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respect, mais encore avec confiance, et la gratitude le pressera de lui obéir.

Et que l'on n'ait pas peur qu'une crainte servile vienne se mêler à ces nobles sentiments et en dénaturer l'effet. Le Cours de langue ne conduira pas ses élèves aux pieds du Sinaï pour leur faire entendre les éclats de tonnerre qui ont dû inspirer une crainte salutaire à un peuple de dure cervelle. De jeunes chrétiens seront ses disciples, et c'est le Dieu de l'Évangile qu'il leur mettra constamment devant les yeux.

Aux nobles sentiments que nous venons d'indiquer, se joindra dans les enfants l'amour inné du bien; car ce sera le Père saint que nous tâcherons de leur faire connaître. Ainsi pour eux la sainteté ne sera pas une idée abstraite, vague et froide comme glace; mais elle sera une réalité vivante et une source inépuisable de vie, de merveilles, d'ordre et de beauté. Nos enfants ne seront pas encore susceptibles de cet amour pur qu'éprouvait Fénelon au moment où il écrivait les Maximes des saints; mais comme ils aiment naturellement le bien pour le bien, ils apprendront aussi à aimer Dieu pour Dieu même, bien qu'en proportion de leur âge et de leur développement.

§ II. Le souvenir du Sauveur.'

Le Cours de langue renforce aussi l'empire de la conscience par le souvenir du Sauveur qu'il tâche de rendre familier à ses élèves. Toutefois il n'en parle qu'en passant pendant une longue série de leçons, parce qu'il est tout occupé à donner à la piété envers le Père céleste tous les soins que demande le premier article du symbole auquel se rattache le second. Ce n'est qu'à la fin de la deuxième partie de la syntaxe (chap. xxvi) que la mère conversant avec son fils, commence à lui parler de J.-C, de sa doctrine, de son œuvre et de son caractère. Elle prépare par là l'enseignement qui prend beaucoup de place dans la troisième partie de la syntaxe, puisqu'il est le sujet des nombreuses récapitulations qui s'y trouvent .

Le Sauveur est le modèle sur lequel le Cours de langue veut former ses élèves, et pour qu'ils puissent l'imiter, il faut bien qu'ils aient appris à le connaître. et que son souvenir les accompagne dans la vie. Il est puissant en morale ce beau souvenir. Il tient en éveil l'amour inné du bien, et il le fortifie en lui montrant comment il doit combattre , comment il peut vaincre, et où la victoire le conduit. Par ce souvenir le penchant naturel à l'imitation est excité dans les élèves, il est dirigé vers le but le plus noble, et il vient en aide à l'amour du bien. Il y a encore dans la nature humaine un autre ressort que le souvenir du Sauveur met en mouvement au profit de la moralité, c'est la reconnaissance. N'est-ce pas lui qui nous a révélé notre Père céleste et qui, pour accomplir l'œuvre de salut, s'est immolé sur la croix pour nous? On ne saurait y penser sans désirer de lui plaire, en faisant ce qu'il aime, et en particulier en pratiquant le commandement de la charité fraternelle qu'il appelait par excellence le sien.

§ III. Nos vrais intérêts dans cette vie.

Ce ne sont pas des intelbgences célestes et encore moins i des divinités que le Cours de langue aura devant lui, mais des hommes revêtus de chair, pleins de désirs comme de, besoins, et au surplus des hommes dans l'enfance. Ces; jeunes créatures portent toutefois en elles un précieuxi trésor, mais elles le portent, selon l'expression de l'Apôtre, dans des vases de terre.

C'est dire que le Cours de langue, tout en s'adressant dans ses élèves à ce que la nature humaine a de plus relevé et de plus beau, ne néglige pas un ressort moins noble à la vérité, mais pourtant inséparable de la condition humaine. Ce ressort, c'est l'amour indélébile du bonheur que nous cherchons incessamment, parce que nous ne l'avons pas, et que nous ne pouvons pas le créer.

Le rigorisme germanique, dont je viens de parler, a hautement déclaré que toute vertu est anéantie chez nous, dès que l'intérêt personnel entre pour quelque chose dans notre soumission aux ordres de la conscience. Voilà ce qui arrive, lorsqu'en raisonnant sur l'homme, on mutile sa nature, c'est-à-dire, lorsque l'on ne relève que l'un de ses éléments, et que par une fâcheuse partialité on jette les autres dans l'ombre, comme s'ils n'existaient pas.

Toutefois la conscience nous proclame des ordres qui ne sont pas puisés dans notre intérêt personnel; mais cette môme conscience ajoute une sanction à ses préceptes et à ses défenses. Ne nous crie-t-elle pas : « Sois bon et tu seras » heureux; mais tu ne le seras pas, si tu fais le mal? » Voilà donc la conscience, l'interprète du Créateur au sein de l'homme, la voilà qui par ses promesses et ses menaces, met notre intérêt personnel à son service. Voilà la nature humaine comme Dieu l'a faite, et voilà l'Évangile comme le Sauveur l'a apporté du ciel sur la terre, et comme il l'a pratiqué, lui qui est monté sur la croix sachant que de là il allait monter chez son Père et le nôtre.

Ainsi le Cours de langue, d'accord avec la conscience, son Auteur et l'Évangile, se servira aussi de l'amour inné du bonheur dans l'intérêt de la morale. Il n'en fera pas une petite, ignoble et indigne spéculation qui pense faire du juste et de l'honnête avec de l'agréable et de l'utile. Ce ne serait pas là de la morale, mais un vain et coupable simulacre du bien. Toujours il puisera à sa source qui est toute désintéressée, mais il cherchera à) rattacher les jeunes volontés au moyen de l'amour du bonheur.

Pour obtenir ce résultat, il rendra ses élèves attentifs à la justice qui dès cette vie s'exerce dans l'intérieur de l'homme, indépendamment des événements extérieurs qui trompent si souvent tous les calculs. A cet effet il aura soin de relever les grandes différences entre la condition des bons et celle des méchants. En voici une indication.

1° « Qui fait le péché, a dit le Sauveur, est esclave du péché, » et c'est ce qu'éprouvent douloureusement tous ceux qui se laissent aller à la cupidité, à l'avarice, à 1 orgueil, à l'ambition, etc. Ces passions, outre les inquiétudes et les regrets qui en sont inséparables, enfantent encore l'envie, la jalousie, la haine et leurs tourments. Les justes au contraire jouissent de la liberté des enfants de Dieu, et les affections qui les animent sont aussi douces qu'elles sont belles.

2° Précisément parce qu'ils vivent d'accord avec leur conscience, ils ont la paix intérieure; tandis que les méchants ne peuvent pas échapper entièrement à l'amertume des remords.

3° A chaque retour sur eux-mêmes ils sont forcés de se mépriser, et toujours ils craignent les regards d'autrui. De leur côté, ayant l'approbation de leur conscience et le sentiment de leur dignité, les bons osent se montrer à découvert.

W Ils osent aussi lever les yeux vers le Créateur et le Père, et converser avec lui en toute confiance ; tandis que les pécheurs, convaincus qu'ils sont de leur indignité, sont condamnés à ne regarder que la terre comme la brute.

5° Ils sont coupables, etilsontpeur de Dieu et de sa justice que la conscience leur prophétise. Elle tient un tout autre langage aux justes, et la crainte chez eux est remplacée par l'espérance.

Telles sont les différences entre la condition des bons et celle des méchants. C'est dans l'intérieur que se fait cette justice, et l'on a raison de dire que le bien se récompense lui-même, tandis que le mal même produit sa punition, indépendamment tle ce qui se passe au dehors.

Comme l'éducation doit être prévoyante, et que les élèves auront les combats de la vie à soutenir, le Cours de langue leur fera connaître cette justice qui se fait dans l'intérieur de l'homme. Il pourra déjà en appeler en petit à leur expérience; car ils auront déjà tant soit peu goûté les fruits du bien et du mal. Quelques traits puisés dans l'histoire sainte leur apprendront ce qu'ils ne savent pas, et qu'il leur est avantageux de connaître, pour se fortifier dans le bien.

§ IV. La pensée de Véternité.

Viendra le temps où entrant dans le monde nos élèves auront à se défendre contre ses mauvaises maximes, ses exemples, ses séductions, et il faut dans leur éducation non-seulement prévoir ces dangers, mais donner à l'âge tendre la force de les surmonter. La pensée de l'éternité leur offre ici de grands services, et le Cours de langue s'appliquera à la leur rendre familière, en y revenant fréquemment.

«L'homme moissonnera dans l'autre vie ce qu'il aura semé dans celle-ci. » Voilà la grande vérité évangélique qu'il redira souvent à ses élèves; afin qu'elle se présente à leur pensée chaque fois qu'ils seront tentés d'entrer dans la mauvaise voie. Ainsi les graves intérêts de l'éternité deviendront le contre-poids des petits mais pressants intérêts de la vie, et la conscience pourra se faire entendre et se faire obéir.

Ce n'est pas au Cours de langue à donner à la grande vérité évangélique tout le développement dont elle est susceptible ; mais il aura pourtant d'utiles explications à donner sans sortir de son domaine, et il les donnera. Comme il s'applique d'office à faire distinguer l'âme de ses organes terrestres, il détachera de notre seconde vie tout ce qui tient à notre passagère enveloppe, à ses besoins et à ses ressources, à ses jouissances et à ses maux, à ses bonnes et mauvaises qualités. Les âmes seront nues dans ce nouveau monde, mais d'abord elles seront au moral ce qu'elles étaient ici-bas. Elles partent de la terre avec les pensées qu'elles ont acquises, avec leurs lumières ou leurs ténèbres, avec leur sagesse ou leur folie. Elles en partent avec leurs sentiments bons ou mauvais, avec leurs vertus ou leurs vices. Elles en partent enfin avec le souvenir de leur conduite, et dès lors avec l'approbation ou le ver rongeur de leur conscience, ver dont les morsures seront d'autant mieux senties que les coupables ne seront plus distraits par les affaires et le tumulte de la vie.

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