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les enfants sont incapables de raisonner sur les choses qui sont à leur portée, qui tombent sous les sens, qu'ils peuvent comparer, dont ils peuvent saisir les rapports.

Peut-on douter que les enfants ne raisonnent, quand on voit qu'ils jugent assez sainement à l'œil des corps, de leur grandeur, figure, distance, selon leurs diverses positions? Ils ont acquis ces idées premièrement par le toucher; ensuite le tact est devenu chez eux en quelque sorte le maître des autres sens, par le moyen des comparaisons qu'ils ont faites des rapports de celui-là avec les rapports de ceux-ci, pour redresser les uns par les autres; ce qui leur a appris à juger par les yeux, c'est-à-dire, par la lumière et les couleurs des objets, des autres qualités de ceux-ci.

Peut-on douter encore que les enfants ne raisonnent, quand on voit qu'ils entendent si bien la valeur des signes du langage d'action, lorsqu'il s'agit de faire connaître leurs pensées, leurs désirs ou leurs craintes, de demander les secours qui leur sont nécessaires, de s'assurer des dispositions où les autres sont à leur égard? Sans doute que la nature leur a donné les premiers éléments de ce langage dans ces mouvements, ces gestes, ces cris, ces sons mal articulés, qui sont l'expression naturelle de leurs sentiments: mais pour acquérir des idées précises de la valeur de ces expressions, lorsqu'ils les emploient, ou lorsque leurs parents en font usage pour se

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faire entendre d'eux, il a fallu nécessairement qu'ils aient fait plusieurs observations, en divers cas, sur ce qui se passait chez eux, et sur ce qui se passait chez les autres, plusieurs comparaisons de situations et de circonstances, et qu'ils aient raisonné d'après un sentiment confus de la loi d'analogie, sans laquelle il ne saurait exister aucun langage intelligible.

Sans le raisonnement encore, il serait impossible à des enfants, lorsqu'ils entendent prononcer un son, à l'occasion de quelque chose qu'ils témoignent désirer, de comprendre que ce son est le signe ou le nom de la chose même, et qu'ils peuvent le substituer dans la suite à leur geste; il serait impossible qu'ils s'instruisissent, avec autant de facilité qu'ils le font, de la valeur des mots et des noms qui servent à désigner les objets, et surtout qu'ils saisissent d'eux-mêmes des analogies grammaticales assez difficiles, qu'ils en formassent de leur chef, comme ils le font, par des dérivations et des compositions, souvent plus naturelles que celles que l'usage fournit; comme, par exemple, quand on leur entend dire à le pain pour au pain, déprochez-moi pour éloignezmoi, etc., et en général qu'ils montrassent sur ce point une sagacité très frappante, qui prouve, lors même qu'ils s'écartent de l'usage, qu'ils ont très bien raisonné d'après les règles de langage qu'ils se sont formées à eux-mêmes.

Qu'on suive encore les enfants dans leurs discours sur les choses ou les personnes, leurs conversations entre eux, leurs disputes, leurs jeux, les lois qu'ils s'imposent et les applications qu'ils en font, partout on trouvera qu'ils raisonnent tout comme nous, et le plus souvent avec autant de justesse, du moins lorsqu'il s'agit d'objets sensibles, les seuls actuellement qui leur offrent quelque intérêt.

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Ce n'est point en effet la succession des années qui produit chez eux la faculté de raisonner, . elle y existe dès qu'ils ont des idées et qu'ils les comparent; l'âge ne produit d'autre effet que de tenir en garde contre la précipitation, qui est le défaut commun aux enfants lorqu'ils raisonnent, et de présenter aux hommes faits d'autres objets pour exercer le raisonnement, et leur fournir des moyens plus multipliés et plus propres à le développer.

Ainsi tout ce qu'on dit par abstraction sur l'analyse et le développement successif des facultés de l'âme humaine, ne suppose point que les enfants soient incapables d'aucune opération intellectuelle liée à l'usage de la raison; une telle supposition serait démentie par l'expérience. Dès que l'homme commence à sentir ses besoins avec une sorte de réflexion, il éprouve des désirs, et les idées des objets qui le flattent entrent dans son âme, il s'y rend attentif, il les compare et en saisit les rapports; il juge et il raisonne à sa manière : toutes ses facultés se développent à la fois pour composer successivement sa pensée; et il peut exercer tout aussi bien son intelligence pour concevoir les choses, que sa mémoire pour en retenir les noms.

Il est vrai que ses facultés sont encore bornées à un petit nombre d'objets, parce qu'il n'a pas eu le temps de voir, d'observer, d'écouter, de rassembler beaucoup de matériaux de connaissances; il est vrai qu'elles sont encore faibles faute d'exercice et d'habitude, ce grand ressort de l'activité et surtout de l'intelligence.

Mais il en est à cet égard de l'être pensant chez l'homme comme de l'être qui végète, ou de l'être animal; comme celui-ci il est dans le cas de croître et de se fortifier; il est même constitué de manière à prendre son accroissement et augmenter en forces à mesure que les organes du corps se développent et deviennent plus vigoureux : et c'est précisément ce qui nous conduit au premier et grand principe de l'éducation intellectuelle, c'est qu'au lieu de contrarier l'esprit humain dans sa constitution et sa marche naturelle, il ne faut faire autre chose que seconder les efforts de la nature, et qu'on doit s'y prendre pour aider au développement de l'âme des enfants de la même manière qu'on s'y prend communément dans leur éducation physique pour aider au développement et à l'accroissement de leur corps.

Trois choses sont estimées nécessaires pour produire ce dernier effet : 1° une nourriture salutaire et proportionnelle à leur constitution et à leur degré actuel de forces; 2° un exercice mo

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Aéré qui soutienne leur activité, et loin de l'épuiser, l'augmente; 3° une habitude d'exécuter leurs divers mouvements avec facilité et promptitude, sans contracter aucun mauvais pli ni travers, ni s'exposer à aucun danger.

On peut appliquer ces mêmes principes à l'éducation intellectuelle.

L'esprit des enfants ne peut jamais croître et se fortifier, si on ne leur donne une nourriture convenable, bien choisie, bien préparée, et telle qu'il la faut actuellement pour être proportionnée à leurs forces; qu'on éloigne d'eux tout ce qui est faux, exagéré, merveilleux, hors de toute vraisemblance, et qui n'aboutit qu'à les mettre hors d'état de goûter le vrai et de le reconnaître; qu'on en éloigne non seulement ce qui leur serait nuisible, mais encore ce qui leur serait inutile, et qu'on se borne à leur présenter uniquement ce qui peut leur être utile, et ce dont on peut leur faire sentir l'utilité, ou pour le moment ou pour la suite; sans quoi ils prendront bien vite du dégoût pour la nourriture qu'on offre à leur âme; ce dégoût s'étendra bientôt à toute occupation de l'esprit, qui ne leur paraîtra plus qu'une peine en pure perte; sur toutes choses qu'on évite avec soin de leur rien proposer qui ne soit actuellement à leur portée; aucun objet au-dessus de leur compréhension, aucune notion abstraite dont les éléments et la formation surpassent leur conception; aucun mot auquel ils ne puissent attacher l'idée déterminée que ce mot

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