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ESSAI

SUR

L'ÉDUCATION INTELLECTUELLE

PAR

A.-C. CHAVANNES

PROFESSEUR DANS L'ACADÉMIE DE LAUSANNE

(DEUXIÈME PARTIE)

DE L'imprimerie D'i. HIGNOU Et Comp.,

A LAUSANNE.
M DCC LXXXVII

CHAPITRE PREMIER

Défauts sensibles de l'éducation intellectuelle dirigée suivant l'ancienne méthode universellement adoptée.

Dans les temps primitifs les pères étaient les seuls précepteurs de leurs enfants, et ne connurent rien de plus expédient pour une bonne éducation que de les accoutumer à suivre en tout les opinions, les maximes reçues et les usages établis.

On ne faisait entrer dans le plan d'éducation ni l'étude des langues étrangères, ni celle des sciences et des arts qu'on ne connaissait pas encore. Tout se réduisait à apprendre par cœur quelques chants destinés à conserver la tradition primitive, le souvenir des événements importants, et à retracer les idées de religion et les usages qui pour lors tenaient lieu de lois.

On peut bien présumer que les pères ne négligèrent pas dans la suite de communiquer à leurs enfants les premières observations ou découvertes que les hommes avaient faites, les premières connaissances qu'ils avaient acquises sur les objets qui pouvaient les intéresser par des rapports sensibles avec leurs besoins et leurs goûts. Mais ces observations, ces découvertes, ces connaissances se réduisaient encore à des faits isolés, et en trop petit nombre pour être ramenés par l'induction à des vérités générales et employées comme principes dans l'art du raisonnement.

Nous avons vu (— partie Ire, chapitre IIme —) comment les hommes s'élevèrent peu à peu à ces principes généraux et aux expressions générales, et comment les docteurs, chargés de l'instruction des jeunes gens, bornèrent à cela leurs enseignements et adoptèrent la méthode appelée synthèse, qui commence toujours par les vérités les plus générales pour descendre de là par degrés aux particulières. Nous ne répétons pas ce que nous avons déjà dit des grands inconvénients qui résultèrent de l'emploi d'une méthode si peu propre pour instruire ceux qui n'ont point encore d'expérience; il nous suffira d'observer que dès lors toute l'instruction fut réduite à des notions générales, associées à des termes abstraits, auxquels les jeunes gens ne purent jamais attacher aucun sens bien déterminé, et dont ils durent là même faire le plus souvent des applica

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tions fausses, lorsqu'ils voulurent s'aviser de raisonner à l'imitation de leurs maîtres.

Les enfants raisonnant mal pour l'ordinaire par une suite nécessaire de cette méthode, on dit, et il passa en maxime, qu'ils sont incapables de raisonnement, et de toutes les opérations intellectuelles dont l'exercice est nécessaire pour acquérir la connaissance des choses; d'où l'on conclut qu'il fallait laisser à leur jugement le temps de se former et mûrir par lui-même et, en attendant, se borner à exercer leur mémoire sur des mots, des langues étrangères, et tout ce qui peut s'apprendre par cœur. Telle fut et telle est encore l'erreur généralement répandue; erreur destructive de toute bonne éducation intellectuelle. De là sont résultés les abus suivants, dominants encore dans tous les collèges:

On se donne beaucoup de peine pour apprendre des mots aux enfants, et peu ou point pour les instruire des choses; par on charge leur mémoire de mots qui sont pour eux vides de aens, puisqu'ils ne sauraient y attacher aucune valeur déterminée, pendant qu'ils n'ont pas acquis auparavant la connaissance des objets ou des faits que ces mots sont destinés à exprimer: cela est surtout frappant lorsqu'il s'agit des mots qui expriment des objets non sensibles, idéaux et abstraits.

On les occupe sans cesse de grammaire, dont les idées et les expressions abstraites et métaphysiques sont inintelligibles pour eux, et on

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