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le commencement du XVIIIe siècle, avant Chr.-Louis Potterat. Chavannes ne paraît pas avoir eu connaissance de Potterat. Il est singulier surtout qu'il ne fasse aucune mention de de Crousaz. Chavannes mourut au mois de mai 1800..... et ses ouvrages, hélas, moururent avec lui! Il y eut cependant, 25 ans après sa mort, un écho de son Essai sur l'Education Intellectuelle : une brochure de 16 pages parut à Lausanne, en 1825, à l'imprimerie des frères Blanchard, contenant le premier chapitre de l’Essai, précédé du suivant

DIALOGUE

entre feu M. le professeur Chavannes, mort en 1800, et feu

M. Bocherens, Conseiller d'Etat, mort en 1824. Ils se retrouvent dans la Lune, après vingt-quatre ans de séparation.

CHAVANNES. – Eh! bonjour, mon cher compatriote ! Vous voilà donc des nôtres. Vous avez bien jeune quitté cette terre où vous faisiez du bien, et cette patrie qui vous était chère.

BOCHERENS. — Je dois l'avouer, mon ancien et respectable Professeur, ce n'est qu'avec peine que je me suis séparé de mon pays et de tous ceux qui m'étaient chers; mais je vous retrouve, je retrouve des parents, des amis, et c'est pour moi une véritable consolation. Je vois d'ailleurs qu'en nous rapprochant de la divinité, il nous est permis de veiller encore sur les habitants de la terre, de partager leurs joies et d'adoucir leurs peines, sans qu'ils se doutent trop de notre influence. Quant à vous, mon ancien maître, comment arrive-t-il que je vous trouve ici dans la Lune ?

CHAV. - J'y suis venu pour me rapprocher de la terre. C'est un penchant auquel je ne saurais résister : quoiqu'en voyageant dans les cieux, nous n'en soyons pas

moins bien instruits de ce qui se passe sur ce petit globe qui fut jadis notre demeure. J'ai visité tous les mondes, et tout en me transportant de l'un à l'autre, j'ai vu se consolider l'indépendance de mon pays, et j'ai éprouvé une bien douce jouissance, en le voyant tranquille et heureux.

Boch. — Nous avons fait de grands pas, mais il en reste beaucoup à faire encore. Vous, si pieux, si savant et si habile, faites entrer de plus en plus dans toutes ces têtes que vous voyez là-bas, un esprit de sagesse et de bon conseil.

Chav. — Vous-même, mon cher concitoyen, continuez votre cuvre. Votre patriotisme et vos lumières vous ont fait occuper une des premières places, et vous avez toujours concouru aux réformes utiles, vous avez toujours cherché à procurer le bien du pays.

Boch. – Mes intentions étaient pures, sans doute, mais vous savez, mon respectable ami, combien d'obstacles il faut vaincre pour arriver à un mieux que l'on voit, que l'on désire, et qu'il est si difficile de saisir. Par exemple, vous, qui deviez avoir tant d'influence, et qui vous intéressiez si fort aux bonnes études, avez-vous pu amener dans ce genre des résultats bien satisfaisants ?

CHAV. — Pas trop, il est vrai, quoique j'eusse beaucoup médité sur tout cela. Ce sujet fut l'occupation de ma vie, je dis mon mot, on ne m'écouta guères, et je crois que dès lors on m'a tout à fait oublié.

Boch. – Votre Essai sur l'éducation intellectuelle est, suivant moi, un excellent ouvrage, qui mériterait d'être plus généralement connu. Mais..... nous parlons maintenant avec toute la franchise qui convient à notre nouvelle existence, le style de cet ouvrage n'a peut-être pas tout ce qu'il faut pour séduire. Cependant les idées sont neuves, les vues profondes, et votre projet de Collège m'a toujours plu.

CHAV. — Et vous et tous nos hommes les plus habiles, vous avez laissé ce projet dormir dans mon livre, sans penser à en faire l'essai.

Boch. — Il faut bien l'avouer, mais une réforme aussi complète était difficile à opérer. Espérons cependant quelque heureux changement, pour un temps plus ou moins rapproché, car, vous le voyez, on s'occupe actuellement de notre Collège, on ne tardera pas à proposer des améliorations.

CHAV. – Oui, on se plaint beaucoup, on trouve que cela ne va pas, mais le vrai est que cela n'est jamais allé. Les instituteurs sont capables, très zélés, excellents, et l'institution est mauvaise, elle l'a toujours été; c'est un héritage de la vieille scholastique. C'est un antique édifice s'écroulant de toutes parts, et qu'on veut replâtrer par ci par là, au lieu de le rétablir sur de meilleurs fondements.

Boch. – Avez-vous connaissance du projet qu'avait présenté un de nos excellents compatriotes, qui, j'espère, ne nous rejoindra pas de longtemps, M. S... F... ?

Chav. — Sans doute, et je crois que son plan serait très bon; mais j'aimerais mieux le mien, probablement parce que c'est le mien.

Boch. — Il me vient une idée : par l'influence que nous avons sur les vivants, je vais inciter un de nos compatriotes, que je sais s'intéresser beaucoup au bien de notre pays, et surtout à l'instruction publique, à ramener l'attention sur votre Essai. Je lui soufflerai à l'oreille d'en faire réimprimer quelque partie, et je l'instruirai, dans un rêve, de la conversation que nous venons d'avoir ensemble. Ce dialogue pourra servir de préface à sa brochure.

CHAV. — Votre idée est originale, et j'y suis trop intéressé pour la désapprouver. Faites donc ce que vous jugerez convenable, et ne tardons pas à nous revoir. Adieu, j'attends ici un de nos hommes les plus célèbres, M. Reynier, qui n'a pas tardé à vous suivre, et qui sans doute applaudira à nos vues.

Boch. — Adieu, mon ancien maître.

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Vient ensuite le premier chapitre de la deuxième partie de l'Essai de Chavannes et le sommaire des autres chapitres.

La réimpression de cet Essai que j'offre au public, en mon nom et au nom de ceux qui ont bien voulu contribuer aux frais d'impression, rendra, je l'espère, à son modeste auteur la célébrité qu'il mérite et qu'il n'a pas su conquérir ; car cette édition n'est pas entreprise - est-il besoin de le dire ? — dans un but commercial : elle sera expédiée gratuitement aux principales Bibliothèques suisses et étrangères, aux 25 Départements suisses de l'Instruction publique, et à tous les Collèges du canton de Vaud.

Depuis un demi-siècle, on ne parle plus de Chavannes; — dans les articles, les brochures et les volumes, tous les jours plus nombreux, inspirés aux idées que Chavannes, De Crousaz et Potterat ont les premiers énoncées, à une époque où le seul fait de les concevoir était mille fois plus méritoire que celui de les publier aujourd'hui, le nom de ces trois hommes remarquables, complètement oublié, ne se rencontre nulle part. J'ai l'espoir et la conviction que dorénavant il ne pourra plus en être ainsi.

Je ne puis résister au désir d'exprimer ici le sentiment que j'éprouve, sur le point de livrer ce volume à la publicité; oui, j'éprouve dans mon for intérieur un sentiment de vive satisfaction, quand je pense qu'en prenant l'initiative de ce nouvel hommage à la mémoire de Potterat, de De Crousaz et de Chavannes, à un moment où leurs idées deviennent les idées de tous, j'ai pour la première fois l'occasion de payer une partie de ma dette de reconnaissance à la Suisse, qui a adopté la famille de mon père, forcé de fuir la tyrannie implacable sous laquelle gémissait son pays natal; au canton de Vaud, qui m'a fait l'honneur de me confier un des principaux enseignements des sciences médicales; et à l'Académie de Lausanne, au sein de laquelle j'ai trouvé tant de collègues, aussi bienveillants et aimables que distingués.

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