute, la forte et originale personnalité de Dominici, son rôle dans les affaires religieuses et politiques de l'Europe étaient de tous points capables de ramener l'attention du monde savant sur cette œuvre de polémique, mais la « Lucula Noctis » est aujourd'hui presque une actualité. Les érudits, en effet, ont accueilli avec le plus vif plaisir l'apparition de l'« Epistolario di Coluccio Salutati » Ce vaste recueil, qui forme une mine inépuisable de renseignements précieux sur les personnes et sur les choses de la fin du Trecento, a trouvé dans M. Francesco Novati le savant en même temps que le fin lettré qu'il fallait pour mener à bien un pareil travail. C'est à Coluccio Salutati que Dominici a dédié son ouvrage, et c'est en écrivant la réponse à la « Lucula Noctis » que la plume du vaillant chancelier de la République florentine s'est brisée.

On ne saurait trop regretter que la mort n'ait pas accordé quelque délai au valeureux champion de l'Humanisme, qui avait enfin trouvé dans le moine austère de Santa Maria Novella un adversaire digne de lui.

M. Novati a publié ce fragment de réponse, mais c'est de l' « Epistolario » tout entier que nous nous déclarons débiteurs. Mieux qu'aucune autre source, en effet, les lettres de Coluccio Salutati nous ont fait pénétrer dans cette mentalité, dont la « Lucula » instituait le procès. Ainsi le traité de Giovanni Dominici illustre à son tour

cette figure sympathique dont l'« Epistolario » nous a révélé l'âme fine et forte.

Et puisque nous en sommes à nous libérer des dettes de reconnaissance que nous avons pu contracter au cours de notre travail, c'est par le R. P. Mandonnet, le savant auteur de « Siger de Brabant et l'Averroïsme latin au XIIIe siècle », que nous aurions du commencer, en rendant hommage à la large hospitalité du savant et à la condescendance de l'initiateur.

J'ai aussi de grandes obligations à MM. les Conservateurs de la Laurenziana, à Florence, et de la Casanatense, à Rome.

Nos remerciements s'adressent également à M. le professeur Wilmanns du département des Manuscrits, à la bibliothèque royale de Berlin.

Enfin, à tous ceux qui, au cours de ce travail ingrat, ne nous ont pas ménagé le secours d'encouragements discrets, délicats et profonds, nous faisons hommage de l'humble « Lucula » dont les ailes lumineuses pourront encore, je l'espère, jeter dans la nuit leur brève traînée d'argent.

Rome, octobre 1907.

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