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Mais dès aussitôt qu'ils prennent assez de conception pour saisir par l'usage les expressions du langage, et se les rendre familières par l'habitude, dès qu'ils commencent à comprendre jusques à un certain point les discours des autres, et à pouvoir les imiter, dès lors on doit sans délai substituer à leur vocabulaire enfantin celui de leur langue maternelle, en les accoutumant à exprimer les choses comme les autres les expriment; il faut surtout veiller de bonne heure à ce qu'ils n'altèrent pas les mots du langage par une prononciation négligée; ce qu'on ne leur permet que trop souvent, quoiqu'on ne puisse ignorer combien il est difficile de corriger ce défaut lorsqu'on l'a laissé dégénérer en habitude.

Quand à force d'usage et d'habitude les enfants sont enfin parvenus à étendre leur vocabulaire à tout ce qui est du ressort de la vie commune, et à s'exprimer d'une manière intelligible, ce qui n'arrive guère avant l'âge de six ou sept ans, je crois que c'est alors le temps de leur apprendre à lire.

Lorsqu'on réfléchit à toute la combinaison des mouvements nécessaires pour former la parole et à toutes les difficultés qui semblent accompagner l'apprentissage dans l'art de parler, on est surpris que les enfants puissent, en si peu de temps, y faire d'aussi grands progrès. Mais la surprise cesse quand on considère que c'est la nature qui leur sert ici principalement de guide, et qu'ils font aisément tout ce qui se fait naturellement, quelque compliqué qu'il soit, surtout lorsque le besoin est plus pressant et sensible.

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Il n'en est pas de même de la lecture dont les enfants sentent beaucoup moins la nécessité, qui leur offre une suite d'opérations fort compliquées, et où la nature n'a que peu ou point de part; ils répugnent pour la plupart à un apprentissage dont ils aperçoivent d'abord toutes les difficultés et les longueurs. Mais j'estime que ces difficultés et ces longueurs rebutantes viennent principalement de deux causes, auxquelles on pourrait aisément remédier : la première c'est qu'on apprend à lire aux enfants avant qu'ils sachent parler, c'est-à-dire, exprimer d'une manière intelligible tout ce qui a rapport à la vie commune; la seconde c'est qu'on emploie pour cela une multitudes d'opérations aussi fastidieuses qu'inutiles, qu'on les exerce sur un nombre effrayant de mots sans valeur pour eux, qu'ils n'ont jamais eu, et qu'ils n'auront peut-être jamais occasion de prononcer. Qu'on n'apprenne à lire aux enfants qu'après qu'ils auront appris à bien parler; qu'on ne les exerce que sur des mots intelligibles pour eux, sur des livres dont ils puissent comprendre toutes les expressions, et qui aient pour eux quelque chose d'attrayant, j'ose répondre qu'ils apprendront à lire sans répugnance, sans effort et en très peu de temps.

On aidera aux progrès de la lecture, en y joignant l ' écriture avec un peu de dessin, qui peut leur être extrêmement utile pour la suite de leurs études. Aucun art plus essentiel et d'une utilité plus universelle que celui de l'écriture ; il est bien fâcheux que dans ces derniers temps on en ait rendu l'apprentissage si long et dispendieux, par une foule d'opérations aussi minutieuses que superflues.

On aura soin en même temps de fournir sans cesse aux enfants de nouvelles occasions d'étendre leurs idées et leur nomenclature, de les exercer dans la bonne prononciation et dans l'orthographe, autant qu'on peut le faire par l'usage ; on y joindra les premières notions des nombres, la connaissance du livret et des opérations fondamentales sur des nombres peu compliqués; avec cela on aura fait, à mon avis, tout ce qu'il convient de faire dans la première institution jusqu'à l'âge de huit ou neuf ans.

Voyons ce qu'on pourrait faire dès lors jusques à douze ou treize ans.

Il ne s'agirait encore ni de généraliser ni de raisonner sur des principes abstraits; il ne faut à cet âge que voir beaucoup, revoir souvent pour se familiariser avec les objets et les faits, étendre ses connaissances historiques qui seules donnent l'expérience, et enrichir à mesure son vocabulaire.

De tous les objets, ceux qui se présentent aux enfants les premiers et avec le plus d'intérêt, ce sont les objets de la nature, et tout ce qui est

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du ressort de l'histoire naturelle; étude qui est d'une si grande utilité pour la vie, pour les sciences et les arts, et qui est le plus à la portée des enfants, puisqu'elle ne demande principalement que des sens et de la mémoire.

Qu'on commence donc par les mettre à portée de voir et d'observer tous les objets que peut offrir leur sol natal; qu'on les promène fréquemment dans les jardins, les prairies, les champs, les vignobles, les forêts, les montagnes, et qu'on leur apprenne à connaître et à distinguer les différentes productions végétales, arbres, arbustes, plantes, fruits, légumes, graines, fleurs qui se présentent sous leurs pas, en s'attachant principalement à celles qui sont le plus généralement connues par leur utilité pour les animaux et les hommes; qu'on les familiarise avec leurs figures, leurs couleurs, leurs principales propriétés et usages, leurs différentes cultures, tous leurs caractères distinctifs et leurs noms dans la langue maternelle, et même dans le jargon du pays.

On leur présentera de même tout ce que le pays fournit en fait d'animaux, quadrupèdes, reptiles, poissons, coquillages, oiseaux, insectes, en leur faisant remarquer leurs différentes parties, la différente structure de leurs membres, de leurs organes, et ce qu'on pourra leur faire comprendre de la convenance de tout cela avec leur destination, leur genre de demeure et de nourriture, et l'instinct qui est propre à leur espèce; on y joindra toujours à mesure la nomenclature correspondante.

On ne négligera pas non plus les fossiles, minéraux, pierres, pétrifications et autres substances que la terre renferme dans son sein; on leur en mettra sous les yeux des échantillons, \ en leur en faisant observer les caractères distinctifs ; on leur en indiquera les noms avec les principaux usages qu'on en tire et les lieux où on les trouve. Ce qui, dans les trois règnes échappe à la simple vue, pourrait être mis à la portée de leurs yeux, à l'aide du microscope.

Il serait bien à souhaiter qu'on pût donner aux enfants quelque connaissance des productions étrangères, surtout de celles qui sont les plus renommées par leur rareté ou leur utilité, et comme objets de commerce. Il faudrait pour cela qu'on prît soin d'établir partout où l'on cultive les lettres des collections ou cabinets d'histoire naturelle qui renfermassent les principales productions, soit du pays, soit de l'étranger, distribuées et arrangées dans un certain ordre, à la portée des enfants; rien ne contribuerait autant à rendre leurs connaissances sur ce point plus nettes, plus exactes et plus étendues.

A ce moyen, trop dispendieux et trop difficile même à introduire en certains lieux, on pourrait, sans grande dépense, suppléer par des livres de dessins, d'estampes, qui représenteraient les objets aussi exactement que possible, en y joignant des descriptions claires, exactes, sans être trop

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