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Sauveur aimait à caresser el à bénir, et qu'il proposait à ses disciples comme des modèles d'innocence et d'humilité, en leur disant ces mémorables paroles :« Si vous ne devenez » pas comme de petits enfants, vous n'entrerez pas dans » le royaume des cieux 1.. »

Les écarts de l'enfance sont ceux de la tendance personnelle , qui est la plus précoce dans le développement de la nature humaine, et qui trouve malheureusement de fréquentes incitations dans les exemples et les paroles d'aulrui. Mais soyez justes envers ces élèves, et que le mal qui vous afflige en eux, ne vous empêche pas de voir tout le bien qu'ils apportent à vos leçons. Je ne vous parlerai pas des facultés intellectuelles, qui toutes ont été éveillées sous le toit paternel, et qui se sont toutes développées; ce qui est une grande avance pour l'éducation, attendu que vous avez le moyen de leur parler au cœur en parlant à leur esprit . Mais sous le rapport du cœur ils ont fait beaucoup plus de progrès que vous ne le pensez peut-être.

Interrogez ces jeunes élèves sur le bien et le mal qui est à leur portée, ou si vous le préférez, prêtez une oreille attentive aux jugements qu'ils portent non-seulement sur les actions, mais encore sur les affections d'autrui, et vous vous convaincrez bientôt que la tendance morale s'est grandement éveillée dans un âge encore bien tendre, et, pour ainsi dire, dès les premiers pas dans la vie. L'amour inné du bien et la haine du mal se montreront aussi à côté de la conscience qui juge, et vous en ferez l'expérience chaque fois que dans un trait d'histoire vous retracerez la vertu ou le vice avec leurs couleurs. L'une recevra l'hommage qui lui revient , et l'autre le tribut de dégoût et de réprobation qu'il mérite. La parole des élèves vous le dira, si vous le demandez, et avant la parole l'œil et l'expression de la physionomie vous l'auront dit, si vous savez lue ces caractères. Nous avons déjà

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observé que le sentiment de la justice se manifeste bien vite dans les enfants, et nous pouvons conclure que la tendance morale est déjà grandement développée dans nos élèves de sept à huit ans.

C'est eu vain toutefois que vous chercheriez en eux la vertu ou la force morale de l'âme, qui met constamment le devoir avant le plaisir, et qui triomphe constamment de tous les désagréments qui peuvent se présenter sur la route du bien. Cette force morale ne naît point avec nous; car elle est le résultat des efforts que nous faisons librement sur nous-mêmes, résultat qui demande du temps, comme un courage à toute épreuve.

Mais jetons encore un coup d'œil sur nos élèves de sept à huit ans, et à côté des bonnes dispositions morales, nous en trouverons d'autres qui viennent au-devant de l'éducation que nous pensons leur donner, ,1e n'ai pas besoin de dire que la piété filiale s'est éveillée en eux dès le berceau, et que si elle a été fréquemment en faute, elle ne s'est pas éteinte dans ces jeunes cœurs; quelquefois même vous trouverez qu'elle a grandi avec l'âge, et qu'elle s'est élevée jusqu'au sacrifice. En général toute la tendance sociale se montrera plus ou moins dans vos élèves. Vous trouverez dans leur conduite des marques de reconnaissance, de compassion, de bonté, d'amitié, et même de dévouement. Souvenez-vous que les enfants sont des créatures légères comme les petits oiseaux, et ne vous attendez pas à trouver en eux des affections constantes, comme on a droit de les exiger de vous qui avez mûri avec les années, l'expérience et la réflexion. La reconnaissance chez l'enfant ne survit guère au bienfait qui s'est perdu dans le passé; mais elle s'est montrée, et elle pourra revenir. La pitié suppose que les souffrances sont connues; et les enfants n'en connaissent encore qu'une très-petite partie ; parce que l'expérience ne les a pas encore instruits, et qu'ils ne peuvent pas sympathiser avec ceux qui les endurent. Ce sont donc les connaissances qui sont ici en défaut; le cœur est sans reproche.

De son côté la tendance religieuse a aussi été avertie par la mère dans vos élèves, et elle a répondu à l'appel maternel. Cette réponse, il faut le dire, n'est encore qu'un bien faible écho; mais n'oublions pas que la piété est un élan sublime au-dessus du monde sensible, et que même à leur âge nos élèves sont incessamment appelés vers les objets qui incessamment frappent leurs sens. Ainsi, pour que la piété, qui n'est encore chez eux qu'une étincelle qui s'enflamme un instant pour disparaître aussitôt, devienne le feu sacré que le divin Sauveur est venu allumer sur la terre, il faudra donner à ces novices de la vie l'habitude de s'élever au-dessus du monde visible, de retrouver le Créateur invisible dans ses œuvres visibles, et de lire l'avenir dans le présent.

De ce que nous venons de dire sur l'état moral des élèves arrivant au Cours de langue, il résulte d'abord qu'ils sont encore à une énorme distance du terme où nous pensons les conduire. Pour y être arrivé, il faut aussi pouvoir dire de soi comme le divin Maître: « Ma nourriture est de faire la volonté de celui qui m'a envoyé et d'accomplir son œuvre. » Puis il faut comme lui aimer tous les hommes dans leur Père commun, et les aimer au point de s'oublier soi-même pour s'immoler à leur salut, s'il le faut. Oh! que nos élèves sont loin de cette charité chrétienne! Il y a là du travail pour une vie tout entière, et l'apôtre des nations, quelque avancé qu'il fût dans cette noble carrière , confessait hautement qu'il avait beaucoup de chemin à faire pour atteindre son Maître et son Sauveur 1.

Il ne faut pas cependant qu'envisageant la sublimité du but, nous perdions de vue le bien qui a commencé à se développer dans nos élèves. Si nous voulons être justes, nous trouverons que, comparativement au point d'où ils sont partis, ils ont déjà fait de grands progrès. Nous en saurons gré à la mère qui leur a donné les premiers soins, et à tous ceux qui ont secondé son travail. Nous appor

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terons volontiers notre part à cette œuvre de salut, espérant que le Ciel bénira aussi nos efforts.

§ II. Services que le Cours de langue maternelle doit rendre à l'éducation du cœur.

Nous avons signalé au livre précédent les services que l'enseignement de la langue, s'il est bien ordonné, peut rendre à la jeunesse sous le rapport de la culture des facultés intellectuelles. Nous avons, à cet égard, indiqué les points principaux sur lesquels il doit porter la pensée de ses élèves, puis les exercices auxquels il doit la soumettre pour lui donner de l'ouverture, de la justesse et de l'aplomb. Il s'agit maintenant de voir si ce même enseignement est propre à former les jeunes cœurs sur le modèle que nous avons choisi, et que tout chrétien doit imiter, s'il ne veut pas profaner son nom.

Pour décider la grande question, nous nous reporterons aux soins qu'ont reçus nos élèves sous le toit paternel, et aux résultats qu'ont obtenus ces soins. Par la sollicitude maternelle, toutes les nobles tendances de la nature humaine ont été mises en jeu dans nos élèves, et elles se prononcent plus ou moins, non-seulement dans leurs paroles , mais encore dans leur conduite.

Et à quoi devons-nous cet heureux résultat, si ce n'est à la parole de la mère, qui, en déliant la langue de son nourrisson, s'est empressée de mettre goutte à goutte dans son esprit les vérités chrétiennes, persuadée qu'elle était que ces vérités produiraient sur le cœur et la vie de son tendre élève l'effet qu'elle en éprouvait elle-même? Dans l'abandon où nous laissons l'éducation des femmes, vous trouverez peu de mères qui aient connaissance de la grande maxime: « Noius agissons comme nous aimous, . f et nous aimons comme nous pensons. » Mais le bon sens leur a fait connaître la chose, et elles la mettent en pratique selon le degré de leurs lumières et de la pureté de leur cœur. C'est ainsi que sans pouvoir se rendre compte des divers ressorts de la nature humaine, qu'on leur a

malheureusement laissé ignorer, elles apprennent à leurs enfants les vérités qui sont propres à réprimer les écarts de la tendance personnelle, et à exciter celles qui nous conduisent au bien.

Si nous ne parlons ici que de la mère, nous ne sommes pas assez ingrat pour mépriser l'utile influence qu'exerce le père dans l'éducation de ses enfants, ni celles que les aînés ont sur leurs cadets, ou même les bons serviteurs sur la famille de leurs maîtres. Nous nommons la mère comme jouant le premier rôle en qualité d'éducatrice des jeunes créatures qu'elle a portées longuement sous son cœur, qu'elle a mises au jour au péril de sa vie, et qu'elle aime comme personne ne les aimera. A quelques exceptions près c'est elle qui est la première et principale institutrice de ses enfants. Aussi c'est à elle qu'avec les premiers sourires s'adressent la gratitude, l'amour et la confiance de sa famille, qui a foi en elle, et qui reçoit ses paroles comme autant d'oracles d'en haut. Ainsi reçue, la parole de la mère pénètre dans l'âme, éveille ses nobles affections, et la forme au bien.

La mère encore, lorsqu'elle parle de Dieu, a soin de lui donner le nom de Père; nom consacré par l'Évangile , et nom tout à fait à la portée non-seulement de l'intelligence de l'enfant, mais encore à la portée de son cœur. Et ici je ne dois pas oublier qu'elle s'empresse de lui parler de l'enfant Jésus, qui est venu nous instruire de la part du Père, qui a passé sur la terre en faisant le bien et en opérant des miracles, qui est mort en croix, persécuté par les méchants, qui est sorti triomphant du tombeau, et qui est monté au ciel, où il règne, et où il attend les justes pour partager son bonheur avec eux. C'est ainsi que la mère initie l'enfant au Chris tianisme, et qu'elle se hâte de le rattacher au modèle sur lequel il devra désormais former son cœur et sa vie.

Or le Cours de langue, se rattachant aux leçons de la mère, s'appliquera à perfectionner ce qu'elle a com

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