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secours des mathématiques au moins élémentaires; mais on ne s'est point occupé de tous ces préparatifs. A quoi f.iut-il donc se résumer? à des principes généraux, exposés par la synthèse; mais ce n'est point synthétiquement que la physique devrait être enseignée à des novices qui ignorent encore tous les faits.

Il faut apprendre aux jeunes gens à penser : la Lojiquc est nécessaire pour développer leur jugement; mais pour comprendre les règles de l'art qui doivent diriger l'usage de l'instrument de la pensée, il faudrait connaître un peu cet instrument, l'aine humaine; il faudrait être initié dans l'analyse de ses facultés: il faudrait un peu connaître l'homme et ce qui le distingue des autres espèces; il faillirait avoir quelque teinture de son histoire, de la marche qu'il a suivie pour s'élever en connaissances, pour se former des idées des choses. et s'approprier des signes. enfin du parti qu'il a su tirer de la société pour devenir ce qu'il est: en un mot, il faudrait connaître jusques à un certain point Y Anthropologie, qui seule peut répandre un vrai jour sur toutes les sciences qui se rapportent à l'homme; mais tout cela est encore profondément ignoré de ceux auxquels il s'agit d'enseigner l'art qui peut diriger l'homme dans la connaissance du vrai.

J'en dis autant de la Morale, cette science si importante : comment serait-il possible de l'enseigner convenablement à des jeunes gens qui ne connaissent encore ni l'homme, ni sa posi

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tion, ni ses relations, ni rien de tout ce que la morale présuppose.

A quoi donc les maîtres sont-ils réduits dans leurs instructions philosophiques? A passer sur les faits, qu'ils n'ont pas le temps de détailler et développer à des jeunes gens qui les ignorent, ou à les alléguer purement et simplement comme suffisamment éclaircis, prouvés et connus, quoiqu'ils ne le soient point du tout pour ceux qu'ils enseignent, et pour l'ordinaire à en venir tout droit aux résultats, aux principes généraux, aux notions et aux formules abstraites, que les jeunes gens ne sauraient comprendre comme il faut, qu'ils prennent le plus souvent tout de travers, où ils ne voient qu'obscurité et embarras, et qui enfin, par l'impuissance où ils sont d'en faire aucune application réfléchie ni juste, deviennent nécessairement pour eux une source intarissable d'idées fausses, de préjugés, d'entêtement; d'où il ne peut résulter qu'une fausse manière de voir, d'observer, de raisonner, et le plus grand obstacle au développement de leur esprit.

On ne manquera pas de dire encore que ces eléments des sciences, comme l'étude des mots, servent du moins à exercer la mémoire des jeunes gens, en attendant que leur jugement soit plus formé, et qu'ils soient en état de les digérer, de les examiner de nouveau et les convertir en principes lumineux. A cela je réponds que si l'on veut exercer la mémoire des jeunes gens d'une manière profitable à leur esprit, il ne faut

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jamais en séparer l'intelligence des choses et l'usage de la réflexion, qui seule peut répandre sur nos connaissances la vérité, l'ordre et la clarté, d'où elles tirent tout ce qu'elles ont d'intéressant et d'utile. A quoi en effet leur servirait-il d'apprendre par cœur des choses qu'ils ne comprennent point? Après les avoir fidèlement répétées d'après leur maître, ils n'en seront pas plus instruits; ils ne sauront proprement rien que des mots, et ce qu'ils auront pu apprendre, ils l'auront bientôt oublié, parce qu'ils n'en auront senti ni l'utilité, ni la liaison avec la chaine des connaissances humaines. Veut-on orner leur esprit de connaissances réelles et durables, qu'on se garde de rien inculquer dans leur mémoire qu'ils ne l'aient auparavant bien compris, c'est-à-dire, qu'ils aient fait usage de leur réflexion, pour en bien saisir les idées selon leur ordre et leur connexion naturelle, ensorte que ces idées se trouvant ainsi liées l'une à l'autre dans leur esprit, ils n'en laissent jamais échapper le fil, et qu'elles suffisent toujours à se rappeler mutuellement l'une l'autre dans toutes les occasions; mais je m'aperçois que je suppose dans cette réponse que les jeunes gens, même les enfants, ne sont pas entièrement dépourvus de réflexion et de la faculté de raisonner. Or c'est précisément ce qui est en question. Ceux qui veulent réduire toute l'éducation intellectuelle des enfants à leur faire apprendre des mots, se fondent sur ce qu'ils sont incapables d'autre chose. C'est là le grand point entre nous. Nous allons donc détruire cette funeste opinion, et une fois détruite, nous établirons le principe opposé, c'est qu'il faut apprendre aux enfants les choses avant les mots, ou du moins ne leur apprendre les mots qu'à mesure qu'ils avancent dans la connaissance des choses.

CHAPITRE II

Principes les plus généraux qui devraient servir de base à une éducation intellectuelle véritablement utile pour étendre et pour perfectionner l'intelligence des enfants.

Les enfants, dit-on, et on le pose pour principe dans l'éducation intellectuelle, sont incapables de raisonner, et dès là même de toutes les opérations nécessaires pour acquérir la connaissance des choses.

Les enfants, j'en conviens, ne savent pas développer un raisonnement par les expressions dont nous nous servons, et sous une forme régulière dont on ne les a point encore instruits; mais s'ensuit-il de là qu'ils ne raisonnent point? C'est ce qu'on pourrait dire si c'était l'énoncé

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qui constituât l'essence du raisonnement; mais l'énoncé suppose au contraire celui-ci préalablement tout formé dans l'esprit. Les enfants peuvent dune être en défaut par rapport à l'énoncé, et néanmoins raisonner mentalement, et nous devons supposer qu'ils ont raisonné toutes les fois que nous remarquons chez eux quelque idée qu'ils n'ont pu acquérir qu'en raisonnant.

Quoiqu'en analysant les facultés et les opérations de l'âme nous semblions admettre une sorte de succession dans leur développement, il ne faut pas cependant entendre cela comme si nous supposions que l'homme sent et acquiert des perceptions longtemps avant que de juger, et qu'il juge longtemps avant que de raisonner. Non, toutes les opérations de l'àme se déploient chez l'homme dés que ses sens commencent à s'exercer et se développer. Dès qu'il a des perceptions, il les rapproche et les compare, et de là naissent aussitôt des jugements et des raisonnements. Ainsi les enfants peuvent saisir des rapports entre leurs idées, et dès là tirer des conséquences comme les hommes faits. Mais il est des objets idéaux, abstraits, non sensibles, dont les notions, qui en supposent une foule d'autres, sont très difficiles à saisir, et sur lesquels on ne peut raisonner qu'en s'appuyant sur certains principes généraux; les enfants sont, sans doute, incapables de raisonner sur ces objets, comme nous le sommes nous-mêmes de raisonner sur les choses que nous ignorons; mais en faut-il conclure que

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