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sentement malade, si Dieu permet qu'il se rétablisse, on l'insinuera à réparer ses défauts, à se modérer quand il s'agira du châtiment de ses écoliers, d'avoir sa conduite bien réglée pour le boire et leur être en bon exemple. Il leur exercera aussi le jugement et s'attachera aux devoirs de sa charge.

» 3. Puisque le 3* s'est entièrement relâché de son devoir au sujet des offices étrangers qu'il a embrassés, cela lui devra être interdit et se devra entièrement vouer à sa charge de régent : il exercera le jugement de ses écoliers avec plus de vivacité et non par autrui et évitera les excès du vin et du tabac et sera en bon exemple à ses écoliers de peur qu'ils ne contractent de mauvaises habitudes, » etc.

Ainsi vivait cahin-caha le modeste établissement d'Yverdon, lorsqu'en 1715 le conseil, ennuyé des irrégularités qu'il y remarquait sans cesse et sans pouvoir y porter remède, décida de donner un pilote habile à ce petit navire et appela, pour le diriger d'une main ferme, en qualité de recteur, Christophle-Louis Potterat, d'Yverdon, qui étudiait alors la théologie à Genève, grâce à un subside de sa ville natale, et que ses talents et ses vertus recommandaient spécialement pour ce poste important.

Le conseil eut la main heureuse, et l'homme qu'il appela était certainement à la hauteur de sa mission.

Jeune, ardent pour le bien, novateur dans une juste mesure, il était l'ennemi de la routine et désireux de répandre une instruction pratique dans toutes les classes de la population.

Dans un dialogue public avec un de ses écoliers, il déclare qu'il n'a pas l'intention de former seulement des médecins, des pasteurs et des avocats, ni d'attirer les étrangers, mais de donner à tous les enfants de ses concitoyens une instruction un peu exacte qui puisse leur être utile dans quelque genre de vie qu'ils embrassent plus tard.

Or il remarque qu'une poignée seulement de ses élèves seront consacrés aux études libérales, que les quatre cinquièmes se vouent aux aimes, au négoce, à l'agriculture ou aux divers métiers. Pour ceux-là, le latin est un obstacle sans utilité, qui les empêchera de profiter de leurs jeunes années pour acquérir les connaissances avantageuses dans leur état futur, et que ces élèves, dont les minces connaissances latines s'effaceront au bout de peu d'années, sont une entrave au développement de ceux qui désirent posséder à fond l'antiquité. Ne pouvant proposer la bifurcation des études, vu l'exiguité des ressources locales, il prend un moyen terme plein de bon sens et conseille de commencer l'éducation de ses collégiens par la langue maternelle étudiée à fond et par principes, ce qu'on ne faisait nulle part ailleurs. Il avait remarqué à Genève qu'une demoiselle Tuglas enseignait ainsi l'orthographe aux jeunes filles et obtenait des résultats aussi rapides que brillants; il avait étudié sa méthode et l'expose complètement dans son discours officiel. Le latin après le français, voilà son invention, bien courageuse à une époque où les langues mortes étaient encore en possession des universités, de la science et des classes privilégiées, invention bien digne de nous faire réfléchir nous-mêmes, en ce moment où notre loi nouvelle a fait la faute énorme d'imposer le latin aux enfants de 9-10 ans.

Le latin non seulement après le français, mais après les mathématiques, la physique, la cosmographie, la philosophie, les antiquités, l'histoire profane et religieuse, l'anatomie et le droit civil, après tout ce qu'on peut apprendre sans son secours, voilà ce que voudrait notre révolutionnaire; et quant à ceux qui peuvent se passer de la langue latine, qu'ils se gardent bien d'envier l'habileté d'un homme qui,

En pédant enivré de la vaine science,
Tout hérissé de grec, tout bouffi d'arrogance,
Croit que sans le latin et son vieux Aristote
La raison ne voit goutte et le bon sens radote.

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« Qu'ils le laissent promener, dit-il, dans l'antiquité ténébreuse et sachent se contenter de la lumière du soleil! Les traductions, du reste, peuvent leur suffire et leur compter tout aussi bien que celles de la Bible et de l'anglais dont se contente l'humanité. »

Devinant l'importance de l'intuition, il demande, comme Fénelon, son contemporain, qu'on enseigne aux enfants le plus possible au moyen de tableaux ou d'objets matériels

La méthode qu'il recommande a pour principe fondamental qu'on ne doit rien apprendre à l'enfant qui ne soit à sa portée et dont il ne puisse se servir tôt ou tard.

Dans l'enseignement du latin, dont il ne conteste aucunement l'importance et la nécessité pour les classes lettrées, il désire qu'on le commence après une étude logique de la langue française, et qu'on choisisse dans les débuts ce qui ressemble le plus au français. Arlequin, disait-il, n'eut pas beaucoup de peine à deviner que colleyium signifie collège et le premier enfant venu comprendra jurare.

Du connu, du facile, passer insensiblement au difficile et à l'inconnu, composer à mesure un petit dictionnaire de mots semblables aux mots français et s'emparer pas à pas du lexique au complet en le divisant par familles, voilà ce que proposait le sage pédagogue du XVIII* siècle et ce que nous sommes encore bien loin de pratiquer.

Ces idées dont nous venons de donner la substance firent l'objet d'un mémoire détaillé que le noble conseil d'Yverdon ne trouva pas le temps d'étudier, selon la louable habitude des corps nombreux de tous les temps. N'ayant ni presses ni journal à sa disposition, le courageux recteur prit le parti d'exposer publiquement son système en face de toute la population de sa ville natale assemblée à l'église à la fête des promotions qui eut lieu à Pâques en 1718.

Trois de ses écoliers, Bourgeois, Doxat et Duthon, le prirent à partie d'après un plan tracé d'avance et défendirent successivement contre lui avec infiniment d'esprit tous les errements du vieux temps. Avec une bonhomie charmante, une naïveté pleine d'humour, le brave recteur leur répond en bon père, réduit tous leurs arguments en poussière et les oblige à s'avouer vaincus.

Voici quelques passages des réponses de Potterat:

i 1° Je dis que les choses auxquelles on veut occuper les enfants doivent être à leur portée et qu'ainsi dans les commencements il faut plus les exercer sur ce qui demande l'usage des sens et de la mémoire que sur ce qui exige un usage du jugement qui les passe. Il faut cependant se souvenir qu'il y a des choses qui ne paraissent point à la portée des enfants, à les considérer en gros, mais dont ils sont pourtant capables, si on prenait un bon tour pour les en instruire en détail. Tous les jours je vois prendre pour prétexte la faiblesse des enfants pour se dispenser de les instruire.

» 2° Les choses que l'on fait apprendre aux jeunes gens doivent leur être utiles dans un temps ou dans un autre : mais parce qu'il n'y a presque rien qui n'ait un certain degré d'utilité, j'ajoute que de deux choses également utiles il faut d'abord appliquer les enfants à la plus facile et à celle qui demande le moins de temps; et s'il arrive qu'une chose ne soit pas tant utile, il ne faut pas leur en faire une étude sérieuse, mais la leur enseigner pour les divertir.

» 3° Je dis enfin qu'il serait avantageux que les enfants n'apprissent rien qu'ils ne conçussent, mais comme la mémoire devance leur jugement, on peut l'exercer sui des choses qu'ils ne comprennent pas d'abord dans toute leur étendue, mais avec cette précaution qu'il faut commencer par les appliquer à se mettre dans la tête celles dont on fait le plus fréquent usage dans la vie. »

Le recteur entre ensuite dans le détail des matières d'enseignement et comprend dans son programme idéal la langue maternelle avec la rhétorique, l'arithmétique, la cosmographie, l'histoire avec la chronologie, les antiquités, l'anatomie, la physique, la philosophie, la religion et le droit.

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....Aux attaques réitérées de ses élèves, il n'est pas trop malaisé au bon recteur de répondre victorieusement; il le fait chaque fois avec une bonhomie ravissante et un sérieux qui n'exclut pas l'enjouement; puis, apostrophé vers la fin sur la place qu'il ménageait à la langue latine, il en prend occasion d'exposer très à fond son opinion sur l'emploi moins universel, moins écrasant, moins despotique qu'il était raisonnable de faire de ce noble idiome dont il reconnaît du reste tous les charmes et toute l'utilité, et termine cette admirable conférence par ces belles et mâles paroles:

« Mes très honorés seigneurs du conseil!

« Dès que vous m'avez fait l'honneur de me confier la direction de vos enfants, je me suis étudié à rechercher comment on pourrait les mieux instruire. Mes pensées ont été nouvelles et peut-être que celles que je viens de débiter ont-elles eu quelque chose de surprenant. Si elles vous ont paru étranges, messieurs, je vous prie de ne pas les condamner d'abord, mais de peser les raisons sur lesquelles elles sont fondées, et quand ces raisons vous sembleraient faibles, je vous demande la grâce de regarder tout ce que j'ai avancé comme un effet de l'attention avec laquelle je cherche d'approcher de votre but en m'éloignant de la route commune. »

Je crois que Potterat a été le premier à protester contre la domination exclusive du latin dans les Collèges. Le système d'instruction « classique », inventé par les moines et répandu par les jésuites, venait pour ainsi dire de prendre possession des Ecoles, et il n'est trière probable que le bon sens ait pu se réveiller et trouver un organe qui osât prendre sa défense, avant

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