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fut depuis établi en Angleterre. Dans cet ouvrage, Hobbes semble avoir fait une apologie exclusive de la monarchie absolue; et parce que l'anarchie l'avoit trop frappé, il lui opposa le despotisme, comme si on ne pouvoit combattre un excès que par un autre, et qu'il n'y eût pas un juste milieu où doit se trouver le point de vérité également éloigné des deux extrêmes.

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Hobbes est un exemple très frappant qui prouve combien la sensibilité d'un homme peut affecter ses principes. I retourna en Angleterre, et y acquit l'estime de Charles II, qui lui donna une pension. Hobbes signala sa vie littéraire par plusieurs autres ouvrages, dont quelques-uns lui attirerent des persécutions, et qui, remarquables dans le temps, sont devenus de peu d'importance aujourd'hui par la progression réelle des lumieres.

Nous nous bornerons ici à dire un mot de l'ouvrage dont nous exposons l'extrait. La premiere partie est au-dessus de tous les éloges. L'auteur y a surpassé tous ceux qui avoient traité avant lui le même sujet. Il prend l'homme dans l'état de nature, et démontre parfaitement la nécessité où il est, pour son avantage, de passer dans l'état social. Après avoir médité cet ou vrage, on ne conçoit plus comment notre célebre J. J. Rousseau, qui paroît l'avoir beaucoup étudié, a pu composer le traité de l'inégalité des conditions. On ne peut expliquer cette opposition que par l'empire de nos affections sur nos principes. Malgré toute l'éloquence du citoyen de Geneve, on sera forcé d'être de l'avis de l'auteur anglois sur ce point. Il eût éré à desirer que celui-ci n'eût pas en quelque sorte dérogé dans le reste de son ouvrage : mais, supérieur dans les parties ratio.

nelles, il fut foible en connoissances expérimentales que son siecle ne pouvoit lui offrir encore; et si, pour éviter l'anarchie, il ne trouva de ressource que dans le despotisme, c'est qu'il ne connoissoit pas bien les constitutions mixtes, dont sa patrie donna le premier modele.

HOBBES

OBBES a divisé son ouvrage en trois parties, la liberté, l'empire, la religion.

Dans la premiere, il examine l'homme dans l'état naturel, et trouvant dans l'exercice de la liberté la plus absolue, des causes de violence et de guerre continuelles e tre les individus, il démontre que cet état malheureux les a forcés à chercher un elat plus tranquille.

Dans la seconde partie, il fait voir que les loix naturelles, sans coërcition quelconque, étant insuffisantes pour la sûreté des individus, la souveraineté, c'est-à-dire, une volonté publique réprimante et absolue, est devenue nécessaire au bonheur des hommes. Il définit les trois principaux genres de constitutions politiques auxquels toutes les autres especes se rapportent plus ou moins.

Dans la troisieme partie, il démontre que les principes qu'il a établis sont conformes

aux obligations que la religion naturelle impose, et aux commandemens que la religion révélée a prescrits.

PREMIERE PARTIE.

La société ne s'est pas formée parmi les hommes par un simple motif de bienveillance de chacun des contractans envers les autres. Chaque individu se préférant à autrui, seroit bien plus porté à lui commander pour son propre intérêt qu'à se réunir avec lui. Aujourd'hui même, que les associations humaines sont établies sur toute la surface du globe, et qu'on en éprouve tant d'avantages, on est forcé de reconnoître par-tout des germes de division plus ou moins développés, des causes plus ou moins actives de dissociation.

Pour trouver donc la vraie cause de l'association des hommes, il me semble qu'il faut considérer attentivement l'état qui l'a précédée. Cet état est l'état naturel: fictif on non, il a précédé, du moins dans l'ordre de nos idées, l'état social.

La nature, en créant les hommes, n'a affecté pour aucun la portion du terrein qui étoit nécessaire pour fournir à sa subsis

A

tance. La terre est un domaine qu'elle a donné à tous en commun: encore a

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t-il

fallu que le genre humain en disputât la jouissance aux animaux. Tant que les hommes ont été en petit nombre, la chasse, la pêche, les productions spontanées ont pu suffire à leurs besoins. Tout étoit à tous; mais ces ressources sont devenues insuffisantes à leur multiplication. La nécessité de vivre a introduit la guerre : les objets des besoins, des appétits, ont été opiniâtrement disputés; dans une continuelle activité des facultés de la force et de la ruse, les hommes se sont unis et détruits réciproquement. Cette guerre interminable a fait sentir à chacun, à chaque instant de son existence, le danger imminent de sa destruction; . mais la nature ayant mis dans tous les cœurs l'horreur de la destruction, chaque individu a dû soupirer après un état dans lequel il pût trouver sa sûreté.

Cet état est l'association de plusieurs pour se défendre et se soutenir. Chacun de ceux qui la composent a un intérêt égal à y rester attaché. Cette association se sera agrandie par le consentement ou par la force par ce dernier moyen, lorsqu'on oblige les vaincus à s'incorporer dans l'as

sociation; ce qu'on a droit de faire, puisque la sûreté des membres qui la composent augmente en raison du nombre des associés.'

Ce sont donc la crainte et le besoin ré ciproque de protection qui ont fondé la société.

Des loix naturelles à l'égard des conven

tions.

La loi naturelle n'est pas le consentement des hommes; puisque ceux-ci la violent plus.. souvent qu'ils ne l'observent; puisqu'ils blâment dans autrui ce qu'ils approuvent en eux ; qu'ils louent avec affectation ce qu'ils méprisent dans le secret de leur conscience; qu'ils acceptent souvent leurs opinions plutôt par oui-dire qu'ils ne les forment par euxmêmes; et qu'enfin c'est moins la raison qui les gouverne que les passions qui les abu

sent.

La loi naturelle, pour la définir, est donc ce que la raison nous dicte, comme devant être observé ou évité

pour nous conserver le plus long-temps qu'il est possible.

La premiere et la plus fondamentale de ces loix, est qu'il faut chercher autant qu'il est possible la paix pour obtenir sa conser

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