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gulier qui les mette en état d'acquérir par euxmêmes des lumières et d'étendre leurs connaissances.

Qu'on fixe particulièrement leur attention sur ce qui s'est passé chez eux quand ils ont exercé leurs facultés, en leur faisant remarquer les occasions où ils les ont exercées avec succès, et celles où l'exercice a été défectueux et les a conduits à l'erreur. Et sans recourir encore à des règles abstraites qu'ils ne sauraient bien comprendre, qu'on s'occupe principalement à tirer de leur propre expérience des instructions sur la manière dont ils doivent procéder pour saisir et suivre toujours habituellement le vrai fil des connaissances humaines, et assurer par là le succès de leurs opérations et de leurs recherches.

Qu'on s'applique sur toutes choses à réveiller leur curiosité et leur activité pour s'instruire par eux-mêmes, et par un exercice régulier de leurs facultés, qui, en fortifiant leur esprit, l'encourage à faire chaque jour de nouveaux efforts pour se perfectionner; pour cet effet, que tout ce qu'on présente successivement à leur attention, ne leur offre point l'idée de labeur et de peine, mais toujours quelque intérêt, quelque agrément qui les excite; qu'on s'attache principalement à ce qui est le plus généralement utile, ensuite à ce qui peut être particulièrement le plus utile à ceux qu'on dirige, selon leur âge, leur état ou la vocation à laquelle on les destine, en distinguant toujours ce qui est fin et but d'avec ce qui doit

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lui être subordonné comme moyen et instrument, et en insistant le plus souvent sur ce qu'on envisage comme le plus important et qui mérite le plus d'être inculqué à différentes reprises et sous différents points de vue.

Avec cette marche d'instruction, toujours naturelle et uniforme, puisqu'on y suit l'ordre même de la génération et du développement de la pensée, et, s'il faut ainsi dire, l'échelle des connaissances humaines dressée par la nature elle-même, toujours lumineuse, puisque, lorsqu'il s'agit de pousser les enfants à quelque connaissance nouvelle, on ne suppose jamais chez eux des idées qu'ils n'aient point encore pu acquérir, avec cette marche dès là même aisée, facile et intéressante, si une fois on peut la leur rendre familière et habituelle, on parviendra à les mettre en état d'apprendre en peu de temps, soit par eux-mêmes, soit avec le secours d'une direction prudente et habile, une multitude de choses utiles que les hommes n'ont pu découvrir qu'à la longue et après bien des siècles d'observations et de recherches.

Mais qu'on ne perde jamais ici de vue cette maxime importante de l ' éducation intellectuelle, c'est que son succès ne dépend point du nombre des connaissances, et moins encore du nombre des mots qu'on introduit de gré ou de force dans le cerveau des enfants, de l'étendue de la tâche ou du cercle d'objets qu'on leur fait parcourir dans un espace de temps déterminé, mais unique

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ment du goût qu'on leur inspire pour exercer leurs facultés, de l'habitude qu'on leur fait prendre de bonne heure de les exercer avec facilité et promptitude, mais surtout des soins qu'on se donne pour assurer leurs premiers pas dans le développement de ces facultés, et les mettre ainsi en état de se former sur les divers objets des idées nettes, exactes, liées entre elles avec ordre, dont ils puissent se rendre maîtres pour les parcourir sans effort, et s'arrêter à leur gré sur chacune d'elles, en y fixant particulièrement leur attention.

Le but des études en effet n'est pas que les jeunes gens, au sortir de l'institution, possèdent toutes les sciences, tous les arts, et toutes les langues; cela serait même absolument impossible : mais qu'ils aient au moins rassemblé de bons matériaux de connaissances, et surtout qu'ils aient acquis l'art précieux de les mettre en œuvre utilement à mesure que leur esprit se développe et prend des forces nouvelles; du moins faut-il que l'éducation ait été telle que lorsqu'ils entrent dans le monde pour y exercer une vocation, ils n'aient pas à se plaindre que leurs instituteurs les ont écartés, dès les premiers commencements, de la bonne voie, et les ont mis dans la nécessité de reprendre leurs études dès les premiers fondements; qu'enfin ils puissent, sans aucun danger ni perte de temps, continuer à bâtir sur les fondements une fois posés, et à suivre pendant le reste de leur vie la marche naturelle et uniforme à laquelle ils auront été dressés et habitués dès l'enfance. Occupons-nous à présent à déterminer plus précisément et en détail quelle est cette marche qu'on devrait suivre dans l'éducation des enfants à les prendre au premier âge. mêmes de leurs progrès; et de savoir d'où ils sont partis, où ils en sont, et où ils vont; d'où résulterait une sorte d'impossibilité d'oublier ce qu'ils auraient appris, ou une facilité extrême à le retrouver, par une suite de la liaison indissoluble établie entre les divers objets de leurs connaissances.

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CHAPITRE III

Autres principes déduits des précédents pour régler la marche qu'on devrait suivre dans l'éducation des enfants, à les prendre au premier âge.

La meilleure marche serait, sans doute, celle qui réglerait l'ordre des études de manière que chacune fût précédée de celles qu'elle suppose déjà faites, et qui doivent lui servir de préparatif; une marche où la succession des connaissances serait telle que ce que chacune ajouterait à la précédente fût si simple que les enfants le saisissent sans effort et en quelque sorte d'euxmêmes; une marche où la correspondance d'une idée à l'autre fût si sensible qu'ils ne pussent jamais en perdre le fil, qu'à chaque pas ils fussent toujours en état de se rendre compte à eux

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Or cette marche demande manifestement qu'on commence l'institution des enfants par les objets à portée des facultés qu'ils peuvent le mieux exercer dans cet âge tendre, et qu'on fasse succéder les autres dans une progression qui ponde au perfectionnement successif des autres facultés, à mesure qu'ils croissent et se fortifient, soit pour le corps, soit pour l'esprit.

Avant l'institution, les enfants n'ont que peu ou point d'expérience; ils ne sont pas encore susceptibles d'une attention assez soutenue pour observer et comparer exactement les objets; ils n'ont pas même assez d'objets présents à l'esprit pour faire un nombre un peu étendu de comparaisons, ni l'esprit assez exercé pour bien saisir tout à la fois tous les détails sans lesquels on ne saurait faire des comparaisons justes; ils sont donc actuellement peu capables de s'élever aux notions abstraites et aux principes généraux, qui ne sont que l'expression abrégée ou le résultat d'idées de détail rapprochées et comparées. Tous les instituteurs conviennent' aussi qu'ils ne peuvent rien mettre à la portée des enfants qu'autant qu'ils le rapprochent des sens, de l'obser

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